Impossible de les manquer. Leurs visages sont affichés partout au Luxembourg. Mais qui sont-ils vraiment? Ce dimanche 8 octobre, douze partis seront en concurrence et presque autant de candidats pour le poste de Premier ministre.

Paulette Lenert, le grand espoir socialiste

Paulette Lenert est la première femme tête de liste nationale du LSAP. À 55 ans, elle incarne aujourd'hui le renouveau socialiste et l'espoir de redevenir le parti incontournable pour la formation du futur gouvernement. Il y a cinq ans, Paulette Lenert était inconnue du grand public. Son ascension politique a été fulgurante. Au lendemain des élections législatives de 2018 -auxquelles elle n'a pas participé- Paulette Lenert est nommée ministre de la Coopération, de l'Action humanitaire et de la Protection des consommateurs. L'avocate de formation connaît bien les rouages des ministères pour avoir été vice-président du tribunal administratif, premier conseiller de gouvernement à l'Economie solidaire (2010 à 2013) puis au ministère de la Fonction publique où elle a assuré la coordination générale à partir de 2014. En février 2020, son destin bascule: elle devient ministre de la Santé suite au départ d'Etienne Schneider et reste exposée favorablement sous les projecteurs durant toute la pandémie liée au Covid-19. Même si sa trajectoire connaît une courte parenthèse liée à un malaise, l'étoile Lenert à atteint le sommet de la  popularité en devenant la personnalité politique préférée des électeurs dès juillet 2020. En janvier 2022 elle est devenue Vice-premier ministre et a annoncé dès avril sur RTL être prête à enfiler le costume de Première ministre.

Xavier Bettel, politicien aguerri

Xavier Bettel, Premier ministre sortant, a tout naturellement reçu la confiance du DP, tant il a su montrer au fil des dix années passées à la tête du gouvernement (2013-2023) qu'il avait les épaules et le charisme pour conduire le Luxembourg à travers des tempêtes compliquées à négocier sur le plan national (Covid-19, guerre en Ukraine, inflation) et européen. À 50 ans et malgré des plumes laissées dans l'affaire du plagiat en rédigeant son mémoire de fin d'études à l'Université de Nancy, Xavier Bettel, continue de bénéficier d'une belle cote de popularité. Le sondage du dimanche de ce début septembre le plaçait en candidat préféré des Luxembourgeois au poste de Premier ministre parmi les candidats des quatre plus grands partis. Son naturel jovial et sa verve d'avocat restent ses atouts. Sa longue expérience politique (il était déjà président de la Jeunesse démocrate à 21 ans) ininterrompue et ses succès électoraux (élu député à 26 ans et bourgmestre de Luxembourg à 38 ans) parlent pour lui. Mais Xavier Bettel joue gros cette fois. Il sait, pour l'avoir vécu du bon côté jusqu'ici, que le pouvoir peut user et lasser les électeurs. Xavier Bettel se présente dans la circonscription du centre aux côtés de Yuriko Backes, jeune ministre des Finances. En tant qu'ancien bourgmestre de Luxembourg, il sait bien qu'il joue "à domicile" dans un fief qui est resté celui du DP, comme confirmé début juin lors des élections communales.

Sam Tanson, ministre très expérimentée

Sam Tanson a été unanimement choisie comme tête de liste nationale par déi gréng. Une belle preuve de confiance, synonyme de challenge personnel. Jusqu'ici, les Verts fonctionnaient en duo. Son binôme aux législatives de 2018 et surtout son mentor en politique, François Bausch, ministre de la Mobilité, a annoncé depuis belle lurette qu'il ne serait plus ministre, mais l'accompagne dans ce nouveau challenge. D'autant que les Verts sont dans le creux de la vague à en croire le dernier sondage de la "Sonndesfro". Mais à 43 ans, Sam Tanson, qui incarne la deuxième génération des écologistes qui osent la Realpolitik, tout comme la participation des Verts au sein d'un gouvernement -une première au Luxembourg depuis 2013- navigue depuis un bail en politique et n'est pas femme à s'affoler. La ministre de la Culture et de la Justice affiche une carrière politique longue comme le bras et ponctuée d'ascensions et de patience. Journaliste chez RTL puis avocate, Sam Tanson, a été porte-parole des Jonk Gréng à 28 ans, puis présidente nationale du parti (de 2009 à 2014). Elle a considérablement gagné en popularité lorsqu'elle est devenue première échevine de Luxembourg-Ville aux côtés de Lydie Polfer (DP) en 2013 lorsque François Bausch est devenu ministre du Développement durable. En 2017, elle est repassée sur les bancs de l'opposition. Avant de rebondir à nouveau.

