
Mardi matin, l’émission "Dir hutt d’Wuert" était de retour à la radio. Il y a été question de la rentrée scolaire et de l’école. Le ministre de l’Éducation, Claude Meisch, était en direct en studio pour répondre aux questions des auditeurs. Il a notamment évoqué son intention d’étendre l’interdiction des téléphones portables dans l’enseignement secondaire.
Selon lui, les résultats de l’étude PISA ont montré que l’usage du téléphone portable était loin d’être idéal. Les élèves, les enseignants, mais aussi les parents doivent être davantage responsabilisés.
"Nous l’avions déjà observé avec PISA 2022, mais PISA 2025 le montre encore plus clairement, que le smartphone a un impact sur les enfants, sur leur capacité d’attention, leur capacité à se concentrer sur les cours, sur la matière enseignée et sur ce que l’école est censée leur transmettre. C’est pourquoi nous sommes arrivés à la conclusion qu’il faut être encore plus strict. Et (...) il ne s’agit pas seulement d’imposer des règles plus strictes aux élèves, mais aussi aux enseignants. Il doit être clair que nous, les adultes, devons parfois montrer l’exemple. Et cela ne vaut pas seulement pour l’école, mais aussi pour la société en général. Lorsque nous disons que nous voulons mettre complètement le téléphone portable de côté pendant les trois premières années du lycée, c’est-à-dire en septième, sixième et cinquième, c’est aussi un message adressé aux parents, aux adultes et à l’ensemble de la société : nous devrions peut-être tous, de temps à autre, faire une pause avec nos smartphones."
Quant au projet Alpha, il s’agit d’une réforme majeure qui entre en vigueur cette année, d’abord au cycle 1 de l’enseignement fondamental. Pour de nombreux élèves, la possibilité de choisir la langue dans laquelle ils apprennent le mieux représente une opportunité considérable, a souligné le ministre. À une auditrice qui l'interrogeait sur ce qu'il comptait proposer aux élèves qui parlent surtout allemand ou luxembourgeois à la maison, sur le modèle du projet Alpha avec des classes en français pour les enfants parlant cette langue à la maison, Claude Meisch a indiqué y travailler avec son ministère. "Nous aimerions que les jeunes aient la possibilité d’apprendre dans la langue qui leur convient le mieux. Aujourd’hui, une très grande partie de l’enseignement se fait déjà en allemand. Toute l’école fondamentale est pratiquement en allemand. Dans les premières années du lycée, beaucoup de cours sont également dispensés en allemand. Dans l’enseignement secondaire général, la plupart des matières restent en allemand jusqu’aux classes supérieures. Nous avons toutefois constaté qu’au lycée, la langue d’enseignement change à un certain moment. En quatrième et en troisième, le français prend une place très importante. Cela perturbe un certain nombre d’élèves et les déstabilise. C’est pourquoi, dès la prochaine rentrée scolaire, nous lancerons un projet pilote permettant de poursuivre l’apprentissage en allemand jusqu’en première dans les matières scientifiques et d’autres disciplines. Cela se fera sans pour autant abaisser le niveau général des compétences linguistiques."
Le ministre a toutefois souligné la pertinence du projet d'alphabétisation en français en se référant à l'expérience des écoles européennes publiques et des épreuves PISA. "Nous tirons des enseignements de la flexibilité que nous avons dans les écoles européennes publiques. Nous tirons aussi des leçons des épreuves PISA. Nous avons constaté, dans l’étude PISA, que 42 % des élèves ayant participé à cette enquête ont choisi de répondre au questionnaire en français, alors même qu’ils avaient été alphabétisés en allemand.
Cela nous indique qu’ils estiment obtenir de meilleurs résultats lorsqu’ils peuvent passer l’épreuve en français. Et cela nous montre également qu’ils pensent apprendre plus efficacement lorsqu’ils peuvent le faire en français."
