
Alan Vinot est le référent “personnes âgées” de la FEHAP, l’une des principales fédérations d’Ehpad et d’établissements d’aide à la personne dans le Grand Est. Depuis que la crise du coronavirus a commencé, celui qui est par ailleurs directeur général de la Fondation Bompard, association à but non lucratif du secteur médico-social basée près de Metz, tient à rendre justice au personnel: “Je suis surpris, dans le sens le plus positif du terme, par la capacité d’adaptation et de mobilisation de tous les professionnels, qu’ils soient membres du personnel soignant, des équipes de logistique ou de restauration. Il y a une forte cohésion. Nos établissements ne craquent pas face à la crise, il n’y a pas de défaillance.”

Si les services d’urgences et de réanimation des hôpitaux ont été fort justement mis à l’honneur dans cette crise sans précédent, les professionnels dédiés aux personnes dépendantes — âgées ou handicapées —, ont dû, eux aussi, faire preuve d’un grand courage et d’un sens du dévouement dont il faudra se souvenir.
Car les établissements qui accueillent les personnes en fin de vie ont été frappés de plein fouet par le Covid-19. Le 30 mars dernier, au Luxembourg, 50% des décès étaient recensés dans ce genre d’établissements. En France, la lecture des chiffres est plus complexe puisque le nombre officiel de morts du coronavirus ne tenait pas compte — jusqu’au 2 avril —, des décès en Ehpad ou à domicile.
Le chiffre de 570 décès dans le Grand Est, annoncé le 1er avril par l’Agence Régionale de Santé, a été le premier dont on a disposé pour les Ehpad. Le lendemain, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, annonçait les premiers chiffres à l’échelle nationale, soit 884 personnes âgées décédées du coronavirus dans les Ehpad français. Une vague à laquelle le personnel n’était pas préparé. Heureusement le secteur a pu compter sur une autre vague, de solidarité celle-là.
“La solidarité qui s’est mise en place, à travers les réseaux sociaux notamment, a été impressionnante, poursuit Alan Vinot. Toutes sortes d’entreprises, de la grande distribution ou du bâtiment, dont certaines basées au Luxembourg, se sont manifestées. Les initiatives de l’État couplées à celles des privés nous ont permis de combler le manque d’équipements. Par exemple, ça commence à aller mieux en ce qui concerne les masques chirurgicaux même si nous avons toujours des difficultés à avoir en quantité suffisante des éléments de protection comme des masques de type FFP2 ou des blouses.”

Malgré les difficultés, les établissements ont su réagir en lançant un plan d’action comportant un renforcement des personnels, la mise en place d’une astreinte médicale 24h/24h ou le port du masque chirurgical obligatoire. Sans oublier des réorganisations drastiques: un confinement de l’établissement dans un premier temps, puis dans les chambres dans un second temps avec la suppression des animations collectives.
“Désormais, le défi, c’est bloquer le virus à l’entrée de nos établissements, insiste Alan Vinot. Nous travaillons avec des laboratoires privés pour généraliser les tests, aussi bien sur les résidents que sur les personnels. La première phase sera celle des tests par prélèvement nasal, avant une seconde pour les tests sanguins, plus fiables.”
Le référent “personnes âgées” de la FEHAP veut enfin mettre en évidence la coopération transfrontalière qui existe dans ce moment particulier: “C’est assez formidable. J’ai reçu des témoignages de collègues du Luxembourg, de Belgique ou d’Allemagne. Si cette crise a mis en avant les difficultés d’accès aux ressources, elle doit être l’occasion pour l’Europe d’assumer un rôle de coordination des moyens. Après cette épreuve, la dimension européenne sera encore plus fondamentale dans la gestion du partage des actions.”