Commerce, sécurité, circulationQuel avenir pour le quartier de la gare à Luxembourg-ville ?

Carine Lemmer
adapté pour RTL Infos
Quel avenir pour le quartier de la Gare ? Cette question était au cœur de l'émission "Background" ce samedi sur RTL. Pour en discuter en studio: Anne Kaiffer, femme d’affaires et conseillère municipale du DP, qui a fermé sa boutique à la Gare, ainsi que Maurice Bauer, 1. échevin (CSV) chargé du commerce et du développement urbain, ainsi que Patrick Reisdorff, qui vit à la Gare depuis des décennies.
© Maxime Gonzales/ Archives RTL

Pour commencer, Anne Kaiffer a expliqué qu'elle avait fermé sa boucherie pour diverses raisons. D'une part, elle avait dû augmenter ses prix en raison de la guerre en Ukraine, et d'autre part, plusieurs autres commerces du quartier avaient également fermé leurs portes.

Mais surtout, la sécurité et la propreté du quartier posaient problème.

Patrick Reisdorff a largement imputé la responsabilité de la situation actuelle au gouvernement. "On a laissé les choses durer trop longtemps, à commencer par la prostitution, puis la consommation de drogue et le sans-abrisme" pense-t-il, en faisant une comparaison avec une vitre cassée qui n’est pas réparée rapidement, ce qui entraîne ensuite d’autres problèmes.

"On peut débattre pour savoir si la situation à la gare s’est améliorée ou détériorée ces dernières années", selon Maurice Bauer, mais il indique que de nombreuses personnes vivant à la gare lui ont fait savoir que la situation s'améliorait peu à peu. Cela se reflète également dans le nombre de commerces, qui a augmenté récemment.

© Morgan Doux

Anne Kaiffer avait ouvert son commerce à une époque où la situation était particulièrement difficile. À l’époque, la ville avait fait pression sur le gouvernement pour obtenir davantage de policiers à la gare et avait également engagé elle-même une société de sécurité privée. Mais des mesures avaient également été prises sur le plan social, par exemple avec le lancement du service "A vos côtés". Patrick Reisdorff a toutefois rétorqué qu’il n'était pas être normal qu’un tel service soit nécessaire pour permettre aux personnes âgées de retirer de l’argent à un distributeur. Une présence policière accrue ne suffirait pas à résoudre le problème si la justice ne fait pas son travail et ne donne pas suite aux affaires. S’il est bon que la justice soit indépendante, elle est aussi garante de la sécurité. Il y a peut-être aussi un manque important de personnel, selon l'échevin.

Anne Kaiffer a plaidé pour une plus grande implication des citoyens dans l’élaboration d’un futur concept pour la gare, de préférence en collaboration avec un cabinet spécialisé. Maurice Bauer a ensuite fait remarquer que les citoyens sont déjà impliqués de nombreuses façons, par exemple à travers l’"Apéri’tour". Il se montre toutefois sceptique quant à l’idée d’un cabinet professionnel, car ce sont les élus qui, en fin de compte, sont chargés d’assumer leurs responsabilités.

Le premier échevin de la ville s’est également opposé à l’idée de mettre tous les groupes de personnes présents à la gare dans le même panier, mais a plutôt préconisé de faire une distinction, par exemple, entre les dealers, les consommateurs de drogue qui sont avant tout des personnes malades, et ceux qui vivent simplement dans la rue sans commettre d’actes illégaux.

Il a également été question d’une certaine forme de tourisme social. De plus en plus de personnes viennent au Luxembourg depuis les pays voisins dans l’espoir d’y trouver davantage d’aide, mais de nombreux cas sont également envoyés au Grand-Duché avec de fausses promesses.

Patrick Reisdorff estime qu’il ne faut pas se limiter à parler de la gare "de Luxembourg-ville", car c’est désormais devenu un problème national. Il ne comprend pas non plus pourquoi le ministre de l’Intérieur, Léon Gloden, et la maire de la ville, Lydie Polfer, ont été critiqués pour avoir plaidé en faveur d’une interdiction de la mendicité. Au final, cela n’aurait toutefois pas beaucoup aidé, car les gens se rendent désormais dans les magasins, achètent de quoi manger, pour aller l’échanger contre de l’argent un peu plus tard.

Corinne Cahen n’est pas seulement échevine DP, elle est également propriétaire d’un magasin de chaussures à la gare. Dans une interview réalisée avant l’émission, elle a souligné qu’elle croyait toujours en ce quartier: "la gare a une population jeune et, sur le plan architectural, le plus beau de la ville". Elle s'est prononcée en faveur d'un travail sur l'avenir en collaboration avec les habitants du quartier. Une proposition concrète consiste à retirer le monument situé devant la Spuerkeess et à réaménager l'espace, par exemple avec une terrasse.

Patrick Reisdorff, pour sa part, estime que des mesures purement urbanistiques ne suffisent pas à résoudre le problème, car les commerçants se contentent de délocaliser leurs activités à quelques centaines de mètres de là. En ce qui concerne la participation citoyenne, il estime qu’il y a matière à amélioration, ajoutant que de bonnes idées émergent lorsque de nombreuses personnes se concertent.

Anne Kaiffer partage l’avis de Corinne Cahen selon lequel la situation actuelle est globalement difficile pour les petites et moyennes entreprises, mais elle pense qu'une mesure urbaine susceptible de redynamiser la gare pourrait être la création d’une zone piétonne. "Il faudrait également attirer davantage de commerces traditionnels", selon elle.

Enfin, en ce qui concerne la circulation, Patrick Reisdorff a estimé que le tramway avait apporté un grand soulagement, car il y a désormais beaucoup moins de bus dans le quartier. Pour Anne Kaiffer, il n'y pas assez d'endroits pour s’arrêter brièvement en voiture.

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