
Un sursis pour la Lorraine, malgré des chiffres en hausse. Seuls le Rhône, l’Aube et la Nièvre sont placés dans la liste des départements soumis à des mesures de freinage renforcées.
Les départements lorrains sont donc pour le moment épargnés par un renforcement des mesures. Mais l’épidémie y circule activement: le taux d’incidence y dépasse les 290 en Meuse et en Moselle, et s’en rapproche en Meurthe-et-Moselle (277). Les Vosges sont moins concernés (185)
Surtout, le taux de saturation des soins intensifs reste élevé dans la région Grand Est: 86% des lits sont occupés et la tendance est à la hausse (62% de saturation le 23 février).
La situation sanitaire, avec des services de réanimation saturés dans certaines régions comme l’Île-de-France, inquiète fortement le monde médical et le gouvernement qui se démultiplie pour tenter de contenir les critiques.
“Chacun voit que le Covid prend de nouveau une sorte d’expansion et c’est très inquiétant (...) On a devant nous plusieurs semaines difficiles”, a convenu le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin sur RMC.
Au point que le désormais traditionnel Conseil de défense restreint mercredi, avant le Conseil des ministres, a étudié de nouvelles restrictions, comme la possibilité de limiter les voyages à l’étranger hors motifs impérieux professionnels, estudiantins ou familiaux, a ajouté le ministre.
Le Premier ministre, qui “cherche toujours à éviter un troisième confinement”, reconnaît une “situation de départements qui montrent des développements de taux d’incidence très élevé” et le fait que “naturellement” le gouvernement va être “amené à prendre des décisions complémentaires dans d’autres départements”.
Le gouvernement compte donc placer trois départements supplémentaires, le Rhône, l’Aube et la Nièvre, dans la liste des départements soumis à des mesures de freinage renforcées, qui en comptait 16 jusqu’ici, a annoncé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.
“Des concertations auront lieu cet après-midi” pour faire passer ces départements sous régime renforcé, a-t-il précisé, alors que le taux d’incidence dans le Rhône, et notamment à Lyon, approche la barre des 400, à 383 pour 100.000 habitants, et atteint 329 dans la Nièvre et 445 dans l’Aube, selon Santé Publique France.
En attendant, une partie du monde médical gronde face à une saturation des services de réanimation dans les zones très touchées par le regain de l’épidémie, estimant qu’un confinement plus strict est nécessaire. "On marche sur la tête avec des mesures qui sont complètement déconnectées de la réalité”, a estimé sur Cnews le Pr Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon à Paris, dénonçant la fermeture de l’activité opératoire pour soigner des patients atteints du Covid.
Pour lui, le semi-confinement en Ile-de-France est une mesure “hors-temps”. “Je ne vois pas comment ça peut freiner... On va dans le mur”, a-t-il estimé, appelant l’exécutif à “ne pas perdre le lien avec le terrain, et se méfier aussi de l’opinion publique”.
Le nombre de malades du Covid soignés en réanimation augmente régulièrement ces derniers jours, de 4.400 dimanche à 4.634 mardi, pour se rapprocher du pic de la 2e vague de l’automne (4.900 le 16 novembre).
Depuis samedi, dans 16 départements, dont toute la région parisienne, les Hauts-de-France, une partie de la Normandie et les Alpes-Maritimes, de nouveaux commerces ont fermé, les déplacements sont limités à 10 km, sauf motif dérogatoire, et le gouvernement a renforcé ses appels au télétravail et à ne pas inviter d’amis chez soi.
Comme ailleurs en Europe, l’exécutif compte sur la vaccination qu’Emmanuel Macron a promis mardi d’accélérer et d’élargir aux 70-75 ans sans comorbidités dès samedi et à partir de mi ou fin avril aux enseignants.
Gérald Darmanin a d’ailleurs annoncé mercredi l’ouverture de 38 vaccinodromes gérés par 25.000 sapeurs-pompiers formés à la vaccination et 2.500 en charge de la logistique.
Selon le dernier bilan du ministère de la Santé, près de 6,6 millions de personnes ont reçu une première dose, dont 2,5 millions ont été vaccinées avec deux.
L’opposition focalise ses critiques sur des mesures jugées tardives et brouillonnes, avec l’épisode des attestations ratées le week-end dernier, et la lenteur de la vaccination sur fond d’approvisionnement ralenti et de polémique sur AstraZeneca.
“Pourquoi est-ce que le freinage intervient maintenant au mois de mars, alors qu’il aurait dû intervenir au mois de janvier”, avec le “risque” désormais de devoir “trier les malades”, a interrogé le premier secrétaire du PS Olivier Faure sur Sud Radio.
“Plus de vaccins, moins de baratin”, a exhorté de son côté le président du groupe LR à l’Assemblée Damien Abad sur Public Sénat, en réclamant une “vaccination de masse, pas la vaccination par tranches d’âge si l’on veut arriver à 30 millions de personnes vaccinées au 30 juin”.