Cette 10e journée de mobilisation contre la réforme des retraites et pour le retrait de la loi adoptée lundi dernier a démarré tôt ce mardi matin en Moselle. Dès 7h00, les syndicats ont distribué des tracts pour sensibiliser la population “à occuper à nouveau la rue et à rejoindre la manifestation”. Un barrage filtrant organisé sur le carrefour stratégique de la Place Mondon à Metz qui a rapidement créé des bouchons sur l’A31 toute proche.
-> Trafic perturbé, blocages, manif... La 10e journée de mobilisation en Moselle d’un coup d’œil
La 10e manifestation à l’appel d’un front intersyndical qui reste uni et déterminé à faire céder le président Emmanuel Macron (“ne lui en déplaise”, comme écrit sur le tract) s’est élancée après 14h00 de la Place Mazelle.
“Cette réforme va me contraindre à travailler jusqu’à 66,5 ans au lieu de 62 ans, parce que j’ai fait le choix d’éduquer mes deux enfants et pris des congés parentaux. Imaginez faire des moteurs à la chaîne chez PSA jusqu’à 66 ans passés! Ça m’énerve. J’ai la rage!”, lance Alison, la trentaine, au moment où le cortège s’élance non pas vers la Place de la Rébublique, mais vers la Porte des Allemands, avant de remonter en Fournirue vers la cathédrale et d’arriver vers 16h20 sur la Place de la Comédie.
À part quelques poubelles incendiées en fin de parcours -et généralement vite éteintes par les pompiers- et une tentative de déstabilisation des forces de l’ordre alignées devant la préfecture, la manifestation s’est déroulée dans une ambiance bon enfant, sans heurts,... en apparence.
Ce qui pousse les manifestants pour la 10e fois vers la rue, c‘est une colère froide. Le but c’est de rester mobilisés en nombre pour dire notre mécontentement, sans appeler à la violence”, pose clairement Mélanie Blandin, secrétaire générale de la CFDT Moselle.
“Il ne faut pas utiliser les outils constitutionnels n’importe comment. La façon de les utiliserne peut qu’énerver les gens et aboutir à des situations de blocage”, estime Jér^ome , 50 ans, enseignants en lettres et histoire dans un lycée. Il regrette que dans tout ce débat “on ne convoque que des arguments économiques”. Lui préfère invoquer les grands poètes comme Etienne de La Boétie et a griffonné sur sa pancarte: “Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux”.
“On a bon espoir que cette loi ne soit pas promulguée. Le gouvernement peut encore décider de ne pas l’appliquer”, explique Mélanie Blandin. Elle rappelle que c’était le cas “d’une ancienne loi sur le Contrat première embauche (le fameux CPE) qui avait été promulguée, mais qui n’a jamais été appliquée”.
Dans toute la France, la mobilisation de la jeunesse a cette fois été scrutée comme le lait sur le feu. “La mobilisation est toujours aussi importante”, avec “beaucoup de jeunes” dans les cortèges, avait confirmé le matin depuis Clermont-Ferrand le leader de la CGT, Philippe Martinez, qui y voit “la preuve que le mouvement ne s’essouffle pas”.
“Nous les jeunes on n’en peut plus d’être considérés comme moins importants juste parce qu’on est jeunes alors que nous aussi nous serons concernés un jour”, estime Zacharie, 16 ans, assis sur le toit d’un camion aux couleurs de la CGT qui passe devant la cathédrale de Metz. Le micro harangue la foule des manifestants et interroge: “À qui est la rue?” La réponse fuse d’une seule vois: “À nous! À nous!”
À Metz, le cortège comptait bien des jeunes -notamment sous la bannière rouge du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) - mais les jeunes n’étaient pas plus présents ce mardi. Comme un peu partout en France, les opposants à la réforme étaient bien moins nombreux à Metz cette fois. Près de 8.000. Le mouvement s’essouffle-t-il? Ils étaient encore près de 17.000 il y a vingt jours.
Jean-Pierre, 73 ans et retraité de Dunlop “depuis douze ans et après 47 ans de travail” a également battu le pavé. Il a “fait son temps”, mais “revendique toujours” une vie plus décente pour “les petites retraites, les gens qui ont des salaires de misère, les enfants qui ne mangent pas à leur faim parce que des millions de Français comptent déjà à l’euro près le dix du mois. Ce n’est pas normal”.
Cette 10e journée de mobilisation a démarré fort en France de mardi matin comme à Rennes où la circulation sur le périphérique a été perturbée par près de 400 personnes dès 7h00 sur au moins six points de blocages, et par des feux, entrainant 45 km de bouchons à 8h30, selon la préfecture et Bison Futé.
À Nantes, la circulation était aussi extrêmement perturbée en raison d’actions de protestataires sur le périphérique avec “plusieurs kilomètres de bouchons observés de part et d’autre” et une “tendance à l’aggravation”, d’après Bison Futé. À Caen, le périphérique a été coupé dans les deux sens par des manifestants.
Près de Chalons-sur-Saône, un barrage filtrant installé par quelques dizaines de manifestants sur un rond-point provoquaient plusieurs km de bouchons, selon les forces de l’ordre.
Un millier de manifestants a envahi les voies de la Gare de Lyon à Paris. Vers 11h00, les manifestants ont progressé dans le calme sur deux kilomètres, avec banderoles et fumigènes. Dans le cortège, de nombreux cheminots rendaient hommage à leur collègue, militant Sud-Rail, qui a perdu un œil le 23 mars lors de la manifestation parisienne.
Dans le nord de Lille, une centaine de manifestants occupent deux gros rond-point desservant le centre régional de transport (CRT) de Lesquin, un centre logistique majeur, entraînant des perturbations jusque sur l’A1 reliant Paris à Lille, et l’A23 en direction de Valenciennes.
À Marseille, la mobilisation est à nouveau très suivie:
De nombreux blocages de lycées et d’universités étaient rapportés, d‘Avignon au Havre, de Lille à Bordeaux.
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