
“Il est tellement imprévisible ce virus, on le découvre au jour le jour, nous a confié le Professeur Thierry May, chef du Service de Maladies Infectieuses et Tropicales, qui a par ailleurs été membre de plusieurs Commissions au sein de l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida. “Nous étions beaucoup à penser qu’il ne sortirait pas de Chine au départ. J’ai connu l’épidémie du Sida, qui a progressé de façon continue sur 20 ans, mais celle-ci est tout à fait différente de par sa progression rapide. C’est la première fois que l’ensemble des services de l’hôpital sont mobilisés.”
Ce jeudi le CHRU avait en charge 83 patients Covid-19 dans des lits de médecine, 90 autres dans des lits de réanimation et 20 personnes en unité post-urgence dans l’attente des résultats de leurs tests. Entre 300 et 400 tests de dépistage au coronavirus sont analysés quotidiennement dans le centre hospitalier.
“Nous vivons dans une sorte de parenthèse, poursuit Thierry May, au sein de laquelle tout l’hôpital est dédié au coronavirus, à la prise en charge des patients. Le personnel est au cœur d’un tsunami, et même si l’on atteint le pic de l’épidémie la semaine prochaine, il faut savoir que les réanimateurs n’en auront pas terminé pour autant. Les formes graves se déclarent 8 à 10 jours après les premiers symptômes, les équipes vont donc devoir tenir le choc.”

Un soixantaine de membres du personnel soignant du CHRU ont été testés positifs au Covid-19 à ce jour, aucun n’est dans une situation préoccupante.
Discovery”, lancé dans plusieurs pays, pour tester quatre traitements, dont la molécule controversée chloroquine, sur 3.200 patients dont 800 cas graves en France.
“La mise en place de ce protocole est un précédent, affirme le chef de service du CHRU. Ce qui mettait des mois à se mettre en place auparavant a pris seulement quelques jours dans ce cas. Au CHRU, nous venons de démarrer ce protocole de recherche qui vise à essayer différents traitements curatifs, dont la fameuse molécule chloroquine. On commence évidemment par l’urgence, avec les patients hospitalisés. On peut espérer que la comparaison des différents traitements donne des résultats d’ici quelques semaines.”

Dans l’attente d’un hypothétique vaccin, qui pourrait être disponible dans un an voire davantage, de très nombreuses équipes scientifiques testent plusieurs médicaments existants et combinaisons de médicaments pour tenter de trouver au plus vite un traitement.
Par rapport à d’autres molécules, la chloroquine et l’hydroxychloroquine ont l’avantage d’être déjà disponibles, bon marché et bien connues, d’où l’intérêt particulier qu’elles suscitent.
Mais de nombreux scientifiques et l’OMS pointent les limites de ces deux médicaments, un antipaludéen et son cousin employé dans le traitement de maladies auto-immunes, notamment parce que les essais effectués portent sur trop peu de patients et qu’ils n’ont pas été menés selon les protocoles scientifiques standards