
Avec plus de 39.000 entreprises concentrées dans un département de plus d’un million d’habitants, la Moselle est tout sauf un petit territoire. C’est même le 2e poids économique de la région Grand Est. Avec une particularité: la présence de deux pays frontaliers avec lesquels les échanges sont forts. Il s’agit de l’Allemagne et du Luxembourg.
À ce jour, plus de 112.000 Français travaillent au Luxembourg, tandis que 16.000 exercent leur métier en Sarre. Si des résidents voisins trouvent aussi leur compte en venant travailler en France, cette mobilité exerce une certaine pression sur les employeurs. Notamment ceux proches du Grand-Duché de Luxembourg, où les conditions d’embauche sont plus avantageuses. Le pays comptera bientôt 500.000 travailleurs - dont un grand nombre de frontaliers - et 70.000 employés sont attendus d’ici 2026.
Fabrice Genter, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Moselle (CCI), ne voit pas la Moselle se contenter d’un second rôle. “Notre position frontalière est une chance énorme. Ça nous permet d’attirer des entreprises qui ne viendraient pas chez nous autrement.” assure-t-il lors de notre rencontre. À condition de mettre du cœur à l’ouvrage.
“Il faut se bouger ! Est-ce qu’on choisit de rester sur le bord de la place ou est-ce qu’on essaie de surfer sur la vague?” lance Fabrice Genter. “À la Chambre, on travaille depuis longtemps en étroite collaboration avec la Chambre de Commerce luxembourgeoise. On n’a pas du tout l’intention, surtout vue notre taille, de rester à côté et de devenir une sorte de monument historique. Non, ce n’est pas du tout la mentalité historique de la Moselle.”

Face au dynamisme luxembourgeois, fiscalement plus avantageux et qui propose des salaires plus élevés, la Moselle doit trouver d’autres arguments.
“Il peut y avoir un phénomène de concurrence sur les métiers de proximité” concède le président de la CCI. “On a des choses qui coincent momentanément. Sur le thème de la santé, le Luxembourg attire mais le problème dont on parle n’est pas lié qu’à eux. C’est national. La demande est forte au Luxembourg mais elle l’est aussi en Moselle.”
Si certains peuvent profils peuvent parfois “fuir” vers le Grand-Duché, d’autres font machine arrière.“Des personnes peuvent être formées ici et aller travailler au Luxembourg. Et parfois, elles reviennent.”
Depuis la crise du coronavirus, les besoins de certains ont évolué. Moins de trajets, plus d’espace, plus de confort... Voilà des conditions de vie que l’on peut trouver en Moselle. “On peut proposer une qualité de vie, avec des logements à des coûts très raisonnables par rapport à ce qu’on voit ailleurs. Mais c’est aussi toutes les infrastructures qui vont avec. Qu’elles soient culturelles, de sport, de santé...” Quand les citadins trouveront un espace dynamique dans les métropoles de Metz et Thionville, les amoureux de la campagne pourront s’excentrer légèrement du sillon lorrain pour profiter des grands espaces dans un département deux fois plus grand que le Luxembourg.
Des points positifs dont les frontaliers profitent déjà, mais qui attirent aussi parmi les Français. Certains se souviennent peut-être de la campagne de promotion “Je veux Metz”, dont les affiches avaient été très remarquées il y a dix ans.

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Aujourd’hui, Fabrice Genter estime qu’il existe deux catégories de frontaliers:
“Il y a toute une frange de frontaliers qu’on n’aurait jamais eu sans le Luxembourg” affirme-t-il. Notamment les premiers cités. “Au travers des offres luxembourgeoises, les gens viennent. C’est un des moteurs de l’attractivité.”
Une fois la question du salaire passée, ou après quelques années de travail, c’est le reste du quotidien qui fait que certains reviennent. “C’est pour ça qu’à certains moments, Il y en a qui se disent qu’ils peuvent trouver quelque chose en Moselle. “Je vais arrêter de travailler à Luxembourg car je veux aussi avoir du temps pour moi et m’organiser autrement” se diront-ils.” Et c’est à la Moselle de tirer son épingle du jeu. “Adaptons-nous, on peut le faire. On a nos voisins qui bougent à côté. C’est très positif car il n’y aurait rien de pire que de rester statique. On peut observer, on peut travailler ensemble. Je pense qu’on a plus de chance que beaucoup d’autres départements.”
Retrouvez ici la suite de notre article sur la place de la Moselle aux cotés du Luxembourg. Le 2e volet est consacré à l’emploi et aux frontaliers.