Enquête inédite du LiserAdapter les villes aux canicules : il y a urgence au Luxembourg

Thomas Toussaint
Le Luxembourg doit-il adapter de toute urgence ses villes pour affronter les prochaines vagues de chaleur ? Une étude dévoile que les résidents sont en faveur de changements. Zoom sur quatre solutions qui ne laissent pas indifférent.
© RTL

Y a-t-il urgence à adapter les villes aux vagues de chaleur ? Pour plus de 85% des habitants du Luxembourg, la réponse est un grand oui ! C'est le résultat d'une étude menée auprès de plus de 3.300 personnes par le Liser (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research), dans le cadre de "TRANSITER", un programme de recherche mené en étroite collaboration avec l’Observatoire du développement territorial.

Adapter les villes, très bien. Mais comment ? Pour le comprendre, Umberto Sconfienza, Antoine Decoville et Frédéric Durand, trois chercheurs du Liser, ont notamment confirmé que la population luxembourgeoise était très majoritairement favorable à des adaptations urbanistiques pour rendre les villes plus vivables en période de canicule : 85,2% des sondés estiment qu'il est urgent de les adapter à ces vagues de chaleur. "C'est un chiffre déjà très marquant" assure Umberto Sconfienza. "Surtout qu'une partie des 15% restants ont expliqué avoir l'impression d'être relativement préservés en habitant dans des espaces ruraux où, finalement, il n'y a pas forcément grand chose à adapter" ajoute Antoine Decoville.

L'enquête est d'autant plus marquante qu'elle a été menée cette année... en plein hiver. Bien avant la longue vague de canicule de la fin du mois de ce mois de juin 2026. "Dans l'esprit des gens, la canicule, c'était très, très loin" tempère Frédéric Durand.

➡️ Comment les solutions ont-elles été notées ?

Canicule : que la ville soit "juste" avec ses habitants

Les habitants du Luxembourg ont largement justifié ce besoin d'adaptation par des raisons d'équité sociale et environnementale ainsi que par une certaine fragilité face aux vagues de chaleur. Les raisons d'équité s'expliquant d'abord par le manque d'accès à des espaces extérieurs pour se rafraîchir : en ville, mais aussi à la campagne, tout le monde n'a pas forcément une terrasse ou un jardin. Il y a donc beaucoup à faire au Luxembourg. Surtout, les chercheurs ont pu enfoncer certains clichés. Les personnes à faibles revenus sont par exemple plus intéressées et plus favorables aux mesures. Là où l'on oppose la fin du monde et la fin du mois, cela n'empêche pas les premiers impactés par le réchauffement des villes de se sentir concernés.

Pour comprendre les adaptations envisageables en matière d'urbanisme, les chercheurs ont proposé aux résidents une sélection de quatre solutions de développement des villes. De la plus simple à mettre en place à la plus contraignante. Le but étant d'évaluer leur faisabilité en voyant si elles trouvent du soutien dans la population :

  • Installer des voiles d'ombrage au-dessus des espaces publics,
  • Installer des brumisateurs et des fontaines à eau dans l’espace public,
  • rendre obligatoires les matériaux clairs et réfléchissants sur les toits et les façades,
  • remplacer certaines places de stationnement en voirie par des arbres pour créer de l’ombre.

La question de la climatisation, en revanche, a été rapidement écartée : "Il y a des mesures ou des solutions qui pourraient paraître évidentes et qui ne sont absolument pas abordées dans le cadre de cette étude. La climatisation par exemple. Nous avons une approche à l'échelle de l'ensemble des espaces urbains. La climatisation participe à la solution autant qu'elle représente un problème" explique Antoine Decoville. Car si la climatisation a illustré le débat sur la canicule en France, elle reste un moyen de trouver du confort chez soi en rejetant l'air chaud à l'extérieur. Mais elle n'aide pas à rafraîchir les rues (c'est même le contraire), ne rend pas les déplacements en extérieur plus agréables et ne permet pas à nos bâtiments de mieux absorber cette chaleur anormale en été. Durant la canicule de juin, les glaciers de la capitale ont justement constaté que les clients... ne sortaient pas de chez eux.

"L'objectif reste d'aider les élus à identifier des mesures impactantes, utiles"

Les quatre solutions ont toutes été classées au-dessus d'un "seuil d'acceptabilité", signe que la population accepterait ces changements. Mais toutes n'ont pas été accueillies de la même manière. "Chacune dépend de plusieurs facteurs complexes, de son efficacité, du côté "juste" qu'elle véhicule, de la facilité de s'y conformer" détaille Umberto Sconfienza. Ainsi, les voiles d'ombrage et les brumisateurs ont été largement plébiscités comme des mesures urgentes. "Il y a un large soutien et personne ne s'y oppose vraiment" constate Antoine Decoville. Les brumisateurs sont surtout perçus comme un "plus" apporté aux villes, sans surcoût pour les habitants (même si foncièrement, chaque changement a un coût pour l'habitant dont les impôts financent ces projets). Ce qui n'empêche pas plusieurs communes d'agir. À Esch-sur-Alzette, la commune offre des subventions aux particuliers pour désimperméabiliser et végétaliser le territoire. À Luxembourg-ville, un plan de végétalisation vient d'être présenté.

© RTL

En revanche, des différences plus marquées sont apparues pour les deux autres solutions. Améliorer l'albédo des bâtiments en utilisant des matériaux clairs ou réfléchissants ayant un coût potentiellement important pour les propriétaires. Les locataires étant eux largement en faveur de ce choix.

La question du remplacement de places de stationnement par des arbres est la mesure la moins bien reçue des quatre. Bien que soutenue majoritairement, elle amène des contraintes logistiques "plus importantes pour les automobilistes, pour les personnes qui n'ont pas de stationnement privé" note Frédéric Durand. Les chercheurs ont constaté que la différence de soutien était surtout marquée... selon la sensibilité des personnes aux enjeux climatiques. "Les personnes qui accordent une grande importance à la protection de l’environnement soutiennent nettement davantage cette mesure, tandis que les personnes peu sensibles à ces enjeux se situent plus près du seuil d’acceptabilité."

Les résidents ont surtout fait part de leur envie d'être consultés pour adopter ce changement. Ce qui rejoint l'objectif du Liser avec ces travaux :"l'objectif reste d'aider les élus à identifier des mesures impactantes, utiles et de trouver de meilleures solutions politiques au problème" rappelle Antoine Decoville.

Et vous, que pensez-vous des quatre mesures proposées par les chercheurs du Liser ? On en débat dans la section "Commentaires" de cet article !

Back to Top
CIM LOGO