Un hôpital en ordre de bataille"On sait qu’on va se prendre un tsunami"

Jérôme Didelot
Le Président Emmanuel Macron a parlé d’une guerre, c’est bien à une bataille que se prépare le personnel des services de soins intensifs et de réanimation au CHRU de Nancy. Un pneumologue témoigne.

D’un point de vue psychologique, confesse le jeune médecin, ça va être particulier. Des chefs de service aux internes, personne n’a jamais connu ça. Cela fait deux semaines qu’on se prépare, qu’on réorganise les services pour pouvoir avoir des lits disponibles pour les soins intensifs respiratoires.”

Ce jeudi 19 mars, l’hôpital a communiqué les détails de cette réorganisation de sa filière de soins critiques. L’activation du Plan Blanc vise faire face à l’afflux de patients, en premier lieu les cas avérés ou suspects de Covid-19. Depuis plusieurs jours, à la demande du Ministère de la santé, l’établissement a déprogrammé toutes les activités non urgentes, les formations ont été annulées, les écoles paramédicales fermées.

“TOUT LE MONDE SE SENT INVESTI D’UNE MISSION... ON ATTEND LA VAGUE”

Au centre 15, les appels se sont multipliés depuis 10 jours: 1367 samedi, 1269 dimanche, entre 2 et 2,5 fois plus que la normale. Pour y répondre, les capacités ont été multipliées par deux. La mobilisation est extraordinaire avec des étudiants en médecine, des élèves en formation d’assistants à la régulation médicale et même des pneumologues ou anesthésistes en congés ou en disponibilité qui ont proposé leurs services pour faire face à la situation. “Il y a une réelle solidarité qui se crée, poursuit le pneumologue, à l’aube d’une période inédite. Tout le monde se sent investi d’une mission, tout le monde se donne sans compter alors qu’on est tous sous l’eau. On n’est pas encore au niveau critique. On sait qu’on va se prendre un tsunami, on attend la vague.”

La direction du CHRU de Nancy a mis en œuvre tout ce qui était possible afin d’assurer sa mission de service public vis-à-vis de la population: une filière de soins critiques réorganisée en trois niveaux de gradation pour faire face à l’arrivée de nouveaux patients, l’achat de ventilateurs supplémentaires, une mobilisation de personnel sans précédent... Au total plus de 94 lits de réanimation pourront accueillir des patients COVID tout en maintenant une filière de soins critiques conventionnelle, elle aussi graduée en 3 niveaux, pour les patients non COVID en réanimation.

Les jours prochains ne seront pas comme les autres pour ces centaines de “soldats” de la santé qui vont se battre pour la vie des autres, alors que le reste de la population sera confiné loin du champ de bataille.

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