Témoignages"Si vous ne voulez pas du vaccin, ne critiquez plus les mesures sanitaires!"

Raphaël Ferber
La campagne de vaccination, en Europe, va commencer fin décembre, par étapes. On a sondé nos lecteurs luxembourgeois et frontaliers, afin d'en savoir plus sur leurs intentions. La majorité compte se faire vacciner.

Au Luxembourg, la campagne de vaccination annoncée par Xavier Bettel et Paulette Lenert débute le 28 décembre prochain. La priorité sera donnée au personnel hospitalier puis aux résidents des maisons de soins.

Sur près de 1.000 réponses à notre sondage publié lundi, on constate que vous êtes un peu plus de la moitié (54%) à être prêt à vous faire vacciner contre le coronavirus. Parmi les 46% restant, 10% n’opposent pas un refus catégorique à la perspective de se faire vacciner, mais demeurent dans le doute. En revanche, 36% affirment catégoriquement ne pas vouloir se faire vacciner.

Par solidarité, pour protéger mes proches, moi-même et les personnes que je côtoie. Pour revenir à une vie normale et soulager les soignants qui n’en peuvent plus

POURQUOI VOUS VOULEZ VOUS FAIRE VACCINER

La justification la plus évidente et la plus courante est résumée par Tana, de Luxembourg: “je compte me faire vacciner par solidarité, pour protéger mes proches, moi-même et les personnes que je côtoie. Pour revenir à une vie normale et soulager les soignants qui n’en peuvent plus.”

“C’est la seule façon d’éradiquer le virus”, ajoute Christiane, de Garnich, qui pense également aux seniors, soit les plus touchés par la pandémie. “Je ne veux pas être responsable - directement ou indirectement - de leur décès!”

D’ailleurs, les personnes “à risque” affirment ne pas avoir vraiment le choix. La crainte d’être infectée par le coronavirus et d’en mourir est permanente et se faire vacciner leur paraît, souvent, indispensable. Bodil, résident du quartier Belair, a 83 ans. “Après une année de privation, je veux être sûr de pouvoir encore voyager librement car je suis encore en pleine forme!” nous répond-il.

Si les éventuels effets secondaires suscitent la prudence de certains d’entre vous (on le verra plus bas), Nicolas, de Kayl, prend les choses par un autre bout. À 21 ans, il ne se sent pas “vulnérable” et accepte en conséquence de prendre le “risque” de se faire vacciner avant ses parents.

Il y a aussi Julie, de Luxembourg, qui voudrait “retrouver” sa “vie d’avant” et Norbert, de Clervaux, qui en a “marre de porter ce masque.”

Quoiqu’il en soit, “il faut en finir avec cette pandémie et avec toutes les conséquences économiques et psychologiques liées” avance Mireille, de Luxembourg. “Ce serait de l’égoïsme de ne pas le faire.” “Il faut arrêter de faire la fine bouche: nous avons de la chance au Luxembourg” renchérit Nathalie, de Rodange.

Joëlle, de Schieren, enfonce totalement le clou. Selon elle, “si on n’est pas prêt à se faire vacciner, alors on n’a plus le droit de se plaindre des mesures sanitaires imposées par le gouvernement.”

Je suis certaine qu’il y aura des effets secondaires dévastateurs sur le long terme. D’ailleurs, je trouve que ce vaccin a été produit beaucoup trop vite

POURQUOI VOUS NE VOULEZ PAS VOUS FAIRE VACCINER

La première réticence mise en avant dans les centaines de réponses reçues est liée aux éventuels effets secondaires. Diane, de Luxembourg, affirme ainsi se méfier du vaccin “à 100%". “Je suis certaine qu’il y aura des effets secondaires dévastateurs sur le long terme. D’ailleurs, je trouve que ce vaccin a été produit beaucoup trop vite et je constate que les gens ne développent pas d’immunité. Personnellement, je suis allergique à beaucoup de traitements. Je pense enfin que les mutations du virus feront que ce vaccin sera inefficace.”

