
On en garde tous un mauvais souvenir: l’été dernier, à l’isolement imposé par la crise sanitaire s’est ajouté un autre “confinement” lié aux chenilles processionnaires.On les surnomme ainsi car ces insectes se déplacent en file indienne après avoir vécu en colonie sur les chênes (et dans d’autres régions sur les pins).
Or, leurs poils urticants sont une calamité. Portés par le vent, ils s’accrochent au linge étendu dehors, rentrent par les fenêtres ouvertes, se glissent sous les vêtements, et provoquent des réactions allergiques variées: démangeaisons, réactions inflammatoires de la peau (dermatite, urticaire), des yeux ou des voies respiratoires, fièvre, vertiges... Un vrai cauchemar!
Résultat, l’été passé, beaucoup de gens avaient abandonné toute activité en pleine air. Hélas, ce phénomène risque bien de se reproduire, à la faveur du réchauffement climatique et des actions humaines (urbanisation, pollution, massacre des prédateurs naturels de ces chenilles...)
Mais ce n’est pas une raison pour rester les bras croisés. À Cattenom, la municipalité a décidé d’anticiper cette menace en postant sur Facebook un message choc: “Chenilles processionnaires: le retour”.
Non pas que les chenilles aient déjà commencé à sévir - nous ne sommes qu’en février, généralement la chenille devient une nuisance entre avril et juillet -. “Mais comme les traitements contre ces chenilles débutent dès avril-mai, on doit commencer la prévention tôt”, explique Jean-Sébastien Chlosta, responsable des services techniques à Cattenom.
Concrètement, la commune propose à ses citoyens qui ont des chênes colonisés par la chenille processionnaire de s’inscrire jusqu’au 31 mars sur une liste, afin que des experts puissent ensuite intervenir gratuitement pour détruire les insectes.
L’intervention, réalisée par une société privée, coûte à la commune 45 euros par chêne chez les particuliers (qui ne paient donc pas un sou). “Ils interviennent avant que les chenilles ne forment leurs gros cocons où des centaines de chenilles libèreront leurs poils”. Il s’agit de “pulvérisation par le sol, du bas vers le haut, car on n’a pas le droit d’épandre” précise-t-il.
Mais il faut bien s’assurer qu’il s’agit de chênes, car l’”an passé, on n’a fait qu’une seule intervention pour un particulier, toutes les autres signalements concernaient d’autres arbres, et donc d’autres types de chenilles. Il y a encore beaucoup de confusion sur ce sujet” constate-t-il.
Le traitement est “un insecticide micro-biologique spécifique aux chenilles, à base de Bacilles Thuringiensis, sans danger pour les hommes ou les mammifères.”
En revanche, “le problème c’est qu’il agit indifféremment sur plusieurs types de papillons et de chenilles. Donc selon l’ONF (Office national des forêts), ce n’est pas recommandé de faire des épandages massifs sur les forêts, car cela risque de dérégler complètement l’écosystème.” C’est pourquoi, “à la différence d’autres communes”, Cattenom assure n’utiliser cet insecticide que de façon ciblé, sur la trentaine de chênes communaux recensés, et sur les arbres des particuliers.
N’y a-t-il vraiment pas de solutions plus efficaces? “Non, pas pour l’instant. Il y a des recherches en cours, on étudie l’efficacité des phéromones sexuels, du savon noir, etc... Mais on n’a pas encore trouvé pas de recettes miracles.”
Seul espoir, conclut-il: compter sur la nature elle-même. “À force de se multiplier de façon exponentielle, les chenilles finissent par se réguler d’elle-même et leur population chute drastiquement, en raison de malformations, de maladies... Il y a des vagues successives comme ça.”
Bref, ces interventions vont permettre de limiter les dégâts pour les particuliers, mais sauf conditions exceptionnelles, “on n’échappera pas” au retour des poils urticants cet été, craint-il.
Nous avons aussi contacté Olivier Sarlet, gérant de NuisiProtect qui intervient au Luxembourg et en Belgique. Il nous explique la différence entre les traitements préventifs et curatifs qu’il propose. “On a justement été contacté il y a deux semaines par une commune luxembourgeoise, qui voulait anticiper le problème des chenilles. Mais cela ne s’est pas fait, pour des raisons d’inquiétudes écologiques” par rapport à l’insecticide utilisé. “Donc finalement ils vont se contenter d’agir lorsque les chenilles seront là”.
Ce qu’il conseille de faire lui aussi, d’autant que traitement curatifs sont moins polluants: il s’agit tout simplement d’”utiliser des moyens thermiques et d’aspiration”. Bref, une sorte de chalumeau pour brûler les insectes et un aspirateur pour éviter que les poils ne se dispersent, les déchets étant ensuite envoyés vers des centres de traitement agréés. Ainsi, les chenilles n’ont aucune chance, à la différence des insecticides dont l’efficacité varie beaucoup, notamment en fonction des conditions climatiques. “Il vaut mieux intervenir une fois que le problème est là, malheureusement.”

Il en profite pour faire passer un message à l’intention des particuliers qui voudraient régler le problème eux-mêmes: “Attention, c’est risqué. Même en tant que professionnel, quand on retire les équipements on a quand même quelques piqûres, donc il vaut mieux se méfier.” Il explique qu’il a dû chercher des équipements spécifiques - salopette couvrante, casque réfrigéré pour résister à la chaleur, gants de vétérinaires avec de longues manches...
Donc “moi je déconseille toujours les gens d’intervenir par eux-mêmes, on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise”.
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