Des saisonniers témoignentPourquoi vendangent-ils sur les coteaux de la Moselle ?

Maurice Fick
Les vendanges se poursuivent sur les coteaux de la Moselle luxembourgeoise, sous un soleil inhabituel pour une mi-septembre. Luxembourgeois, frontaliers, étudiants ou quinquagénaires, les vendangeurs ont chacun leurs motivations qui ne s'arrêtent pas à l'argent, loin de là.
© Maurice Fick / RTL

Au Luxembourg, le salaire pour rémunérer le travail de la récolte des raisins dans les vignes est basé sur le salaire social minimum (SSM), qui s'élève à 16,0192 euros brut de l'heure pour un travailleur non qualifié, depuis le mois de juin 2026. La motivation financière, qu'il s'agisse de se constituer un petit pécule pour les étudiants juste avant la reprise des cours ou d'un complément de revenu pour des salariés qui veulent mettre du beurre dans les épinards, est un dénominateur commun. Mais ce n'était pas la première raison citée par les vendangeurs croisés ce 15 septembre sur le coteau "Naumberg" à Bech-Kleinmacher.

Une douzaine de saisonniers étaient à pied d'oeuvre mardi matin entre les rangs de "chardonnay qualité cru" sur la pente raide du "Naumberg", non loin de la Moselle. "C'est un beau raisin, mais il n'y a pas grand chose dessus", commente le patron, Serge Gales, qui a constamment besoin de bras pour vendanger les 17 hectares de vignes de son domaine en trois semaines à peine. Celui qui a longtemps été vice-président des Domaines Vinsmoselle, est un peu irrité. La qualité récoltée est au top, la quantité laisse à désirer.

Un bon "combo", en revanche, pour ceux qui cueillent les grappes. "Il n'y a pas de grains pourris, pas de triage, ça va plus vite", glisse Marc Gales, un autre vigneron chevronné, de passage, en jetant une belle grappe de chardonnay dans un bac. Le réchauffement climatique continue de se faire sentir en cette mi-septembre (27°C en fin de matinée). La pluie qui a tant fait défaut dans le grain de raisin durant tout l'été, continue de tarder. Mais le sol sec évite aux saisonniers de crapahuter dans la boue et de glisser.

Juliette, 23 ans, saisonnière et étudiante: "Malgré la difficulté physique, on cherche à se prouver à soi-même qu'on en est capable".
© Maurice Fick / RTL

Juliette, 23 ans, saisonnière et étudiante diplômée très récemment d'un Master en agroforesterie, apprécie: "Les conditions sont parfaites et les pieds de vignes sont hauts ici, donc on se baisse moins qu'en Champagne par exemple. Et comme le terrain est bien incliné, on peut rester debout et non travailler à genoux". Elle est venue d'un petit village à l'Est de Metz "pour financer de futurs projets de formation", mais aussi parce qu'elle veut "garder un lien avec cette pratique découverte il y a quatre ans en Champagne" et "qu'elle aime beaucoup". À travers les vendanges, l'étudiant curieuse "peut aussi garder un pied dans la viticulture qui est souvent sous-représentée en agronomie".

"Il y a beaucoup de travaux possibles pendant les vacances d'été pour les étudiants, mais peu en pleine nature" et c'est pour cela que Christian, originaire Wormeldange, est venu vendanger à Bech-Kleinmacher. Il avait tenté l'expérience une première fois l'an passé et "ça m'a plu", reconnaît-il, en parlant des bienfaits du travail en extérieur. L'étudiant en psychologie-éducation à l'Université de Bruxelles, ne nie pas qu'il veut "se faire un peu d'argent", mais met surtout en avant le fait de "participer à quelque chose qui est une plus-value pour le Luxembourg". Il apprécie surtout "l'ambiance de travail, car on parle avec des gens de nationalités et de parcours différents", mais aussi l'esprit d'entreprise familiale chez les Gales.

"J'ai toujours voulu faire des vendanges", confie Guillaume, 53 ans, qui manie le sécateur avec aisance. L'homme a "l'agriculture dans le sang", comme il dit. Il est rentré au pays cet été, mais d'ordinaire il exploite une plantation de cacao et de café en République dominicaine. Cette séquence en pente mosellane, il l'a vit comme une opportunité pour "apprendre et rester actif". Il apprécie particulièrement "d'être dehors et d'avoir une activité sociale au cours de laquelle on rencontre des jeunes, des seniors, des caractères et des vies", dit-il joliment.

Oui les vendanges ces sont des "rencontres, des découvertes, des liens qui se créent et de nouveaux paysages qui s'ouvrent à nous". Mais Juliette résume ainsi l'aventure des vendanges: "Nous sommes tous ici pour des motivations différentes, mais nous avons tout de même un point en commun: nous endurons. C'est du travail, de la transpiration. Vendanger c'est un défi mental. Malgré la difficulté physique, on cherche à se prouver à soi-même qu'on en est capable".

Un projet de loi dans les tuyaux

Serge Gales préfère ne pas s'éterniser sur le sujet du recrutement compliqué et de l'assiduité de saisonniers en cette période cruciale pour lui. "Cette année, il a toutefois été possible de recruter de la main-d'œuvre, notamment grâce au "Jobday" de l'Adem", avait expliqué il y a peu sur RTL Guy Krier, coprésident des vignerons indépendants luxembourgeois. Assurant que "les viticulteurs en ont profité".

L'Adem a organisé cette année des "Jobdays" de manière individuelle pour chaque domaine intéressé, à la demande des exploitations viticoles. "Cette approche répond mieux aux besoins concrets sur le terrain", estimait début septembre Martine Hansen, ministre de l'Agriculture et de la Viticulture, dans le rôle de vendangeuse dans les vignobles de l'Institut viti-vinicole à Remich.

Martine Hansen avait alors assuré à la profession que pour "ce qui concerne les simplifications administratives tant attendues, je suis contente que notre projet de loi qui vise à alléger les démarches pour le travail saisonnier et occasionnel dans les secteurs agricole, viticole et horticole suit son parcours législatif et sera bientôt à l'ordre du jour de la Chambre des députés."

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