
Bruxelles et Paris ont pris des dispositions pour interdire le “convoi de la liberté” et en limiter les effets. Suffisant? Malgré ces coups de frein forcés, des participants n’entendent pas lever le pied.
Pas de quoi décourager Adrien Wonner, un éboueur et “gilet jaune” de 27 ans qui partira de Normandie. “On a organisé ça depuis suffisamment longtemps (...) On ira sur la capitale quoi qu’il arrive”, a-t-il affirmé à l’AFP.
“Il n’y a aucune loi qui nous empêche de prendre notre voiture et d’aller passer un week-end à Paris. C’est impossible d’empêcher tout le monde d’arriver”, a renchéri Michel Audidier, un retraité de 65 ans qui partira de Beauvais (Oise).
“Ils ont peur que ça fasse un effet de foule, ils voient que ça monte !”, s’est réjoui Mathis Dubois, un jeune Charentais membre d’un convoi de quelque 250 véhicules qui faisait étape à la mi-journée à Maine-de-Boixe, au nord d’Angoulême (Charente).
Des rassemblements sont annoncés, via les réseaux sociaux, ce vendredi à Metz et Nancy. Ce qui pose la question d’éventuelles perturbations du trafic sur les grands axes de la région.
Autour de Metz, le départ est donné à 10h sur le parking du magasin Auchan à Semécourt. Les personnes rassemblées doivent ensuite prendre la direction de l’autoroute A31 pour rejoindre Nancy à 12h.
Une fois là-bas, les voitures sont invitées à stationner au Auchan de Laxou et les routiers aux Baraques de Champigneulles, ou le long de la D400. Après la pause déjeuner, ils doivent prendre la route jusqu’à Paris en empruntant la N4.
En périphérie de Brest, environ 70 personnes se sont réunies pour prendre la route à bord d’une quarantaine de véhicules. Parmi eux, Xavier Le Gregam, un retraité, compte suivre quelques étapes car “on est en train de nous voler beaucoup de libertés”.
Environ 1.600 personnes ont été comptabilisées au plus haut jeudi, ont indiqué des sources policières à l’AFP, soulignant que le mouvement était fluctuant - beaucoup de participants se contentent de faire quelques étapes - et que les convois n’incluaient pratiquement aucun poids-lourds.
Le “mouvement reste encore très mesuré”, ont précisé ces sources, ajoutant ne pas voir à ce stade de “stratégie de blocage en amont de Paris”.
Rémi Monde, l’un des initiateurs du mouvement, a indiqué à l’AFP que la revendication principale des manifestants était “le retrait (...) du pass sanitaire et de toutes les mesures de contrainte ou de pression liées à la vaccination”, en plus de mesures sur le pouvoir d’achat ou le coût de l’énergie.
“Nous avons manifesté, et nous pouvons continuer mais nous voyons que ça ne mène qu’à la confrontation, à la répression et à la violence”, a-t-il ajouté, “nous voulons essayer autre chose, et voir quelle sera la réponse du gouvernement face à des gens pacifistes et joyeux”.
Ces manifestations interviennent alors que le “Monsieur vaccin” des autorités Alain Fischer et le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal ont évoqué mercredi la fin du pass vaccinal “d’ici la fin mars” ou “début avril”.
Le mouvement est “loin d’être solidement structuré” mais “ce nouveau mode d’action particulièrement médiatique pourrait permettre aux différents groupes contestataires de retrouver un nouvel élan”, indique en outre une note du renseignement territorial, citée par RTL et Le Parisien.
La préfecture de police française a annoncé l’interdiction, de vendredi à lundi, de cette mobilisation pour “risques de troubles à l’ordre public” et la mise en place d’un “dispositif spécifique (...) pour empêcher les blocages d’axes routiers, verbaliser et interpeller les contrevenants”.
En France, plusieurs cortèges de ce mouvement, que ses organisateurs définissent comme “l’étape d’après” de la mobilisation antigouvernementale des “gilets jaunes” et des opposants au pass sanitaire, sont partis mercredi de plusieurs villes du Sud (Nice, Bayonne, Perpignan), et d’autres doivent se mettre en marche jeudi.
Dans la perspective de ce rassemblement, attendu vendredi à Paris, le préfet de police de la capitale française a annoncé jeudi matin des mesures d’interdiction. Didier Lallement a donné “des consignes de fermeté” aux policiers, précise un communiqué publié à Paris, qui rappelle notamment qu’entraver la circulation est passible de deux ans d’emprisonnement.
Un “dispositif spécifique”, notamment composé de “task forces” et d’engins d’enlèvement doit être mis en place pour “pour empêcher les blocages d’axes routiers, verbaliser et interpeller les contrevenants”, qui encourent six mois de prison et 7.500 euros d’amende”, a insisté la préfecture.
Les autorités belges ont annoncé jeudi interdire l’accès à Bruxelles du “convoi de la liberté”, attendu a priori lundi, une manifestation pour laquelle aucune autorisation n’a été demandée, a justifié le bourgmestre de la capitale belge.
“Des moyens sont mis en place pour empêcher le blocage de la Région Bruxelles-Capitale”, a ajouté le maire, Philippe Close, qui s’exprimait sur Twitter, peu après l’annonce de mesures similaires à Paris.
Il a précisé que la décision avait été prise en concertation avec l’exécutif régional et la ministre belge de l’Intérieur, Annelies Verlinden. La ministre a autorité sur la police fédérale, qui sera chargée de contrôler à la frontière belge les camions et voitures venant de l’étranger qui souhaiteraient rallier Bruxelles.
Par ailleurs, “des arrêtés d’interdiction de manifester avec des véhicules motorisés” seront pris au niveau de la région et de la ville de Bruxelles, selon un communiqué du président de l’exécutif régional, Rudi Vervoort. La mesure s’adresse aussi aux éventuels manifestants belges ou déjà sur le sol belge. Leurs véhicules en approche de la capitale seront déviés par la police “vers le Parking C”, une vaste zone de stationnement proche du plateau du Heysel, dans le nord de l’agglomération.