Claude Meisch a insisté sur le fait qu'il s'agit d'une réforme d'envergure, sur laquelle lui et son ministère travaille depuis longtemps. Les enseignants du cycle 1 ont été soigneusement préparés durant l'année dernière à son entrée en vigueur cette rentrée. De nouveaux matériels pédagogiques ont été fournis aux écoles, mais aussi des outils destinés à accompagner l’orientation des élèves. "Ensuite, il reviendra aux enseignants, mais en fin de compte aussi aux parents, de déterminer quelle est la langue d’alphabétisation la plus adaptée pour chaque enfant. Selon la langue parlée à la maison, celle que l’enfant parle lui-même, ou encore celle qu’il a utilisée à la crèche, il pourra continuer à être alphabétisé en allemand, comme cela a toujours été le cas. Personne ne perdra donc quoi que ce soit. Ou bien il aura l’opportunité d’être alphabétisé en français. Et pour un certain nombre d’élèves, ce sera une chance considérable. Peut-être même la chance de leur vie."
Cette orientation sera désormais décidée au cycle 1.2. Les enseignants qui ont des élèves de ce cycle dans leur classe cette année, les avaient déjà au cycle 1.1. l'an dernier. Ils ont donc déjà pu se faire une première idée, à titre provisoire, de l'option qui conviendrait à chaque enfant. Le ministre s'est dit "surpris" par les résultats. "J’ai toujours cru au projet Alpha et à sa nécessité, mais le fait que pratiquement un enfant sur deux soit considéré par les enseignants comme étant mieux dans une alphabétisation en français m’a tout de même surpris. Cette tendance se retrouve dans toutes les régions du pays. Parfois, les enseignants estiment que deux tiers des élèves devraient être alphabétisés en français et un tiers en allemand ; ailleurs, c’est l’inverse, avec deux tiers en allemand et un tiers en français."
Une question en particulier a été posée à Claude Meisch mardi matin : comment expliquer que les résultats de l’étude PISA se dégradent continuellement alors que les taux de réussite aux examens de fin d’études restent relativement stables ? Le ministre a reconnu qu’il était difficile de l’expliquer. Il a toutefois indiqué qu’il n’était pas toujours entièrement satisfait des taux de réussite. "Je ne suis pas toujours satisfait des résultats obtenus aux examens de fin d’études. Un taux de réussite de 80 % serait déjà très élevé si nous l’atteignions partout. Or, dans certains cas, nous ne sommes qu’aux alentours de 60 %. Et là, je considère que nous n’avons pas bien travaillé. Je ne veux pas dire que la responsabilité incombe à telle ou telle personne ou à tel ou tel facteur. Mais lorsque des jeunes se préparent pendant sept ans, voire davantage, à un examen, et qu’au final seuls deux sur trois le réussissent, cela ne me satisfait pas personnellement."
Cependant, le recul des compétences en lecture chez les jeunes, mis en évidence par l’étude PISA, constitue selon lui un véritable problème auquel il faut s’attaquer. "Il y a beaucoup d’éléments qui nous préoccupent énormément. Lorsque près de quatre jeunes sur dix ne possèdent plus les compétences de lecture nécessaires pour mener leur vie de manière autonome par la suite, nous sommes face à un problème majeur. C’est même un problème pour notre vie démocratique. Si nous ne disposons plus des compétences fondamentales en lecture permettant de déchiffrer et de comprendre des textes complexes, comment pourrons-nous encore comprendre un monde devenu lui-même très complexe ? Cela ouvre alors grand la porte au populisme et à toutes sortes d’autres dérives. Nous ne pouvons pas rester indifférents face à cette situation. C’est pourquoi j’aimerais analyser en profondeur ces résultats et en tirer les bonnes conclusions."
À la fin de l'émission, Claude Meisch a rappelé chacun à ses responsabilités. "Nous avons 30 heures de cours par semaine et 36 semaines de classe par an, mais nous ne pouvons pas rendre l’école responsable de tout. Nous devons prendre les résultats de PISA au sérieux, mais ils ne sont pas seulement le reflet de notre système scolaire. Ils sont aussi le reflet de notre société, de la vie des adultes, des familles et de la manière dont nous interagissons parfois avec les enfants. Dans ce domaine, l’école n’est pas la seule à avoir une responsabilité. Les parents ont certainement la leur, tout comme de très nombreux autres acteurs."