Insultes, vexations, discrimination L'exaspération des frontaliers français en Allemagne

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Entre les agressions verbales, les contrôles tatillons à la frontière, les frontaliers français se sentent indésirables en ce moment en Allemagne. Une situation bien différente de ce qui se passe au Luxembourg.
© SEBASTIEN BOZON / AFP

Ils vont travailler la boule au ventre en ce moment. Malgré l’ouverture de quelques points de passage, les frontières avec l’Allemagne restent, pour la plupart fermées. Les frontaliers français ont le droit de passer, mais subissent des contrôles stricts. Et une fois en Allemagne, certains ont droit à des réactions franchement hostiles.

Une situation qu’on ne retrouve pas en Belgique ou au Luxembourg” explique Julien Dauer, responsable juridique de l’association Frontaliers Grand Est. “Les déclarations de Xavier Bettel sur l’importance des frontaliers ont sans doute désamorcé les tensions”.

Pour lui, cette crispation allemande trouve son origine dans le classement de la région Grand Est en «zone à risque» par l’Institut Robert-Koch, le 16 mars dernier. C’est à partir de cette date que les incidents ont commencé. Insultes, crachats, voitures rayées et autres actes de vandalisme.

LES HABITANTS DU GRAND EST “INDÉSIRABLES”

Avec plus de 800 km de frontières courant sur quatre pays: Belgique, Luxembourg, Allemagne et Suisse, la Région Grand Est est la plus importante en France en termes de transfrontaliers. Selon l’Insee, ils sont plus de 170.000 à quitter chaque matin la France pour y revenir le soir, une fois leur journée de travail terminée.

Mais depuis la crise sanitaire, la donne a changé. En cause: l’épidémie de coronavirus qui sévit en Europe. En France, le Haut-Rhin, et plus particulièrement Mulhouse, sont devenus un foyer d’infection majeur depuis qu’un vaste rassemblement évangélique, fin février, a généré des dizaines de cas dans toute la France. Ce qui a provoqué une vague de méfiance à l’égard des voisins Français.

“FRANZOSEN-BASHING”

À la permanence du Comité de Défense des Travailleurs Frontaliers de la Moselle, il ne se passe pas un jour sans appels pour dénoncer des insultes ou vexations subies. Son Président, Arsène Schmitt, déplore cette situation et affirme que des frontaliers sont même victimes de discrimination: “Certaines entreprises n’ont mis que leurs salariés frontaliers en chômage partiel, il en résulte, pour eux, une perte financière”. Habitant une commune voisine de l’Allemagne, il ironise sur la frontière entièrement cadenassée côté allemand. “Il ne manque plus que le mirador et les bergers allemands”.

© JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

La situation a même pris un tour politique. Le ministre allemand des Affaires étrangères a condamné récemment ces agressions verbales subies par des Français.

Le coronavirus ne connaît pas de nationalité. C’est la même chose pour la dignité humaine. Cela fait mal de voir comment nos amis français sont parfois insultés et attaqués à cause du Covid-19. Un tel comportement n’est pas possible. Nous sommes dans le même bateau!”, a twitté Heiko Maas.

Il faisait écho à une déclaration de la ministre de l’Economie de la Sarre, région limitrophe du Grand-Est français, Anke Rehlinger, qui a récemment présenté ses excuses de la part de l’Allemagne.

On entend dire que les Français sont insultés et qu’on leur jette des oeufs. Quiconque fait cela pèche contre l’amitié de nos peuples”, avait-elle regretté le 8 avril sur le même réseau social. “Je présente mes excuses à nos amis français pour ces incidents isolés”, avait-elle ajouté.

INACCEPTABLE

Plusieurs maires de villes de Sarre se sont émus d’insultes à l’égard de Français se trouvant dans la région, dans le contexte de la pandémie de nouveau coronavirus. Celui de Sarrebruck, la capitale régionale de Sarre, Uwe Conrad, les a jugées “inacceptables”.

Michael Clivot, maire de la petite commune allemande de Gersheim, a aussi constaté “une certaine hostilité envers nos amis français” dans sa région. “Certains sont insultés et arrêtés dans la rue, certains Français n’osent plus venir ici”, s’est-il alarmé dans une interview récente au site d’information t-online.

Des Français l’ont approché pour lui pour dire qu’on leur avait craché dessus lors de promenades. L’un d’eux s’est entendu dire “Retourne dans ton pays du corona!”, a-t-il expliqué.

Et une fois la journée de travail terminée, impossible pour les frontaliers de s’arrêter côté allemand pour faire leurs courses. La police municipale distribue des amendes pouvant aller de 250 à 1500 euros en cas de récidive.

Le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, a décidé lundi de prolonger jusqu’au 15 mai les contrôles aux frontières allemandes pour lutter contre la propagation de la pandémie. Reste à espérer que ces comportements disparaîtront avec la fin des contrôles.

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