Luc Frieden, le retour 

Luc Frieden est la tête de liste du CSV depuis qu'il a fait l'unanimité de son parti le 1er février. Écarté du pouvoir en 2013 par la coalition tripartite DP-LSAP-déi gréng, le CSV est à la recherche d'un nouveau champion de l'envergure d'un Jean-Claude Juncker, Premier ministre durant plus de 18 ans. Pour son ancien ministre de la Justice, du Budget et de la Défense, Luc Frieden, c'est un come-back en politique. Luc Frieden a mis sa carrière politique prometteuse entre parenthèse durant près de dix ans et n'était pas candidat aux élections législatives de 2018. Il est, de loin, le candidat le plus expérimenté en lice. À 60 ans, cet avocat de formation peut se targuer d'une longue expérience politique gouvernementale et d'une parfaite connaissance des rouages économiques pour avoir été à la tête de plusieurs grandes institutions. Il a été président de la BIL, de la Deutsche Bank, de la Chambre de commerce, de Saint-Paul, éditeur du Wort, etc. Sa mission est claire: faire revenir le CSV au gouvernement. Le parti chrétien-social est le plus représenté au parlement (21 sièges), mais assis sur les bancs de l'opposition depuis dix ans. Pour incarner le renouveau, alors que son image politique est indissociable des années Juncker, Luc Frieden, partage l'affiche de la circonscription avec Elisabeth Margue, coprésidente du parti à 33 ans.

Fred Keup, 43 ans, a été désigné dès mars à l'unanimité tête de liste nationale de l'ADR, le parti réformiste d'alternative démocratique. Soit pile un an après son élection à la tête du parti. Ce qui pourrait ressembler à une ascension politique fulgurante, ne l'est pas. Non élu aux législatives de 2018 (bien qu'il ait cumulé plus de 8.800 voix), le professeur de géographie est finalement entré au parlement en octobre 2020 suite au départ de Gast Gibéryen. Son entrée publique en politique date de 2015, l'année du référendum qui avait marqué les esprits du fait d'un large refus du droit de vote à accorder aux étrangers pour les élections législatives (78%). Il était l'initiateur de la plateforme "Nee2015.lu". Le camp du "non" que l'ADR a rallié. Son nouveau mouvement "Wee2050" lui avait permis de coopérer avec l'ADR aux dernières élections nationales et de figurer sur ses listes. Fred Keup a une grande mission: permettre à l'ADR de conquérir cinq sièges au parlement et d'accéder ainsi au statut de parti politique et non plus de "sensibilité', comme jusqu'ici.

Sven Clement, 34 ans, est la tête de liste des Piraten, parti dont il était un membre fondateur fin 2009 et dont il devenu président d'honneur. Souriant et engagé, cet informaticien devenu patron d'une société de conseil en communication numérique a fait un vrai bond de popularité depuis qu'il est entré au parlement, voilà cinq ans. Politicien d'une jeune génération à l'aise sur les réseaux sociaux, comme sous les projecteurs et face aux micros pour prôner plus de transparence et un monde plus juste pour tous. Le pirate à l'origine de l'affaire "Medicoleak" (révélation de failles de sécurité informatique pour accéder aux données médicales d'athlètes) a la cote auprès des électeurs qui l'ont hissé au 6e rang de leurs politiciens préférés en juillet. Son challenge: faire des Piraten un parti politique à part entière à la Chambre. Ce qui pourrait être à sa portée au vu du très récent sondage Sonndesfro créditant les Piraten de cinq sièges. Cela correspondrait à transformer deux essais. En juin, le parti a effectué une belle percée lors des élections communales (à Pétange, Esch, Differdange,...) et il y a cinq ans, en octobre 2018, le jeune Parti pirate avait surpris en faisant entrer à la Chambre deux députés d'un coup.

