C'est inéluctable: le parc automobile européen va s'électrifier massivement d'ici 2035 mais la hausse des prix des carburants peut pousser les automobilistes à sauter le pas dès maintenant.

Avec les hausses spectaculaires du prix des carburants ces derniers mois, et l'interdiction annoncée de vente des moteurs thermiques, la question a de quoi traverser de plus en plus l'esprit des automobilistes. Est-ce le bon moment pour passer à la voiture électrique? Pour Guido Savi, porte-parole de la Febiac Luxembourg (la Febiac est la Fédération belge et luxembourgeoise de l'automobile et du cycle), la réponse est sans appel. C'est oui !

"C'est d’autant plus le bon moment que le gouvernement vient d’annoncer le prolongement ainsi qu’un assouplissement du régime des incitants à l’achat" affirmait en mars celui qui représente les constructeurs automobiles au Luxembourg.

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DES AIDES PROLONGÉES JUSQU'EN 2024

En effet, le gouvernement luxembourgeois a annoncé en mars prolonger de deux ans les aides financières pour l’achat d’un véhicule électrique, soit jusqu'au 31 mars 2024. Pour une voiture électrique "pure", la prime peut aller jusqu'à 8.000 euros. Certains critères d'éligibilité à ces aides ont également été assouplis. Une nouvelle preuve que le Luxembourg s'engage à fond dans la transition vers l'électromobilité.

Petit bémol cependant: les voitures hybrides qui produisent moins de 50 grammes de CO2 par kilomètre -ancienne condition pour bénéficier d'aides de l'état- ne sont désormais plus concernées par ces primes.

"C'est un peu incohérent car les plug-in hybrides sont pris en compte dans le plan national intégré en matière d'énergie et de climat (PNEC) au Luxembourg, dont l'objectif est d'atteindre 50% de véhicules électrifiés d'ici 2030" souligne le porte-parole de la Febiac au Grand-Duché. "Nous, analystes automobiles, nous regrettons la suppression de cette prime. D'autant plus qu'au niveau européen, le full hybride connaît la croissance la plus importante" parmi toute la variété de solutions électrifiées.

En France, le bonus écologique est plafonné à 6.000€ pour une voiture électrique neuve, à 1.000€ pour une voiture électrique d'occasion et à 1.000€ pour une voiture hybride. À partir de juillet 2022, ces aides seront réajustées.

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QUEL TYPE DE VOITURES ÉLECTRIFIÉES CHOISIR ?

Aujourd'hui, des centaines de modèles sont disponibles dans tous les segments. Encore faut-il savoir quel quelle technologie électrifiée adopter. On en compte cinq pour le moment :

  • Les véhicules 100% électriques avec batterie (BEV) : pour un usage urbain, autonomie comprise entre 400 et 600 km.
  • Les véhicules Plug-in Hybride (PHEV) : équipés d'un moteur thermique et électrique, et de batteries rechargeables, autonomie de 100 km en mode électrique.
  • Les véhicules full hybrides (HEV) : équipés d'un moteur thermique et électrique, mais ici, les batteries sont autorechargeables, consommation et émissions de CO2 réduites.
  • Les véhicules mild hybrides légers (MHEV) : équipés d'un moteur thermique et électrique, et de batteries légères à faible puissance non-rechargeables, qui permettent de réduire la consommation.
  • Les véhicules électrique à pile à combustible (FCEV) : équipés d'une série de piles à combustible, l’hydrogène est transformé en électricité et en vapeur d’eau, autonomie de 400 à 600 km.

La commission européenne ambitionne de réduire les émissions de CO2 des voitures neuves de 55 % (50 % pour les camionnettes) à compter de 2030 par rapport à 2021, puis de 100 % à partir de 2035. "Les constructeurs produisent de plus en plus de voitures électriques. Ils estiment même que de nouvelles technologies arriveront sur le marché d’ici là et demandent que cet objectif 2035 soit renégocié à 2028" précise Guido Savi.

L'AUTONOMIE EST-ELLE ENCORE UN FREIN À L'ACHAT ?

Si les économies en matière de consommation et de coûts d'entretien constituent des arguments de poids en faveur de l'électrique, ce n'est pas le seul à mettre à son crédit. Selon Guido Savi, il y a aussi "la volonté d’adopter de nouvelles technologies, de contribuer à améliorer la qualité de l’air et de profiter du plaisir que procure la conduite en mode électrique."

Du plaisir sans doute, mais l'autonomie des véhicules électriques demeure une donnée qui pèse dans la décision des automobilistes, surtout en ce qui concerne les gros rouleurs.

Depuis la commercialisation des premiers modèles électriques, des progrès ont certes été réalisés. Les citadines se rapprochent des 400 km d'autonomie et la plupart des SUV et berlines sont capables de circuler entre 400 et 500 km. Ça, c'est sur le papier. Car entre l'autonomie donnée par les constructeurs (basée sur la norme WLTP) et celle mesurée sur la route, il peut y avoir des différences allant jusqu'à -40% selon plusieurs revues spécialisées. Rappelons que la norme WLTP (pour Worldwild harmonised Light vehicle Test Procedure) est un cycle mondial destiné à mesurer la consommation de carburant et les émissions de CO2 et gaz polluants des véhicules légers.

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Pour un usage en ville, où des bornes de recharge sont disponibles, il est possible de s'éviter des mésaventures en cours de route. Pour les gros rouleurs, il faut bien baliser son trajet. Pour les frontaliers, qui effectuent jusqu'à 200 kilomètres par jour (voire même plus dans certains cas), il ne faut surtout pas oublier de recharger son véhicule durant la nuit.

"Au Luxembourg, cette question est dépassée. Tout le monde est compatible pour toutes les solutions de motorisation existantes" estime Guido Savi. "Le Luxembourgeois moyen parcourt moins de 50 kilomètres par jour donc l'autonomie n'est plus un sujet." Néanmoins, pour plus de confort, la Febiac recommande fortement l'achat d'une borne de recharge à domicile. "C'est plus contraignant de ne compter que sur les bornes publiques, qui sont surtout là pour dépanner" précise t-il. Notons tout de même que le Luxembourg est le deuxième pays européen en terme de densité de bornes derrière les Pays-Bas.

Quant aux gros rouleurs, "on peut effectuer de longs trajets avec un véhicule électrique à batterie (BEV), en planifiant la recharge" estime Guido Savi. "Les véhicules électriques hybrides sont des alternatives."

NDLR: Cet article a été initialement publié le 24 mars 2022 puis mis à jour le 13 juin 2022.