Témoignage accablant Exclue d'un bureau de vote car elle refuse d'enlever son masque

RTL Infos
L’histoire paraît inconcevable aujourd’hui. Le 15 mars dernier, une assesseure d’un bureau de vote nancéien a été priée de quitter son poste après avoir refusé de retirer son masque chirurgical.
© afp

La scène se passe dans le bureau de vote n°56 au lycée Poincaré à Nancy. Nous sommes le dimanche 15 mars. Ce premier tour des élections municipales françaises est maintenu alors que le 12 mars, le président Emmanuel Macron annonçait la fermeture des cafés et restaurants. Cinq jours avant que le confinement ne soit décrété, obligatoire le 17 mars.

Savine E. est assesseure volontaire. Cette médecin pédiatre à la retraite a bien conscience qu’en dépit de toutes les précautions prises dans le cadre de l’épidémie du coronavirus, comme nous l’avons constaté dans un reportage dans un bureau de vote thionvillois, un risque d’infection subsiste. En particulier pour un assesseur : “Lorsque les gens s’approchent pour signer, leur visage est à environ 50 cm du vôtre. J’ai vu défiler pas mal de personnes qui toussaient. Et certaines, comme les personnes âgées, sont promptes à entamer une discussion.” Savine porte donc un masque chirurgical.

“LE PRÉFET EXIGE QUE VOUS QUITTIEZ VOTRE POSTE”

Tout se passe normalement jusqu’à 11h15, lorsque la présidente du bureau de vote vient apporter un téléphone à Savine. La personne au bout du fil, une employée de la mairie ou de la préfecture — l’assesseure n’a pu le savoir —, lui indique que le préfet de Meurthe-et-Moselle exige que les assesseurs ne soient pas masqués. L’ancienne pédiatre argumente poliment en mettant en avant sa connaissance de la situation sanitaire, mais la personne au téléphone lui fait part de sa crainte que les électeurs prennent peur. Savine refuse de retirer son masque. “Dans ce cas le préfet exige que vous quittiez votre poste”, lui dit-on finalement. Ce que l’assesseure fera, une fois la remplaçante envoyée par la mairie arrivée sur place.

Le matin même, une photo d’elle portant son masque avait été publiée sur le site de l’Est Républicain, photo qui a mystérieusement disparu du site du quotidien plus tard dans la journée, mais Savine avait pensé à réaliser une capture d’écran.

© Capture d’écran du site de l’Est Républicain (transmise par Savine E.)

“CET ÉVÉNEMENT M’A PARU D’UNE VIOLENCE INADMISSIBLE ET SURTOUT ABSURDE”

Savine sort du bureau de vote bouleversée et décide d’écrire le jour même au Président de la République, Emmanuel Macron, sur le site internet dédié à cet effet. “C’est ma colère qui m’a guidée, poursuit-elle. Je suis quelqu’un de très calme d’habitude, mais là j’ai eu besoin de d’exprimer mon sentiment. D’autant plus que je me sentais dans mon droit.

Dans le courrier où elle relate avec précision son aventure, Savine s’insurge: “Je me demande de quel droit on peut interdire à quelqu’un de porter un masque dans des circonstances éventuellement contaminantes… Je me demande aussi ce qu’il en sera dans une semaine! Cet événement m’a paru d’une violence inadmissible et surtout absurde dans les circonstances actuelles de progression très rapide de l’épidémie de Covid-19, et je tenais à vous en faire part.

À ce jour, Savine a seulement reçu une réponse automatique de l’Élysée. Mais elle aimerait obtenir une justification de cette décision, de la part de l’État ou du préfet de Meurthe-et-Moselle, Éric Freysselinard, en place depuis 2017 après avoir été notamment préfet de l’Aude et directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy.

J’avais déjà été assesseure en 2017, conclut Savine, je trouve ça normal de participer à la vie citoyenne. Mais là, j’avoue que cette expérience m’a refroidie. De quel droit peut-on empêcher quelqu’un de porter un masque de protection? J’aimerais entendre la préfecture sur ce point.”

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