Un été de tous les records“On n’a jamais vu ça en 10 ans” : le gouvernement vient en aide aux agriculteurs

Nathan Muller
L’été 2026 aura été l’un des plus compliqués de ces dernières années pour les agriculteurs luxembourgeois. Les sécheresses ont fortement affecté les récoltes, à tel point que le gouvernement a proposé une série d’assouplissements pour leur venir en aide.
© Archives/RTL

Des records de température historiques au Grand-Duché, et des agriculteurs qui en pâtissent. Telle est la situation à l’heure actuelle pour tous les agriculteurs, en attente désespérée de pluie. “A cette période de l’année, il me manque environ la moitié de mon fourrage”, raconte Pierre Witry, agriculteur biologique depuis 25 ans. D’habitude, il réalise quatre à cinq coupes dans ses prairies à Dippach. Il n’en a réalisé que deux pour le moment. “On est autorisés à abattre pour récolter le fourrage, mais s’il est fauché actuellement, il n’aura aucune valeur nutritionnelle”, remarque-t-il.

Même chose pour Tom Kass, agriculteur à Rollingen. Il codirige sa ferme biodynamique avec Anja, sa femme. Il n’a pu réaliser qu’une seule coupe pour le moment, contre trois habituellement. “On n'a jamais vu ça en 10 ans”, s’étonne Tom. L’agriculteur déplore une météo trop variable sur les années : soit il pleut trop par périodes, soit il ne pleut pas assez. Depuis l’été, il a dû mettre ses vaches à l'intérieur car elles n’ont plus assez à manger dehors. “On n’a plus de réserve d’ensilage pour nourrir nos vaches, ça va se compliquer d’ici l’hiver.” Pour assurer de bonnes récoltes, il va privilégier les cultures d’hiver qui, mélangées avec de la féverole, vont pouvoir résister plus facilement aux changements de températures.

Il n’avait jamais fait aussi chaud depuis… 1947

2026 était l’année de tous les records en termes de températures. Une moyenne de 20,6 °C relevée au Findel sur tout l’été, venant battre de 0,1 °C le record de 2003. Pour le mois de juin, il faisait en moyenne 19,9 °C au Findel. Jamais il n’avait fait aussi chaud en juin depuis les premiers relevés de températures, réalisés en 1947. Avec un pic de 41,4 °C mesuré à Remich le 26 juin.

Les températures ont très rapidement augmenté dans l’année, et ont du mal à diminuer en ce mois de septembre, avec des hausses jusqu’à 28 °C Le bulletin météorologique de l’été 2026 fait état de 120 mm de pluie en moins dans certaines zones du Grand-Duché. “Pour ce qui devait être planté, on avait préparé la terre, semé l’herbe, mais pour rien car il n’y a jamais plu”, explique Tom Kass, impuissant face à la sécheresse.

La sécheresse considérée comme “un cas de force majeure

Pour venir en aide aux agriculteurs, le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Viticulture leur a accordé des assouplissements. La limite de superficie renouvelable des prairies est suspendue, par exemple. Pour l’agriculture biologique, du fourrage conventionnel peut être autorisé en cas de pénurie. Selon Pierre, “cette mesure est inutile, puisqu’on trouve peu de fourrage dans la Grande Région dû à la secheresse.” L’agriculteur a dû débourser 40 000€ pour acquérir le fourrage nécessaire à sa ferme biologique, somme qu’il n’aura jamais dépensée en temps normal. Malgré cette difficulté, les autres mesures semblent “intéressantes” pour lui.

Une autre mesure concerne les bovins. L’obligation d’une durée de pâturage de cinq mois est supprimée, et la durée requise passe de trois à deux mois. Une mesure jugée “insuffisante” pour Tom, qui compte de nombreux bovins dans sa ferme. “On n’a plus de lait à la ferme, on est à 0 actuellement. Heureusement que la vente directe fonctionne.” Il se satisfait tout de même des assouplissements proposés dans ces circonstances assez exceptionnelles, puisque la sécheresse a été considérée comme “cas de force majeure” cette année.

Les vignerons souffrent aussi

Comme leurs collègues agriculteurs, les vignerons du Grand-Duché ont grandement souffert eux aussi. “On a des pertes estimées entre 30 et 40%, raconte Guy, propriétaire du domaine Krier-Welbes. On a dû ramener de l’eau dans des cuves de 5.000 litres pour sauver les jeunes vignes.” Constat le plus frappant pour lui : la période des vendanges a été avancée de plus d’un mois cette année. “Ça fait plus de 40 ans que je fais les vendanges. Il y a des périodes où l’on récoltait les rieslings début novembre. Cette année, on a déjà fini avant la mi-septembre !” s'exclame-t-il.

Selon lui, les chaleurs des mois de mars et avril ont accéléré le processus. Pour résister, Guy doit réduire la hauteur des vignes, et privilégier des souches plus résistantes aux chaleurs. “On avait connu des sécheresses similaires en 1976, en 2003, puis à partir de 2018 c’est presque tous les ans”, explique Guy Krier. Pour le moment, aucune aide ni assouplissement n’ont été accordés aux viticulteurs. “C’est en discussion. Il faut attendre la fin des vendanges pour en décider”, confie Serge Fischer, directeur de l'Institut viti-vinicole. En espérant que 2027 les épargnera davantage.

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