Frank Engel, 48 ans, porte-parole de Fokus a logiquement été désigné tête de liste du jeune parti politique qu'il a fondé en février 2022 avec Marc Ruppert (ancien secrétaire général du DP), Gary Kneip et Luc Majerus. Fokus réussit la prouesse de présenter une liste complète dans les quatre circonscriptions électorales ce 8 octobre. À travers ce parti "pragmatique" et "sans idéologie fixe", Frank Engel, juriste de formation, compte bien révolutionner la façon de faire de la politique au Luxembourg et relancer sa carrière politique étoffée qui s'est brisée nette. Frank Engel a été durant huit ans secrétaire général du CSV à la Chambre, puis eurodéputé (de 2009 à 2019) avant d'être catapulté président du CSV en 2019. Poste qu'il a quitté avec fracas en mars 202 suite à l'affaire dite du "cercle d'amis". Accusé d'abus de biens sociaux par plusieurs membres de son parti, il a été blanchi par la justice. Son objectif avoué est d'obtenir au moins un siège au parlement.

Ali Ruckert, président du KPL représente le parti communiste luxembourgeois auquel il a adhéré en 1971. À 69 ans, c'est le plus chevronné des candidats têtes de liste en lice. L'homme à la moustache grise, n'a rien perdu de sa véhémence quand il s'agit de défendre l'intérêt des travailleurs et de leur pouvoir d'achat. Le rédacteur en chef de la Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek, est président du parti depuis l'an 2000. Il était conseiller communal à Differdange jusqu'en juin, mais n'a pas été réélu. Ali Ruckert tente en vain depuis 1984, de faire revenir un communiste au sein de la Chambre des députés qui en comptait six au début des années 1970. Le KPL présente une liste dans le sud, le centre et l'est.

Roy Reding, 58 ans, est le n°1 du plus jeune des partis participant à ces élections législatives: "Liberté-Fräiheet". Créée en juillet, la sensibilité politique est déjà représentée à la Chambre via un siège. Roy Reding, élu ADR a "divorcé" de son parti d'origine suite à un "retrait de confiance flagrant". Après dix ans passés à la Chambre comme unique député sortant, l'ADR ne souhaitait plus qu'il mène la liste du Centre lors de ces élections législatives. L'avocat a claqué la porte et frappé à celle de Fokus, mais sans obtenir de place sur une de ses listes. Qu'importe, "Liberté-Fräiheet" est parvenue à aligner une liste dans chaque circonscription électorale en un très court laps de temps.

Partis sans tête de liste nationale

Trois partis ne mettent volontairement pas en avant de candidat au niveau national, mais jouent la carte de la proximité régionale et présentent plusieurs ou carrément aucune tête de liste dans les circonscriptions électorales. Sans d'ailleurs présenter de candidats dans les quatre circonscriptions du pays. Il s'agit de déi lénk, sensibilité politique qui est actuellement représentée par deux députées à la Chambre et de Volt, jeune mouvement politique paneuropéen fondé en 2018 au Luxembourg et des Conservateurs ("déi Konservativ d'Fräiheetspartei"), parti conservateur aux valeurs patriotiques fondé en 2017.

Le parti de la gauche (déi Lénk) présente une liste dans chaque circonscription. Dans le sud, il présente quatre têtes de liste (Marc Baum, Carole Thoma, Gary Diderich et Line Wies), dans le centre deux (David Wagner et Ana Correia da Veiga), dans l'Est deux (Laurent Fisch et Adela Fuentes) et aucun dans le nord.

Volt présente seulement deux listes, dans le sud et l'est du pays. Mais sans tête de liste.

Les Conservateurs présentent deux listes. Dans le sud, les têtes de liste sont Joe Thein et Roy Holzem. Dans le nord, il s'agit de Serge Closter et Svenja Defays.

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