
Ce mardi, les ministres du Travail, de la Santé et de la Sécurité sociale et de l’Economie rencontrent les partenaires sociaux pour discuter du salaire minimum. Mardi matin, ce sont d’abord les représentants du patronat qui ont été reçus, les syndicats suivent cet après‑midi. Les organisations syndicales réclament depuis longtemps un ajustement structurel, tandis que les employeurs affirment qu’une augmentation du salaire minimum ne serait pas soutenable.
Le salaire minimum est récemment revenu au centre des discussions : une directive européenne exige notamment que le salaire minimum atteigne 60 % du salaire médian ou 50 % du salaire moyen. Selon l’OCDE, en 2023, le salaire minimum représentait au Luxembourg 57 % du revenu médian et 45 % du salaire moyen. Mais la hausse du coût de la vie a également déjà relancé depuis un moment, le débat sur une augmentation du salaire minimum.
En mars 2022, environ 65.000 personnes percevaient le salaire minimum, qu’il soit qualifié ou non qualifié. Le salaire minimum non qualifié s’élève actuellement à environ 2.700 euros, et le salaire minimum qualifié à 3. 240 euros. Ces montants ne sont cependant pas figés : le salaire minimum est régulièrement ajusté via deux mécanismes distincts. D’une part, l’index, qui entraîne une augmentation automatique des salaires. D’autre part, une adaptation prévue par la loi tous les deux ans. Le salaire minimum est donc ajusté indépendamment de l’évolution de l’économie et des autres salaires. Le ministre du Travail, Marc Spautz, a confirmé samedi dans une interview au Luxemburger Wort que les calculs de l’IGSS (l’Inspection générale de la Sécurité sociale) prévoient une augmentation de 3,8 % au 1er janvier 2027.
Ces adaptations automatiques ne suffisent pas aux syndicats : ils réclament en effet un ajustement structurel du salaire minimum. Selon leurs calculs, le salaire minimum non qualifié devrait être augmenté de 12,7 %, soit environ 300 euros par mois. Cela dépasse donc largement les adaptations déjà prévues, qu’elles viennent de la loi ou de l’index.
L’hebdomadaire “Lëtzebuerger Land” avait rapporté que les partis au gouvernement avaient accepté la hausse légale du salaire minimum de 3,8 %, estimant que cela suffirait à atteindre le seuil prévu par la directive européenne. Lors d’une conférence de presse vendredi dernier, les syndicats ont toutefois souligné que cela ne suffirait pas et ont qualifié cette approche des partis gouvernementaux d’“irresponsable”. Selon eux, le salaire minimum n’est pas assez élevé pour permettre de mener une vie décente au Luxembourg. Il ne couvre pas le budget de référence établi par le Statec, par exemple, ce que montre également le nombre croissant des travailleurs pauvres.
Mardi matin, après les discussions avec les représentants du gouvernement, le président de l’Union des Entreprises luxembourgeoises, Michel Reckinger, a souligné au micro de RTL qu’une augmentation du salaire minimum n’était pas soutenable :
Michel Reckinger: “On peut examiner chaque secteur dans lequel le salaire minimum est payé et analyser ce secteur pour voir s’il serait approprié d’augmenter le salaire minimum aujourd’hui. Nous disons non. Cela signifie que si l’on veut faire quelque chose pour améliorer la situation des gens, on peut les aider directement. Je pense que ces possibilités existent, mais cela ne peut pas reposer sur les épaules des entreprises qui luttent déjà aujourd’hui pour survivre.”
Les secteurs particulièrement touchés, comme l’artisanat ou encore l’horeca, rencontrent déjà de grandes difficultés actuellement. La Fédération des Artisans est même allée jusqu’à demander, il y a deux semaines, la suppression du salaire minimum qualifié.
Michel Reckinger a expliqué que les discussions aujourd’hui avaient porté sur les critères selon lesquels les ajustements du salaire minimum devraient être calculés. Ainsi, la situation économique du pays, des entreprises et aussi des travailleurs sera évaluée sur la base de ces critères, comme le prévoit la directive européenne. Dans le cadre d’une réunion tripartite, les partenaires sociaux devront analyser ces évaluations et fixer un ajustement.