
Des interrogations qui interviennent à la veille de l’entrée en vigueur de nouvelles règles plus strictes pour entrer en Allemagne.
Dimanche, Berlin a classé le département de la Moselle en “zone à forte circulation” des variants sud-africain et brésilien du Covid-19. En conséquence, toutes les personnes souhaitant passer la frontière, sans exception, devront se prévaloir d’un test négatif et faire une déclaration électronique d’entrée sur le territoire allemand à partir de mardi 00H00.
“Ça va être compliqué pour nous les frontaliers pour aller travailler à partir de demain”, anticipe Amandine Bickel, 31 ans, qui tient un tabac-journaux juste après la frontière allemande, à l’entrée de Sarrebruck.
Même si en raison de ses heures de travail, elle sait qu’elle “n’aura pas le temps d’aller passer un test”, la jeune femme ne s’inquiète pas trop : juste à côté de son magasin des ouvriers montent une tente franco-allemande où seront pratiqués des tests. “Elle ouvrira à 06h30", annonce Mme Bickel.
“J’espère que les tests seront gratuits”, poursuit la jeune femme qui travaille depuis quatre ans en Allemagne. Car sauf sur prescription médical, ils sont payants en Sarre, contrairement à la France. “Il peut en coûter jusqu’à 70 euros”, témoigne Urbain Bernahrd, 75 ans, Français résident en Allemagne.
“Ce sera ingérable avec trois tests par semaine pour aller travailler”, s’insurge Dagmar Massonnet, 62 ans, qui comprend la décision allemande mais aurait préféré qu’elle s’applique dans les deux sens. “Il y a beaucoup d’Allemands à (l’hypermarché) Cora”, remarque d’ailleurs Hektor, 60 ans, ressortissant allemand.
“Moi, je fais comment: je passe à 04h30", interroge Elvira Lebrot, 62 ans, femme de ménage à Sarrebruck. “C’est vraiment pour em... le monde”, lance-t-elle, avant d’aller demander à des policiers allemands ce qu’elle “devra faire”.
Thierry Geoffroy, 60 ans, est lui aussi dans l’incertitude: “J’ai reçu mes deux doses de vaccins. Dois-je faire les tests ?”, demande-t-il à la cantonade.
Les policiers sont justement à proximité. A 200 m de la frontière, juste après le panneau “Sarrebruck”, ils arrêtent des voitures dans les deux sens.
Dans une Golf noire, un couple est contrôlé. Tandis que la jeune femme au volant sort ses papiers, l’homme extirpe, lui, du fond de son sac son test PCR. Il date du 22 février. “Trop vieux”, remarque-t-il, dépité.
Finalement, ça n’a pas d’importance les mesures ne seront mises en œuvre que mardi. Et “ce n’est pas un contrôle coronavirus”, précise Dirk Schlouck, de la police fédérale allemande.
Le temps de montrer les papiers du véhicule et le policier les laisse partir. Qu’aurait-il fait mardi? “Il n’y a rien de prévu demain”, répond-il.
Sur un autre point frontière, entre Rosbruck, Cocheren et Nassweiler, des frontaliers, eux, profitent d’une dernière journée pour faire des courses dans un supermarché allemand. “On le voit, les gens stockent”, remarque une vendeuse.
A cet endroit, la frontière se situe entre la route nationale française et la contre-allée allemande. En dehors de quelques panneaux, rien ne distingue les deux pays.
“Un test tous les deux jours, vous n’y pensez pas! Donc je viens faire mes courses, puis j’attendrai, j’espère pas trop longtemps”, s’exclame Chantal Wilsius, 68 ans. Idem pour Nadine Thorimbert, 52 ans, qui vient acheter “ce qu’elle ne trouve pas en France”. Ou encore pour Salvator et Silvia Cusmano, 59 ans qui habitent à 800 m de la frontière. “Je ne pourrai plus aller acheter mon pain et mon journal en France chaque matin”, se désole M. Bernarhd.
Pour autant, personne ne critique vraiment la décision berlinoise. Contrairement au premier confinement, les frontières ne seront pas fermées. Et puis, “il faut vaincre ce virus, limiter la pandémie”, estime Youri Fernandez, 17 ans, qui attend aussi comme beaucoup les mesures qui seront prises en France en fin de semaine. “L’idéal aurait été que les deux pays fassent tout en même temps” fait remarquer Mme Wilsius.