
L’enfouissement des déchets nucléaires en couches géologiques, ça ne vous dit rien? Pour faire simple, c’est le principe aujourd’hui retenu par de nombreux pays pour isoler les déchets nucléaires les plus dangereux: les stocker dans la roche, à plusieurs centaines de mètres sous la surface, et les y laisser pour les siècles à venir.
La Belgique, comme de très nombreux pays, produit des déchets nucléaires. Principalement via sa production d’énergie (les centrales) mais aussi par ses activités médicales par exemple. À terme, en Belgique, ces déchets représentent plusieurs milliers de m3 de matière diverses.
Le problème de ces déchets est leur dangerosité: certains ont une durée de vie courte ou sont recyclables, et peuvent donc être gérés par les agences nucléaires. D’autres en revanche, resteront nocifs pour l’Homme et pour l’environnement pendant plusieurs centaines de milliers d’années. Plus, bien plus que nos sociétés ne peuvent gérer. C’est ce qui oblige les agences gouvernementales du monde entier à trouver une alternative.

Pour isoler cette source de radiation mortelle, la Belgique, comme de nombreux autres Etats, doit trouver une solution durable pour les stocker. L’organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies (ONDRAF, ndlr) propose donc de les enterrer dans le sous-sol belge.
À cette date, la Belgique n’a encore officiellement décidé ni du moyen de stockage ni du lieu. L’enfouissement n’est donc pas garanti, mais c’est la solution plébiscitée par plusieurs pays (Etats-Unis, France, Suède...) et celle privilégiée par la Belgique.
À ce jour, les déchets sont stockés de manière temporaire en surface, mais leur durée de vie nécessite un moyen efficace à plus long terme (bien que la solution ne soit pas réalisable avant plusieurs années). C’est pour cette raison que le gouvernement luxembourgeois se mobilise.
Mardi matin, la ministre de l’Environnement a prévenu que le pays userait de tous les moyens pour éviter un stockage de déchets en zone frontalière.
D’après l’analyse du projet belge faite par le ministère de l’Environnement, sept des zones repérées par les autorités voisines sont proches de la frontière (de 5 à 90 km environ) et “pourraient potentiellement accueillir l’installation de gestion à long terme des déchets nucléaires”. Les zones de Namur, Dinant ou encore Neufchâteau sont évoquées dans le document belge.

Dans son “Plan”, la Belgique estime qu’il est aujourd’hui “impossible à ce stade d’évaluer les incidences transfrontières” d’un stockage souterrain. Ce que le Luxembourg dénonce. Toujours d’après le ministère, le projet belge de définir des zones serait en contradiction avec une directive européenne sur l’environnement.
Pour contrer la Belgique sur le terrain de l’opinion, et pour faire entendre la voix des résidents luxembourgeois, le ministère de l’Environnement a promis de mobiliser ses ressources pour influer sur le projet de la Belgique et invite désormais chacun de ses résidents à participer à la consultation belge.
Les critiques luxembourgeoises ont suscité de vives tensions en Belgique. La ministre belge de l’Energie et de l’Environnement Marie Christine Marghem considère qu’il s’agit d’un “incident diplomatique sérieux” et a dénoncé mardi “une campagne de désinformation” de son homologue luxembourgeoise.
Comme le rapporte la RTBF, la ministre belge s’étonne de la sortie médiatique de Carole Dieschbourg, alors que cette dernière n’a pas eu de contacts sur le sujet avec les ministres fédéraux belges compétents.
Elle affirme aussi qu’à ce stade, “aucun site de stockage n’a été identifié ni même de type de roche pouvant accueillir les déchets, contrairement à ce qui a été affirmé pendant la conférence de presse” de la ministre luxembourgeoise. “Diffuser une carte avec ces supposés sites auprès de la population luxembourgeoise ou parler d’une éventuelle pollution de l’eau n’est ni plus ni moins qu’une campagne de désinformation préjudiciable” déclare encore la ministre, qui conclut en rappelant que le projet d’enfouissement nucléaire n’en est qu’à sa “première étape” et ne se fera donc ni “rapidement”, ni sans consultation du public.