Concernant cette dernière remarque, les experts de l’Union européenne estiment que les vaccins actuels restent efficaces face à la nouvelle souche du virus détectée au Royaume-Uni, présentée comme plus contagieuse par les Britanniques. Le co-dirigeant du laboratoire allemand BioNTech, Ugur Sahin, a assuré que son entreprise était en mesure de délivrer un nouveau vaccin en six semaines, s’il était prouvé que la version précédente était rendue inefficace par une mutation du virus. À noter, d’ailleurs, que même le vaccin contre la grippe voit sa composition changer d’année en année, le virus étant en constante évolution.

Vincent, qui vit dans la capitale luxembourgeoise, est du même avis que Diane et se pose quelques questions supplémentaires. “Les inconnues sont trop nombreuses. Est-il utile si on a déjà contracté le virus? Quid de son efficacité à long terme? A court terme, je crains que les effets secondaires ne soient plus importants qu’avec les autres vaccins...”
Les experts soulignent qu’avec des essais cliniques menés sur des dizaines de milliers de volontaires, un problème majeur de sûreté aurait déjà été détecté. Mais des effets secondaires plus rares ou ne survenant que chez certains profils de patients ne sont pas à exclure.

Selon le rapport de la FDA sur le vaccin Pfizer/BioNTech, ce dernier provoque souvent des réactions douloureuses au niveau de l’injection dans le bras (de l’ordre de 80%). Suivent des effets indésirables tels que fatigue, maux de tête et courbatures, plus rarement de la fièvre.

“Que les politiques se fassent vacciner d’abord, ensuite, peut-être que je le ferai!” lance Félix, de Differdange. Bastien, de Redange, “rejette en bloc toute la gestion de cette pandémie. Il est anormal que nos libertés soient autant limitées !”

Nombreux sont ceux, également, à se sentir invulnérables face au virus, car jeunes et en bonne santé. Cette année, plusieurs cas de personnes en parfaite santé et durement touchées par le coronavirus, ont pourtant été exposés au grand jour. Ainsi, Jo de Schifflange estime ne pas être “prioritaire” et laisse sa place “à ceux qui en on vraiment besoin”. “Je suis en bonne santé et je respecte toutes les consignes” se justifie t-il. Aude, de Heffingen, dit quasiment la même chose: “j’ai un bon système immunitaire et mon corps n’a pas l’habitude des traitements chimiques. Je ne vais pas lui imposer ça.”

“Je ne suis pas malade, donc je ne vois pas l’intérêt de me faire vacciner” nous a enfin répondu Antonia, de Luxembourg. On rappelle néanmoins que le but d’une vaccination est justement de se prémunir contre un virus, pas de le traiter une fois qu’il nous a infecté.

Je suis enceinte et je ne sais pas si le vaccin sera sans risque pour mon bébé

POURQUOI VOUS HÉSITEZ ENCORE

Enfin, certains n’ont toujours pas tranché, souvent en raison de cette même crainte d’éventuels effets secondaires. Mais pas seulement. “Je suis enceinte” nous apprend Caroline, de Dudelange, “et je ne sais pas si cela sera possible de me faire vacciner, ni si cela sera sans risque pour mon bébé.”

Robert de Alzingen est “sous traitement médical” et hésite lui aussi. Il s’agira, au minimum, de se fier à un avis médical.

La plupart joue la montre. Roger, de Luxembourg, assume d’attendre pour voir si le vaccin engendre des problèmes chez les autres. Fabio, de Tétange, va continuer d’observer l’évolution de l’épidémie. Si elle s’atténue nettement, on devine qu’il ne se pliera pas au vaccin. “De toute façon, on ne fait pas partie des personnes prioritaires donc j’ai encore le temps -plusieurs mois sans doute- de décider si je me fais vacciner moi aussi” ajoute Bruno, de Luxembourg. “J’ai un peu l’impression, quand même, que l’on va prendre nos ainés pour des cobayes” craint enfin “Oli”, de Belgique.

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