Affaire du plagiatXavier Bettel s'excuse et renonce à son diplôme du DEA

Maurice Fick
Très attendue, la décision de l'Université de Lorraine dans l'affaire de la suspicion de plagiat du rapport de stage de DEA est tombée. Le Premier ministre luxembourgeois devait reprendre son travail "dans les meilleurs délais". Mais il demande à l'Université de "retirer son DEA".
© OLIVIER MATTHYS / POOL / AFP

Accusé d'avoir plagié en très grande partie son mémoire de fin d'études à l'Université de Nancy lorsqu'il était étudiant, Xavier Bettel est fixé sur son sort de diplômé de DEA. Le Premier ministre pourrait se voir retirer son DEA (Diplôme d'Études Approfondies) datant de 1998, s'il n'agit pas très rapidement en rajoutant les sources à son travail.

Le président de l'Université de Lorraine, Pierre Mutzenhardt, a demandé ce mardi à Xavier Bettel de "reprendre son mémoire de DEA dans les meilleurs délais pour y inclure l'ensemble des références manquantes et de le mettre en conformité avec les pratiques actuelles de citations".

Car sans cette mise à jour, l'université se verra "contrainte de saisir ses instances avec comme conséquence le possible retrait du diplôme de DEA". Rendue publique ce mardi, Xavier Bettel a été personnellement informé de la décision dès le 31 janvier 2022.

"RETIRER MON DEA"

De sorte qu'il n'a pas tardé à répondre via un communiqué officiel et a mettre fin à l'affaire en renonçant à son diplôme.

"Après mûre réflexion", écrit Xavier Bettel, "j'ai néanmoins pris la décision de demander à l'Université de retirer mon DEA".

Le Premier ministre explique prendre cette décision pour "lever tout doute sur le bien-fondé du DEA et d'éviter une perte de confiance dans le travail académique". Il "regrette cette situation" et demande tout simplement à l'Université "d'accepter mes excuses et ma décision".

"Il m‘importe de souligner une fois de plus qu'il n'était pas dans mon intention de tromper qui que ce soit", redit Xavier Bettel. Il précise qu'étudiant il avait bien indiqué ses sources dans la bibliographie. "Cela étant, j’ai omis de doter des passages individuels de références de texte séparées, ce qui peut être considéré comme «une forme de plagiat»", comprend-il en reprenant la formulation de la conclusion de l'Université.

Le Premier ministre retient aussi que l'université a précisé qu'il s'agit d'un "travail original" et qu'elle avait confirmé "qu’il ne s'agit pas d'une thèse, mais bien d'une synthèse, c'est-à-dire d'une compilation de documents, comme il était d'usage et accepté à l'époque pour un DEA".

"PEUT-ÊTRE DÛ LE FAIRE AUTREMENT"

"L'affaire du plagiat" avait éclaté fin octobre 2021 suite à un article publié par Reporter. Selon l'enquête de nos confrères, environ 96% du contenu du mémoire aurait été copié sur Internet sans citer ou référencer les sources nécessaires. Xavier Bettel avait d'abord minimisé l'affaire dans un tweet laconique.

Interrogé par RTL le lendemain de l'annonce d'une ouverture d'enquête au sein de l'université, Xavier Bettel a déclaré que, "d'après" ses "souvenirs", "j'ai rédigé ce travail à l'époque en mon âme et conscience. Je reconnais aujourd'hui qu'on aurait pu, peut-être dû, le faire autrement." 

Le chef du gouvernement a assuré le 20 novembre, lors d'une conférence de presse: "Je n'ai pas triché, je n'ai pas menti!" Concédant que "ce travail n'était pas super" et que

 "ce n'était pas glorieux".

-> À lire également: Xavier Bettel: "Je n'ai pas triché, je n'ai pas menti!"

"COMME UNE FORME DE PLAGIAT"

Un aveu en demi-teinte que la mission intégrité scientifique de l'Université de Lorraine confirme clairement après une longue enquête de trois mois menée par deux rapporteurs du domaine scientifique et durant laquelle le directeur du travail de DEA de Xavier Bettel a été entendu.

Le mémoire de stage de recherche -qui n'est qu'une partie du DEA- ne répond pas aux attentes d'un tel travail: "Plusieurs parties du document peuvent être considérées comme une forme de plagiat car non référencées de manière correcte", concluent l'instruction du dossier Bettel.

Pour arriver à leur conclusion, les experts de l'Université ont tenu compte des pratiques de l'époque concernant la vérification de plagiat, les copiers-coller et les instructions de rédaction qui étaient alors données aux étudiants pour rédiger leurs mémoires en 1998.

Vingt-quatre ans plus tard et sachant bien que son avenir politique est en jeu en cette année pré-électorale, celui qui est devenu chef de gouvernement, a tiré sa propre conclusion de toute cette affaire.

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