Se tenir prêt, recevoir une alerte et partir pour sauver une vie, Sébastien Dérout connaît bien ces différentes étapes. À 25 ans, il est agent de sécurité incendie à l’université de Belval et pompier volontaire dans son village d’Hettange-Grande. Sur son temps libre, il est aussi engagé au côté de l’Association Française de Premier Répondant. Grâce à leur application, le jeune homme a déjà réalisé dix interventions.

“C’est uniquement pour les arrêts cardiaques, précise Sébastien, quand la personne est entre la vie et la mort, qu’il faut intervenir.” Le but de l’application AFPR est de réduire au maximum la durée de prise en charge de ces urgences avec une force d’intervention de proximité. En France, les secours mettent en moyenne 4 minutes pour intervenir après l’alerte. Efficace, mais quand le cœur s’arrête chaque minute compte.
“Une minute sans massage cardiaque, c’est 10% de chances de survie en moins. Après 5 minutes, les premières séquelles neurologiques apparaissent” explique Frédéric Leybold, l’un des créateurs de l’application. Infirmier en réanimation à l’hôpital Robert Schuman du Kirchberg, il connaît bien la réalité de ces urgences.
Un événement va lui donner une idée pour lutter contre le temps. Permettre à des personnes formées aux premiers secours d’être prévenues et d’intervenir en attendant les secouristes professionnels. En 2015, alors que Frédéric est chez lui, une voisine fait un arrêt cardiaque. Seule l’arrivée d’une ambulance le prévient du drame, “C’était un peu dommage, si on avait su, on aurait pu intervenir dans les premières minutes.”
Avec un collectif de copains composé d’infirmier et de pompiers, il fonde l’AFPR en 2016 et lance l’application en octobre 2018. Chaque personne disposant au minimum d’un brevet de secourisme PSC1 à jour peut devenir “premier répondant”. Ils sont déjà 2.200 inscrits en Moselle. “Notre objectif est d’avoir un premier répondant pour 500 habitants” ajoute Frédéric. En cas d’urgence, l’application alerte les volontaires géolocalisés dans un rayon correspondant à deux minutes de trajet. Ils sont libres d’intervenir ou pas.
Sébastien, toujours partant, confie: “Il faut être là au bon moment.” Un soir de décembre, il intervient à Hettange-Grande: “C’était une connaissance, 30 ans. Je suis arrivé 2 minutes après avoir été déclenché. Avant l’arrivée des secours, j’ai été rejoint par une autre personne premier répondant, une infirmière. À nous deux, on a réussi à faire rebattre le cœur.”
Sur les dix massages qu’il a réalisés grâce à l’application, deux personnes ont été sauvées. Une “bonne” moyenne comparée au chiffre français de 5 à 7% de taux de survie à un arrêt cardiaque. En France, environ 50.000 personnes par an en meurent, 400 au Luxembourg. Des chiffres que Frédéric Leybold veut voir diminuer. Avec ses partenaires, il va bientôt lancer l’application dans les départements de la Marne et des Vosges. Il espère aussi un rapprochement avec les associations et les institutions du Grand-Duché pour de futurs partenariats.