Sous les projecteursLa belle histoire d’un jeune Portugais au Luxembourg

Jérôme Didelot
Il était parti faire un tour d’Europe après le lycée, Gustavo Benza s’est retrouvé sur un plateau de cinéma au Luxembourg, à l’affiche du prochain film de João Pedro Rodrigues.

Pour le réalisateur portugais João Pedro Rodrigues, il y a eu un parfait alignement des planètes. Déjà parce que le cinéaste, dont les œuvres ont été sélectionnées et récompensées dans les plus grands festivals internationaux (Cannes, Venise, Locarno et Berlin) a pu tourner une partie de son nouveau film dans un superbe décor construit pour l’occasion au studio Filmland de Kehlen. Également parce qu’il a trouvé l’acteur principal d'Afonso’s Smile un peu par hasard, dans les rues de Luxembourg.

C'est plus du niveau du miraculeux, du surnaturel, nous a confié le réalisateur. Gustavo est très jeune. À cette époque, il avait 18 ans, quand il a décidé de finir le lycée et de faire une espèce de road trip.

Le jeune acteur Gustavo Benza qui chante dans les rues de Luxembourg-ville
Le jeune acteur Gustavo Benza qui chante dans les rues de Luxembourg-ville
© Joli Rideau Media

Après avoir terminé le lycée au Portugal, Gustavo Benza prend sa voiture pour faire un périple à travers l’Europe, périple qui inclut une étape au Luxembourg, où il joue de la guitare dans la rue pour financer son voyage. C’est ainsi qu’il est repéré par les producteurs du film : “Je prévoyais de rester trois mois, mais après avoir découvert ce beau pays je suis resté deux mois de plus. Même avec ma petite expérience d’acteur, je n’attendais rien dans ce domaine à ce moment de ma vie. Mais je suis allé au casting, j’ai été pris et maintenant je suis très heureux.

Gustavo Benza n’avait jusque-là fait que quelques apparitions dans des sitcoms portugaises, le voici en haut de l’affiche de cette ambitieuse coproduction entre le Portugal (Terratreme – João Matos), le Luxembourg (Joli Rideau Media – Fabrizio Maltese) et l'Italie (Frenesy – Luca Guadagnino) et dont la genèse a eu lieu au Luxembourg. En janvier 2024, la Cinémathèque de la Ville de Luxembourg avait invité Luca Guadagnino pour une résidence de programmation exceptionnelle. À cette occasion, le réalisateur italien avait souhaité engager une conversation publique avec l'un de ses cinéastes contemporains préférés : João Pedro Rodrigues. C'est à la suite de cette rencontre que l'idée est née.

Le réalisateur portugais João Pedro Rodrigues sur le tournage d'Afonso’s Smile
Le réalisateur portugais João Pedro Rodrigues sur le tournage d'Afonso’s Smile
© RTL

C’est la première fois que João Pedro Rodrigues tourne un film d’époque, et il a pu compter sur le savoir faire des équipes du studio Filmland à Kehlen : “Ça se passe autour du 25 avril, de la Révolution. Mais ce n'est pas un film sur la Révolution. C'est un film sur une sorte de passage à l’âge adulte d’un adolescent pendant cette période. Moi, j'étais beaucoup plus jeune, j'avais sept ans. Mais j’ai quelques souvenirs. Mes films ne sont pas autobiographiques, mais ça parle toujours de ma façon de voir le monde. Il y a eu la Révolution au Portugal. La dictature est finie. On a conquis la liberté, mais pas pour tout le monde en même temps. Et le film parle un peu de ce décalage. Par exemple, l'homosexualité n’a été légalisée que dans les années 80. Donc quelques personnes ont été un peu oubliées.

© RTL

Seule ombre au tableau, les équipes savent qu’elles vivent les derniers jours de ce formidable outil qu’est le studio Flimland. Le coproducteur Fabrizio Maltese était déjà nostalgique lorsque nous l’avons rencontré : “C'est le dernier jour de ce tournage, donc c'est une belle aventure qui s'achève après 34 jours de tournage entre le Portugal et le Luxembourg. Donc déjà, il y a une tristesse, mais aussi un peu une attente pour l'avenir de ce film. Par contre, de l'autre côté, il y a une autre tristesse et sans trop d'avenir celle-là, parce qu’on est l'avant-dernier film tourné ici dans les studios de Filmland.

La fermeture de l’emblématique studio luxembourgeois pourrait pénaliser le milieu selon Solveig Harper, directrice de production : “On est triste quand même parce qu'avoir un studio avec tout autour, avec un atelier en face, avec des bureaux… Il n'existe pas un lieu où on peut dire : c'est pas grave, on va pouvoir aller ailleurs. C'est juste pas possible. Et tout le monde adorait venir ici.

Afonso's Smile sera donc l’un des derniers films tournés à Filmland, à moins qu’y ait un sursaut du côté du monde de la culture luxembourgeois. Le long-métrage sortira en 2027.

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