
Mars 2020. La foule est encore compacte dans le TER à destination du Luxembourg. Certains passeront tout le voyage debout. Une fois de plus. Ce sera pourtant une des dernières fois avant de longtemps.
Mardi 12 mai, Jour-2 du déconfinement. À la gare de Metz, au début de l’heure de pointe, ce n’est pas la foule des grands jours. Deux mois après avoir déserté les trains, les voyageurs ne sont pas encore revenus.
Dans le train au départ pour Luxembourg à 6h33, où nous prenons place, seuls quelques dizaines de frontaliers sont installés. Ils étaient plus de 600 à se masser dans les mêmes rames à la fin de l’hiver. Sont-ils restés chez eux? Ont-ils pris la route? Ont-ils encore suffisamment confiance dans les transports en commun? Quelque soit la réponse, les conséquences sont là: plus personne, où presque, ne veut s’entasser dans les rames de la SNCF.
Le transport ferroviaire du déconfinement tranche radicalement avec celui qui rythmait la vie de plus de 12.000 frontaliers français en début d’année. Plus de cohue, plus de trajets inconfortables, plus de promiscuité...
Aujourd’hui, à chacun sa place et hors de question d’empiéter sur celle du voisin. La SNCF a d’ailleurs demandé à ce que chacun respecte les règles de distanciation physique: occupation d’un siège sur deux, aucun voyageur près de la cabine du conducteur et surtout, port du masque obligatoire.
Lundi et mardi, 100.000 protections étaient justement distribuées en gare pour permettre aux voyageurs de respecter les nouvelles mesures sanitaires. Et malheur à celui qui empruntera un transport en commun sans masque: en France, l’amende est de 135€, contre 149€ au Luxembourg.
Ce mardi matin, tous les frontaliers avançaient masqués dans les allées du TER. Et s’empressaient de trouver une place, loin des autres. Après le smartphone et les écouteurs, le masque est venu un peu plus isoler chacun dans sa bulle. Un impératif sanitaire aujourd’hui alors que les transports sont devenus une véritable source d’angoisse pour chacun, soucieux de rester à bonne distance des autres.
Seule l’arrivée de trois amies, qui profiteront du voyage pour s’installer l’une à côté de l’autre et rattraper ces deux mois d’éloignement, mettra un terme à cet éloignement volontaire. Ce sera le seul moment de proximité de tout le trajet. Comme pour le reste, les voyageurs mettront du temps à retrouver leur marque dans ces transports devenus, malgré eux, synonymes de prise de risques.