Un automobiliste témoigne"Ils m'ont volé trois fois mon pot catalytique, j'en ai marre!"

Romain Van Dyck
Thierry n'en revient pas: en moins d'un an, ce Français s'est fait voler trois fois son pot catalytique sur sa Toyota Prius! Un acharnement qui révèle l'existence d'une filière bien organisée, spécialisée dans le vol de cette pièce automobile plus précieuse qu'on ne le croit.
Thierry a découvert malgré lui l'existence d'une filière spécialisée dans le vol de ces pots catalytiques...
Thierry a découvert malgré lui l’existence d’une filière spécialisée dans le vol de ces pots catalytiques...
© RTL

Quelques minutes à peine: c’est le temps qu’il faut aux voleurs pour subtiliser un pot catalytique.

En plein jour, dans des rues passantes... rien n’arrête ces voleurs bien rodés: “Apparemment, ils sont souvent trois. Pendant qu’une personne surveille la rue, les deux autres se chargent de soulever le véhicule et de scier le pot” raconte Thierry. En moins d’un an, ce Lorrain qui vit dans un quartier résidentiel de Nancy en a fait trois fois la douloureuse expérience.

Pourtant, sa Toyota Prius 2 de 2008, 183.000 km au compteur, ne lui procurait jusque-là que des satisfactions : “Une voiture géniale pour les gens comme moi qui ne sont pas bricoleurs ni de gros amateurs de voitures, car elle est increvable, jamais de soucis techniques...

Mais cette hybride nippone aurait au moins un défaut: elle serait très prisée des voleurs de pots catalytiques. Car “apparemment, c’est plus facile et plus rapide de voler les pots sur ces modèles” a appris le Nancéien.

“LIMITE, ILS ME DISAIENT QUE LES VOLEURS AVAIENT FAIT DU BEAU BOULOT”

La première fois que cela lui est arrivé, c’était en août 2021. “Je rentrais de vacances, j’avais laissé la voiture dans ma rue. Je ne remarque rien jusqu’au moment où je commence à rouler avec. Elle faisait un bruit d’avion”.

Ne sachant identifier le problème, il va dans un garage toutes marques situé à proximité. “Ils montent le véhicule sur le pont, et alors là, ils ont halluciné. Limite, ils me disaient que les voleurs avaient fait du beau boulot”. Le pot catalytique a en effet été dérobé en un temps éclair, “proprement”. “À l’époque, je n’avais jamais entendu parler de ce type de vol. Je ne comprenais pas pourquoi ils volaient un pauvre pot d’échappement sur une voiture qui valait à peine 4.000 balles.

Le garage l’envoie vers un garage Toyota. Lorsque ce garage lui présente la facture de la réparation, c’est Thierry qui hallucine: “Ils m’ont demandé 3.169 euros.

Réparer un pot catalytique coûte très cher, comme l'atteste cette facture que Toyota a présenté à Thierry.
Réparer un pot catalytique coûte très cher, comme l’atteste cette facture que Toyota a présenté à Thierry.
© DR

La faute aux métaux rares utilisés dans ces pots. Le rhodium par exemple, qui permet de limiter l’émission de gaz polluants, est considéré comme le métal le plus cher au monde, devant l’or! De quoi faire tourner la tête de voleurs qui ont fait de ce trafic une filière très juteuse (lire par après).

Il va porter plainte auprès de la police, mais comprend vite que cette dernière a d’autres chats à fouetter... Puis il envoie la facture à son assurance, qui accepte de la prendre en charge, mais en déduisant 1.000 euros en raison de la vétusté du pot subtilisé, ainsi que 300 euros de franchise. “1.300 euros de ma poche, quand même! Je me dis wow, il ne faudrait pas que cela se reproduise”.

