
Travailler 40 heures par semaine au Luxembourg, mais ne pas avoir assez d'argent à la fin du mois? Ce qui semble une contradiction, est une réalité pour de nombreuses personnes.
Des jeunes, des indépendants, des salariés qui touchent le salaire minimum, mais aussi des parents isolés: ce sont quelques exemples des groupes susceptibles d'être pauvres tout en travaillant. Nos collègues de RTL se sont focalisés sur les parents isolés. Le Statec considère que 5% des ménages au Luxembourg sont monoparentaux.
Quand vous voyez Delfina avec ses enfants, vous pouvez penser que tout va bien. Ce sont des moments rares, où la jeune femme peut vraiment décompresser. Elle vit seule avec ses enfants, dont elle est seule responsable. Elle s'occupe seule de ses enfants et organise toute la vie autour. Elle est aussi seule quand il s'agit de payer. Elle perçoit un salaire, sur lequel vit toute la famille. A la fin du mois, souvent, ça ne suffit pas. Le salaire ne serait cependant pas en cause.
"Les problèmes ne viennent pas de ma situation professionnelle. J'ai un bon travail, je gagne plutôt bien ma vie. C'est juste le système qui est mal fait."
Elle ne reçoit pas, par exemple, de pension alimentaire du père, de l'argent qui lui manque chaque mois. Mais elle n'a pas droit non plus à des aides publiques. Elle gagne trop pour ça. Parfois, elle dépasse seulement de quelques euros. Après un rendez-vous à l'Office social, elle peut maintenant aller faire ses achats dans les épiceries sociales, soit elle y recevra des bons, soit elle pourra y acheter des produits alimentaires à un moindre prix.
Beaucoup de gens qui travaillent, fréquentent les épiceries sociales. Une plus forte demande serait déjà perceptible actuellement, à cause de l'inflation. A l'Office social aussi, les intervenants auraient remarqué qu'ils reçoivent à présent en rendez-vous des gens qu'ils ne voyaient pas auparavant. Un rendez-vous à l'Office social est encore associé à une stigmatisation chez certaines personnes.
"C'est clairement ressorti de l'étude de l'Université du Luxembourg, où il est dit que l'Office social a toujours la réputation d'être un bureau de l'assistance publique. Alors que ça ne l'est pas. L'essentiel du travail que nous faisons, c'est d'informer les gens, de les aider administrativement, de leur donner des conseils, de les orienter, et bien sûr nous donnons des aides financières aux personnes qui sont dans la précarité", selon Jean-Paul Reuter, coordinateur de l'Office social à Differdange.
Un autre facteur qui touche surtout les familles monoparentales, c'est l'imposition. En tant que parent isolé, vous êtes dans la tranche d'imposition 1A, qui n'est pas avantageuse. On doit payer beaucoup d'impôts, on est traité comme si on était seul, bien qu'on doive nourrir sa famille. Il y aurait bien le CIM, le crédit d'impôt monoparental, qui a été doublé en 2017, mais cela n'aiderait qu'un tout petit peu. Ce serait une aide réelle pour ceux qui ne gagnent pas beaucoup. Jean Heuschling est le fondateur du Collectif monoparental, une page sur Facebook. Il constate souvent que ce crédit est méconnu ou que beaucoup oublie de le demander. Et on ne le reçoit pas automatiquement.
Aucun droit à une aide financière, des impôts élevés, seul responsable pour un ménage: ce sont quelques-unes des raisons qui peuvent mener un parent isolé à la précarité, bien que son salaire soit bon. Le logement en est une autre. Une problématique au centre des discussions depuis des années. Li Kaufmann a vécu l'expérience que son salaire ne soit pas suffisant pour obtenir un prêt afin d'acheter un logement, tout en étant trop élevé pour percevoir des aides financières. Elle a dû faire un choix et elle est allée habiter à l'étranger.
Un sujet complexe qui ne répond certainement pas à chaque histoire individuelle. Mais souvent une situation impossible pour les concernés. Lors de notre enquête, nombre d'entre eux ont décrit le sentiment d'être sanctionnés parce qu'ils travaillent. Les parents isolés sont juste un groupe à risque. Tomber dans la précarité tout en travaillant, n'est pas un phénomène exceptionnel.
"Working Yet Poor" est une étude européenne qui a notamment analysé le Luxembourg, qui, à première vue, a obtenu de mauvais résultats. Un taux de pauvreté de 13,5%, au-delà de la moyenne européenne. A ce propos, il faudrait dire que les causes du phénomène du travailleur pauvre, seraient très complexes, selon l'auteur, Luca Ratti. Cela ne doit pas être le seul élément pris en compte. Ici, on parle d'une pauvreté relative. Cela signifie que l'on trace une médiane et qu'elle est élevée au Luxembourg. Les causes précises du résultat du Grand-Duché feraient l'objet d'une analyse complémentaire.
Vous trouverez l'ensemble du projet ici.
Le reportage en luxembourgeois de nos collègues de RTL: