
Le gouvernement luxembourgeois doit résoudre un sacré casse-tête. L'index, un de ses principaux outils de protection du pouvoir d'achat, est désormais au cœur des discussions politiques.
Tout repose sur son fonctionnement: augmenter automatiquement de 2,5% les salaires, traitements et pensions, quand l'inflation atteint ce même niveau. Le problème étant que la hausse des prix est si forte que plusieurs hausses de salaire devraient se produire ces prochains mois. Deux index ont déjà été déclenchés au 1er octobre 2021 et au 1er avril 2022. Ce qui pèse sur les entreprises qui, si certaines vendent leurs produits et services plus cher, voient aussi leur masse salariale s'alourdir vite et durablement.
Lors d'une réunion tripartite entre le gouvernement, les syndicats et le patronat, les ministres ont décidé de plusieurs aides aux ménages et aux entreprises. Outre une aide au logement, un gel des loyers ou une remise sur le prix des carburants, le gouvernement et les syndicats - sauf l'OGBL - se sont mis d'accord pour reporter le prochain index.
Après celui appliqué au 1er avril 2022, l'index censé tomber dans le courant de l'été est repoussé au 1er avril 2023. Soit un an après le précédent. D'ici là, un crédit d'impôt doit (temporairement) protéger le pouvoir d'achat des Luxembourgeois et des frontaliers.
Hormis celui déjà reporté au 1er avril 2023, le texte de loi du gouvernement mentionnait que "toute adaptation additionnelle" de l'index serait repoussée au 1er avril 2024. Ce qui aurait conduit au déclenchement simultané de plusieurs index avec une hausse des prix importante sur les deux prochaines années: "Le Statec s’attend désormais à une inflation très substantielle pour cette année, à 5,8%, avant de freiner à 2,8% en 2023" écrit l'institut dans une récente note de conjoncture.
Jeudi 2 juin, le gouvernement a donc décider de rétropédaler et d'amender son texte de loi. Plutôt que de déclencher un ou plusieurs autres index au 1er avril 2024, ce que le texte prévoyait, le gouvernement a finalement décidé de s'en remettre... au dialogue social de la tripartite.
Les ministres, les syndicats et le patronat devront donc se réunir une nouvelle fois pour évoquer les tranches indiciaires qui devraient mathématiquement avoir lieu d'ici au "31 décembre 2023". Le gouvernement promet de "discuter des modalités du décalage de ladite tranche indiciaire et de la compensation de la perte du pouvoir d’achat à prévoir". En clair: hormis l'index du 1er avril 2023, le gouvernement devra négocier pour que le ou les autres soient décalés et compensés.
L'OGBL s'est félicité de cette "première percée" contre la "manipulation de l'index", que le syndicat dénonce. Mais s'inquiète d'un problème de fond plus large: "La manipulation de l’index est justement la mauvaise réponse aux problèmes auxquels est vraiment confronté l’économie luxembourgeoise: l’explosion des prix et la perte de pouvoir d’achat qui en résulte, d’une part, la pénurie en main-d’œuvre d’autre part."
Avec la tenue des élections législatives en 2023, le prochain gouvernement aura toutefois son mot à dire. Et le même casse-tête à résoudre.