
Ce chiffre n’est pas fourni par les statistiques officielles sur les nationalités de l’an dernier. Mais un examen scrupuleux du Registre national des personnes physiques révèle qu’entre fin 2024 et fin 2025, le nombre de Luxembourgeois aux États‑Unis est passé de 17.380 à 20.954. Ce qui rend d’autant plus intrigantes les statistiques du ministère de la Justice : elles ne font état, pour l’an dernier, que de 657 nouveaux Luxembourgeois venus des États‑Unis.
Il ne s’agit pas d’une erreur dans les chiffres. Ces quelque 3. 000 Luxembourgeois ne figurent pas dans les statistiques sur les nationalités, parce qu’ils étaient en réalité déjà Luxembourgeois depuis toujours. “Au Luxembourg, il existe en fait deux manières de devenir Luxembourgeois”, explique la ministre de la Justice, Elisabeth Margue, dans une interview accordée à RTL. “La première, c’est par la loi, car la loi stipule que, à un moment donné et dans une situation donnée, tu es Luxembourgeois. La seconde, c’est lorsque tu accomplis un acte de volonté. “
L’"acte de volonté” signifie qu’une personne demande la nationalité auprès du ministère de la Justice, que ce soit par naturalisation, par option ou par recouvrement. C’est exactement ce qu’ont fait les 657 “nouveaux” Luxembourgeois américains qui apparaissent dans les statistiques officielles sur la nationalité.

Tous les autres étaient déjà Luxembourgeois de plein droit en vertu de la loi ; ils ont simplement été enregistrés dans les chiffres officiels, parce qu’ils ont pris contact avec une administration luxembourgeoise et y ont fait acter leur nationalité. Les enfants de ces personnes sont alors aussi inscrits dans le Registre national des personnes physiques.
Selon la loi sur la nationalité, une personne est automatiquement luxembourgeoise :
Par ailleurs, la nationalité relève de la loi qui était applicable au moment de la naissance d’une personne. “Cela signifie que ce sont ces trois articles qu’il faut lire ensemble ; ils font qu’un certain nombre de personnes sont luxembourgeoises sans qu’elles le sachent directement elles‑mêmes, ou sans que nous le sachions”, explique Elisabeth Margue.
157.000 Luxembourgeois vivent à l’étranger. Il est difficile d’estimer combien d’autres ne sont pas recensés actuellement, ne serait‑ce que parce que les parents transmettent automatiquement la nationalité à leurs enfants. Une chose est sûre : ils peuvent voter et, à tout moment, venir vivre et travailler au Grand‑Duché.
Ces nombreux nouveaux Luxembourgeois pourraient représenter une opportunité pour le pays, estime Daniel Atz. Il a obtenu la nationalité il y a plusieurs années par l’intermédiaire de son arrière‑grand‑mère et aide depuis lors d’autres Américains à devenir Luxembourgeois, ou plutôt à faire établir leur nationalité luxembourgeoise. La demande est forte. Mais il faudrait aussi mener un débat honnête à la Chambre des députés et au sein de la société. “Pas seulement sur ce que signifie être Luxembourgeois, mais aussi sur l’intégration de 50.000 personnes provenant d’autres régions du monde, qui ont d’autres valeurs et une autre éducation.”
Selon la ministre de la Justice, il est bien sûr nécessaire, en tant que société, de se pencher régulièrement sur la question de ce que représente une nationalité, sur la manière dont le lien avec le pays s’exprime et sur les conditions dont elle relève. Il appartient aux responsables politiques de réfléchir à ces questions. C’est d’ailleurs pour cette raison que la loi sur la nationalité est régulièrement réformée. La dernière réforme date de 2017.
La possibilité de recouvrer la nationalité luxembourgeoise par l’intermédiaire d’un ancêtre qui était Luxembourgeois en 1900 est arrivée à échéance à la fin de l’année dernière. La question de savoir s’il serait à nouveau temps de revoir la loi sur la nationalité est actuellement à l’étude par la ministre de la Justice. “C’est toutefois, je dois le dire, un sujet extrêmement important et très sensible, notamment parce qu’il nous concerne tous en tant que société, puisque nous nous posons tous la question : qu’est‑ce que notre pays, qui sont les Luxembourgeois qui vivent ici au Luxembourg ?”
Si une réforme devait encore être engagée au cours de cette législature, ce ne serait que dans le consensus et le dialogue avec les autres partis, souligne Elisabeth Margue.
Il faudrait également se poser la question de la manière dont on prend en compte les Luxembourgeois vivant à l’étranger dans le corps électoral, avait indiqué récemment le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel, sur RTL.