Lauréate du prix Nobel de la paixOleksandra Matviichuk appelle à juger les crimes de guerre russes

Jeannot Ries
traduit pour RTL Infos
En visite au Luxembourg, la lauréate du prix Nobel de la paix Oleksandra Matviichuk alerte sur l'ampleur des crimes de guerre en Ukraine, notamment les violences contre les civils et la déportation d'enfants.
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Des représentants de l’Union européenne, dont 12 ministres des Affaires étrangères et la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, ont rendu hommage mardi en Ukraine aux victimes du massacre de Boutcha. En mars 2022, des troupes russes ont tué plus de 450 personnes dans cette localité près de Kyiv, un massacre devenu l’un des symboles de la brutalité et de l’inhumanité de la guerre.

À cette occasion, il a de nouveau été rappelé que les responsables doivent être traduits en justice, un objectif pour lequel s’engage notamment Oleksandra Matviichuk.

Âgée aujourd’hui de 42 ans, l’activiste a été reçue la semaine dernière, entre autres, par la Grande-Duchesse ainsi qu’à la Chambre des députés. Dès 2013, lors de l’Euromaïdan, elle s’était mobilisée pour défendre les droits des victimes du soulèvement.

Après l’annexion de la Crimée par la Russie, elle a poursuivi son combat pour les droits humains. Oleksandra Matviichuk dirige le “Center for Civil Liberties”, l’une des premières organisations à envoyer des équipes mobiles dans les territoires occupés afin de documenter les crimes de guerre.

Aujourd’hui, ce travail est mené avec des dizaines d’organisations réunies au sein de l’initiative “Tribunal for Putin”. “Nous couvrons l’ensemble du pays, y compris les territoires occupés, et avons déjà documenté plus de 100 000 crimes”, explique-t-elle. Selon elle, toute personne refusant de se soumettre à l’occupation russe est terrorisée.

Oleksandra Matviichuk décrit également une volonté d’effacer les populations locales : la langue ukrainienne et la culture sont interdites. Outre la torture et l’exécution de civils, l’une des méthodes les plus cruelles consiste à séparer des enfants ukrainiens de leurs familles pour les déporter vers des camps en Russie, où ils sont soumis à une indoctrination.

“On leur dit qu’ils ne sont pas Ukrainiens, mais Russes, que leurs parents les ont abandonnés et qu’ils seront adoptés par des familles russes”, précise-t-elle.

On estime à environ 20 000 le nombre d’enfants ukrainiens déportés par la Russie.

Ce chiffre reste toutefois une estimation, les autorités ukrainiennes n’ayant qu’un accès limité à certaines régions de l’est du pays. Jusqu’à présent, environ 1 400 enfants ont pu être ramenés auprès de leurs familles.

“C’est une priorité, car l’enfance ne dure pas éternellement”, souligne-t-elle, alertant sur les risques de perte d’identité et de militarisation. Selon elle, la Russie prépare ainsi “une nouvelle génération de soldats”.

Des crimes qui ne doivent pas rester impunis

La militante rappelle que deux juridictions sont actuellement compétentes : la Cour pénale internationale, qui a notamment émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Putin, ainsi que les tribunaux nationaux ukrainiens.

“Ce n’est pas une seule personne, c’est tout un système”, insiste-t-elle, évoquant des pratiques “systématiques et généralisées”. Elle ajoute que qualifier Vladimir Poutine de plus grand ravisseur d’enfants au monde “n’est pas une métaphore”, mais repose sur des accusations juridiques concrètes.

Cet engagement a valu à Oleksandra Matviichuk une reconnaissance internationale, couronnée par l’attribution du prix Nobel de la paix en 2022, qu’elle a reçu au nom de toute l’équipe du “Center for Civil Liberties” à Kiev.

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