EmploiLe Luxembourg adore les étudiants de ce diplôme lorrain

Thomas Toussaint
Depuis trois ans, un diplôme créé par l'Université de Lorraine permet à quelques étudiants de se former chaque année pour travailler sur la Place financière luxembourgeoise, ravie de pouvoir accueillir ces nouveaux travailleurs très qualifiés.
© Wes Hicks / Unsplash

En mars 2020, quelques jours avant la pandémie, nous rencontrions Jérôme Charpentier, directeur du Diplôme Universitaire (DU) de fiscalité transfrontalière. Cette formation accessible à partir d’un niveau Bac+4 a été créée par l’Université de Lorraine. Elle propose, depuis sa première année d’existence, une formation explicitement orientée vers le Luxembourg, en quête de jeunes talents prêts à rejoindre la Place financière.

Deux ans et demi plus tard, alors qu’une quatrième promotion vient de rejoindre le diplôme, nous sommes retournés sur place. Désormais co-piloté par Jérôme Germain et Aurélie Dort, maîtres de conférences, le DU a confirmé son potentiel.

Sur la vingtaine d’étudiants de la promo 2021-2022, la 3e donc, tous ont reçu une proposition d’embauche au Grand-Duché. “Entre 80 et 90% d’entre eux ont accepté” confirme Jérôme Germain.

Organisé en double cursus avec deux autres masters (en fiscalité et en droit des affaires), le DU est très sélectif. Outre un dossier de candidature, il impose une importante charge de travail aux étudiants. “Effectivement, il faut être sérieux et discipliné” confirme le maître de conférences. “Mais l’expérience montre que nos étudiants sont complètement capables de réussir ce double cursus en master 2 (le niveau Bac+5, ndlr) et ensuite de faire de brillantes carrières, par exemple au Luxembourg. Personne n’a été victime de “burn out” ou n’a dû arrêter à cause d’une charge de travail inhumaine.”

Si on leur demande beaucoup, ou un peu plus qu’aux autres, c’est que les employeurs attendent aussi un peu plus que la normale

L’effort demandé va, en revanche, préparer à ce que le monde professionnel exige. “Si on leur demande beaucoup, ou un peu plus qu’aux autres, c’est que les employeurs attendent aussi un peu plus que la normale. Dans les entreprises qui travaillent dans la fiscalité au Luxembourg, notamment, les attentes en termes de charge de travail, de rapidité, d’heures de travail, sont effectivement un peu plus élevées que la moyenne.”

Les jeunes en position de force

Le Luxembourg a été immédiatement séduit par ce diplôme lorrain qui propose des cours d’introduction à la fiscalité du pays. “Ça surprend souvent les employeurs, qui ne s’attendent pas à ce que les étudiants aient déjà des connaissances solides en droit et en fiscalité luxembourgeoise. Normalement, ils préparent des formations en interne pour que les jeunes employés puissent ajuster leurs connaissances au droit luxembourgeois.”

Le marché de l’emploi est en ce moment très favorable aux jeunes diplômés demandeurs d’emploi dans le domaine de la fiscalité

De nombreuses entreprises ayant des postes à pourvoir dans le conseil fiscal interviennent toujours dans le diplôme de l’université. À travers des cours dispensés par des professionnels employés au Grand-Duché, ou grâce à des invitations pour faire découvrir leurs installations aux étudiants. Avec l’espoir de séduire et embaucher tôt des étudiants très qualifiés.

Dans un secteur très rémunérateur mais étonnamment soumis à des difficultés de recrutement, les jeunes peuvent même se retrouver en position de force. “Le marché de l’emploi est en ce moment très favorable aux nouveaux diplômés, aux demandeurs d’emploi dans le domaine de la fiscalité” confirme Jérôme Germain. Car les postes sont nombreux mais les profils qualifiés manquent.

Une situation qui favorise les jeunes, qui peuvent faire valoir leurs attentes. Non pas sur le salaire, déjà très avantageux, mais en termes de qualité de vie. “Aujourd’hui c’est ce qui fait la différence: ils ont envie de se sentir bien au travail. Ça devient courant d’avoir une journée de télétravail par semaine par exemple.”

De leur côté, les entreprises n’ont pas fait beaucoup évolué leurs exigences. Le français et l’anglais restent les deux langues les plus demandées, devant l’allemand, “un plus”. Le luxembourgeois, en revanche, n’est toujours pas un prérequis, même s’il facilitera “l’intégration sociale” des futurs employés. Une chance pour ces étudiants français, qui vivent dans une région peu orientée vers le secteur financier... Et qui pourrait jouer encore longtemps son rôle de réserve de travailleurs pour le Luxembourg.

À lire également - Les frontaliers français vont pouvoir télétravailler 34 jours par an

Back to Top
CIM LOGO