“JE FLIPPE COMPLÈTEMENT”

La deuxième fois, c’était le 1er avril dernier. Et ce n’est pas une blague” soupire-t-il. Sa voiture se trouvait alors sur le parking d’une zone commerciale, tandis que lui déjeunait chez un ami à proximité. Les voleurs ont agit en pleine journée, le temps de son repas. “Je rentre dans la voiture, je roule un peu. Dès que la voiture quitte le mode électrique, je sursaute et entend encore ce bruit de vieux tracteur. Je deviens cinglé!

Il fait appel à une dépanneuse pour emmener sa voiture jusqu’au garage Toyota. “Ils n’en reviennent pas. Tout comme la police qui me voit venir une deuxième fois pour la même plainte”.

Son assurance, en revanche, voit déjà rouge. Une personne lui annonce que le premier remboursement était “une erreur”, et qu’il n’est pas couvert pour ce genre de vol. Thierry ne se laisse pas faire, contacte un autre service auprès de son assurance et obtient gain de cause. Il se fait rembourser la réparation en totalité, à l’exception de la franchise de 300 euros.

Déjà 1.600 euros dépensés de sa poche pour ces vols. “Je flippe complètement.Moi qui faisais du covoiturage, je commence à éviter de prendre des gens dans ma voiture, par peur de la panne.Il commande aussi un kit de protection pour son pot catalytique. “Ca vient de Bulgarie, et c’est en gros une plaque renforcée qui vient recouvrir le pot, pour compliquer la tâche des voleurs. Et j’avais trouvé un mécanicien qui devait me l’installer bientôt, pour 250 euros.

ADIEU LA PRIUS... ET ADIEU L’ASSUREUR!

Malheureusement, il y a quelques jours, rebelote: “J’étais parti faire une course en ville, quand une personne de mon voisinage m’a appelé. Elle voyait trois individus rôder autour de ma voiture.

Paniqué, Thierry revient chez lui... Mais il est déjà trop tard. Il découvre, effondré, que sa discrète hybride fait à nouveau le bruit d’une Harley-Davidson.

Et pour ne rien arranger, son assurance s’obstine à lui donner des sueurs froides: “À nouveau, quelqu’un m’affirme qu’on m’a remboursé les deux premières fois par erreur, et que de toute façon les conditions de prise en charge dans le cas d’un vol de pot catalytique ont évolué. J’ai vraiment eu l’impression qu’ils changeaient leurs conditions comme ça, à la gueule du client.” Mais une fois encore, Thierry se bat, et ce n’est qu’au terme de plusieurs jours de négociations qu’il obtiendra la garantie d’un troisième remboursement.

Mais il a entretemps pris deux résolutions: “J’ai décidé de changer d’assurance, dès que je serai remboursé. Et j’ai aussi décidé de changer de voiture. J’ai trouvé quelqu’un qui va la vendre à l’étranger, il y a une filière à l’export apparemment. Je la vendrai pour 500 balles, tant pis, ca fait une grosse décote, et c’était une super bagnole... mais fini la Prius, j’en ai marre.

UNE FILIÈRE BIEN ORGANISÉE

L’histoire de Thierry est loin d’être un cas isolé. Les affaires se multiplient en Europe ces derniers mois. Le 11 mars dernier par exemple, la Gendarmerie de Loire-Atlantique rapportait un exemple de démantèlement d’un vaste trafic de pots catalytiques allant de la France à la Pologne, après avoir constaté plus de 300 affaires liées à ce type de vol depuis le début de l’année.

L’enquête révèle que des voyages, comprenant 700 à 800 pots catalytiques, étaient organisés tous les 15 jours par une entreprise de transport en Pologne.

Les voleurs recherchent à l’intérieur des métaux précieux comme le rhodium dont la valeur peut être estimée jusqu’à 575.000€ le kilo soit 8 fois plus cher que l’or” écrit la gendarmerie. Des pots qui s’écoulent en moyenne à 100 euros pièce.

Pour se prémunir des voleurs, les militaires donnent quelques conseils : se garer contre un mur ou près d’autres véhicules bas, souder un treillis métallique autour du pot catalytique, installer une courroie de Kevlar et de fils d’acier… Et croiser les doigts!

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