
Transformer la Lorraine en parking géant pour les Luxembourgeois? Il y a deux ans, nos confrères de Today avait lancé cette idée saugrenue dans leur rubrique parodique “Wurst” (voir photo ci-dessous), et cela nous avait bien fait rire...

Sauf que la réalité rejoint de plus en plus la fiction, témoigne Jean-Marc Fournel, le maire de Longwy: “La question qu’il va falloir qu’on se pose sérieusement, c’est: «Est-ce que la France doit devenir le parking de stationnement des entreprises luxembourgeoises?»"
Bien sûr, il est naturel de voir de plus en plus de plaques jaunes luxembourgeoises en France: le trafic frontalier explose, tout comme l’exode de résidents luxembourgeois qui viennent chercher des prix immobiliers plus abordables. Mais ce qui interpelle le maire de Longwy, c’est effectivement la prolifération des utilitaires et autres camionnettes.
“Elles sont de plus en plus nombreuses! Elles y viennent parfois pour travailler c’est vrai, mais souvent aussi pour ramener chaque salarié frontalier à son domicile”. Le problème, ajoute-t-il, c’est qu’”elles restent stationnées la semaine mais aussi le week-end sur nos communes, du 1er janvier au 31 décembre. Cela réduit les capacités de stationnement sur la ville. “
Non loin de là, à Villerupt, le maire Pierrick Spizak rapporte également un “ras-le-bol” face à ce phénomène. “Dans les citées ouvrières notamment, les rues sont déjà étroites, et il y a déjà de plus en plus de voitures par famille... Si on rajoute des camionnettes qui prennent la place de deux ou trois voitures, ça devient invivable.Y compris pour les camions de l’intercommunalité qui n’arrivent plus à passer pour ramasser les ordures ménagères”.
“À Audun-le-Tiche, Ottange, etc, c’est pareil, il y a de plus en plus de luxembourgeois qui viennent se garer chez eux parce que les parkings sont payants et chers dans leur pays. Donc forcément, je comprends que les entreprises proposent aux ouvriers de prendre la camionnette pour rentrer en France. C’est un avantage, ils n’ont pas besoin de prendre leur voiture personnelle, pas de frais essence, etc.”

Se pose alors la question: que faire pour freiner ce phénomène? “On avait commencé à réfléchir à interdire les camionnettes de chantier. Ça avait été vite abandonné, car ça pourrait pénaliser tout autant l’artisan de Villerupt qui a sa camionnette. Et puis ce serait illégal de faire une différence entre une camionnette luxembourgeoise ou française” constate le maire de Villerupt.
Une autre piste envisagée serait de créer sur la commune “un parking spécialement pour les camionnettes, qui serait payant. Mais il faudrait avoir du foncier à notre disposition, et on n’en a pas.” Il faudrait par ailleurs que les conducteurs de camionnette jouent le jeu, or leur intérêt est plus souvent de se garer où bon leur semble.
Le maire de Villerupt déplore un autre problème: “non seulement les communes frontalières deviennent le parking d’entreprises luxembourgeoises, mais aussi leur poubelle”. Il constate une hausse des déchets rapportés du Luxembourg. “Parfois, les conducteurs des camionnettes en profitent pour transporter des sacs poubelles, qu’ils vont jeter en France à côté des poubelles publiques ou dans la nature.”
Un phénomène confirmé par la municipalité de Longwy, qui a verbalisé récemment l’un de ces pollueurs. Grâce à la vigilance d’un citoyen, une entreprise luxembourgeoise qui avait jeté ses déchets en ville s’est faite attraper. Elle devrait payer une amende de 1.500 euros.