Les personnels du monde de l’éducation savent généralement comment réagir en cas d’accident physique. C’est beaucoup moins évident lorsqu’il s’agit de troubles psychologiques, c’est pourquoi des formations sont dispensées depuis plusieurs années dans les différents établissements.
Dans le réseau des écoles européennes dites historiques ou traditionnelles, on a décidé d’en faire un sujet prioritaire, sous la présidence de la Lettonie. Et celle de Luxembourg 1, la première fondée 1953, a pris une initiative forte pour devenir pionnière sur le sujet, comme nous l’a expliqué Caroll Lemarié, directrice adjointe du secondaire à l’École européenne : “Nous avons pris la décision d’offrir une formation en premiers secours en santé mentale à tout notre personnel enseignant, nos assistants, nos conseillers pédagogiques et le personnel administratif en contact avec les enfants. Cette initiative a été proposée tout d’abord par l’Association des parents. C’est elle qui nous a proposé d’inscrire une partie de notre personnel à une première formation.”
L’expérience, concluante, a abouti à la décision d’élargir la formation à l’ensemble du personnel. La méthode a été conçue en Australie et adaptée par des équipes du ministère de la Santé et de la Ligue Santé Mentale. “Dans ce cours de premiers secours en santé mentale appelé Youth, précise Elisabeth Steinmetz, docteure en psychologie à la Ligue Santé Mentale, ce sont les adultes qui apprennent comment soutenir un jeune en détresse psychique. On va aborder la dépression, les troubles anxieux, la psychose, les troubles alimentaires, les addictions. On va voir comment détecter, en tant que secouriste en santé mentale, des signes de détresse ou des signes d’un de ces troubles chez un jeune.”
Le plan d’action au cœur de la formation est intitulé ROGER : “R” pour “réagir”, “O” pour “offrir une écoute sans jugement”, “G” pour «guider», “E” pour “encourager à rechercher une aide professionnelle”, et enfin “R” pour “renforcer les autres ressources disponibles pour soutenir le jeune en détresse”.
Elisabeth Steinmetz poursuit : “À part les troubles mentaux courants qu’on aborde dans le cours, on parle aussi de crises, notamment de la crise suicidaire, des automutilations. On parle des crises psychotiques. La nécessité ou la demande, elle a toujours été là. Et les problématiques de situations difficiles chez les jeunes ont toujours été présentes. Donc ce n’est pas quelque chose de nouveau. Je pense quand même qu’à cette époque-ci, maintenant, on en parle beaucoup plus. C’est beaucoup plus dans les médias, c’est plus sur les réseaux sociaux. Ça, c’est quand même une grande différence. Les jeunes ont plus de pression aussi que peut-être il y a encore 10 ou 20 ans. Et ça joue aussi sur leur santé mentale.”
Pour les participants à cette formation, les bénéfices sont évidents. Jesús Coll Marmol, assistant de la directrice adjointe à l’école secondaire, peut en attester : “On est avec les élèves toute la journée, on voit des problèmes, on voit des comportements qui sont vraiment bizarres parfois. Et savoir les reconnaître, je pense que c’est très important et c’est pour ça que cette formation, c’est génial.”
Julie Boulet, conseillère d’éducation, affirme que “aujourd’hui, on sait que les jeunes - et surtout les jeunes adolescents - sont la population qui est principalement touchée par les problèmes de santé mentale. Et nous, en tant qu’adultes, en tant que personnes référentes au sein de l’établissement, c’est très important qu’on puisse justement accompagner ces élèves.”
Il est donc fort probable que les douze autres écoles européennes du réseau historique suivent l’exemple de Luxembourg 1.