
Tout n’est pas encore prêt: quelques câbles pendent encore au plafond et toutes les cloisons blanches ne sont pas encore installées, là où jusqu’à 1.000 patients pourront être accueillis.
Des soldats de la Bundeswehr ont été déployés la semaine dernière pour assembler le mobilier de cette structure improvisée qui doit permettre d’absorber la vague de patients souffrant de Covid-19... La deuxième à laquelle se prépare déjà l’Allemagne, pourtant souvent citée comme modèle pour le traitement de la première.
Les hôpitaux se tiennent prêts pour une nouvelle hausse des infections que pourrait provoquer justement le déconfinement. Une crainte réelle, soulignée cette semaine par la chancelière Angela Merkel qui est sortie de ses gonds en dénonçant “l’orgie” de discussions autour du retour à la normale et le manque de discipline de la population.
Il existe un “danger fondamental” que les infections redémarrent “si l’ensemble des mesures restrictives sont supprimées de manière précoce”, a affirmé mardi Lars Schaade, directeur adjoint du Robert Koch Institut, l’agence chargée du contrôle des maladies.
A l’hôpital universitaire d’Aix-la-Chapelle, qui a accueilli les premiers cas graves de Covid-19 en Allemagne, des dizaines de lits encore vides attendent. “On est prêt à réagir de manière dynamique”, assure Gernot Marx, directeur du département des soins intensifs.
“Nous n’avons jamais eu à choisir” jusqu’ici en faisant le tri dans les patients, explique Anne Brücken, médecin dans cette clinique. “J’espère que ça reste comme ça.”
Actuellement, près de 13.000 lits en soins intensifs sont libres sur 32.000 au total dans le pays. “L’Allemagne est préparée à une possible seconde vague”, assure Gerald Gass, président de la société allemande des hôpitaux DKG.
Avec 33,9 lits en soins intensifs pour 100.000 habitants contre 8,6 en Italie et 16,3 en France, l’Allemagne était déjà au départ bien préparée à la pandémie. Et elle a depuis multiplié ces capacités ainsi que les dépistages.
Le pays affiche aujourd’hui un taux de létalité de plus de 3%, en hausse mais toujours en deçà de la plupart des autres pays, et son système de santé n’a jamais été surchargé.
“Sur les prochains mois, nous pensons garder 20% de nos lits avec assistance respiratoire disponibles et visons en plus la possibilité de mobiliser 20% supplémentaires en 72 heures si une deuxième vague arrive et que les infections reprennent largement”, explique M. Gass.
Il plaide d’ailleurs pour une reprise progressive du travail hospitalier normal, alors que les opérations non-essentielles ont été annulées pour désengorger les services. “En général, nos hôpitaux sont moins occupés actuellement que normalement à cette saison ou sur une année” explique-t-il.
La deuxième vague pourrait pourtant avoir “une toute autre violence” que la première, a averti jeudi le virologue Christian Drosten de l’hôpital de la Charité à Berlin sur la chaîne TV publique NDR.
“Le virus va continuer à se répandre en Allemagne au cours des prochaines semaines ou mois et cet été”, selon l’expert, qui met en garde contre un nouveau départ simultané de cas de Covid-19 “partout en même temps”. “Nous sommes peut être en train de perdre notre avance” sur le virus, a-t-il mis en garde.
Berlin mise sur un retour très progressif à la normale accompagné de centaines de milliers de tests par semaine tandis que le port du masque devient progressivement obligatoire dans les transports en commun et, dans certaines régions, dans les magasins.
Le traçage téléphonique de contacts de personnes va aussi être renforcé grâce à des applications, comme en Asie.
“Une évolution dynamique des infections signifie tout de suite une charge accrue pour le système de santé, ce qui veut dire qu’il faut identifier très tôt, grâce à beaucoup de tests, les effets du déconfinement”, avertit le Dr Gass.