
Quiconque accepte de l’argent d’une personne inconnue et le transfère ensuite, devient très probablement une mule financière (money mule). Le “money muling”, une pratique par laquelle de l’argent provenant d’infractions pénales est transféré ailleurs, est en augmentation. Il s’agit cependant d’un délit, à savoir du blanchiment d’argent. Une grande banque luxembourgeoise a récemment averti 80.000 de ses jeunes clients par courrier, en collaboration avec la police.
Le phénomène du money muling commence par une fraude qui peut prendre diverses formes de phishing. Une personne est victime d’une arnaque au cours de laquelle des données sont volées et de l’argent est prélevé de son compte. Cet argent est ensuite transféré vers le compte d’une mule financière qui met son compte à disposition en échange d’une petite commission. A partir de là, l’argent est transféré plus loin jusqu’à rejoindre le réseau criminel.
Dans ce contexte, ce sont surtout des jeunes qui espèrent gagner facilement de l’argent, qui sont ciblés, explique la police. “Très souvent, des personnes sont recherchées sur les réseaux sociaux. C’est là qu’elles sont recrutées et que de la publicité est faite, surtout sur Snapchat”, explique Jeff Laroche de la section anti‑blanchiment de la Police judiciaire. Mais d’autres plateformes sont également utilisées pour chercher des candidats. On y explique ensuite à quel point il est facile de gagner de l’argent.
Une fois que les criminels ont trouvé une mule financière potentielle, ils prennent contact avec elle.
Il est toutefois également possible que des personnes entrent en contact avec les criminels par l’intermédiaire de relations personnelles, souligne Jeff Laroche. Via des connaissances ou l’entourage direct. Cela passe par une sorte de bouche‑à‑oreille où l’on transmet une manière par laquelle il est possible de gagner de l’argent facilement.

C’est souvent grâce à une plainte déposée par la victime d’une arnaque que la police remarque l’existence de mules financières. Mais les banques détectent également ce type de transactions inhabituelles. “Lorsque de l’argent est volé à un client, ce sont généralement les premières transactions qui apparaissent dans notre système. Ces transactions restent en suspens pendant un certain temps avant d’être définitivement enregistrées”, explique Steve Schiltz, team manager au service des paiements d’une banque. Durant ce laps de temps, la banque peut intervenir et tenter d’encore stopper les fonds.
Lorsqu’une suspicion de money muling apparaît, le compte est bloqué et le client contacté. Si nécessaire, le cas est signalé aux autorités compétentes. “Nous parlons très souvent de montants situés entre 1.000 et 2.000 euros. Parfois, le montant est légèrement supérieur, parfois un peu inférieur. Ce qu’il faut préciser, c’est que la mule financière ne garde pas cet argent elle-même”, explique Steve Schiltz. La mule financière transfère l’argent au destinataire suivant, d’où le nom. Le destinataire suivant, éventuellement aussi une mule financière, essaie ensuite de transmettre l’argent aussi rapidement que possible, soit en le retirant au distributeur, soit en le transférant simplement par virement à la personne suivante.
Pour la mule financière, les sommes en jeu sont, quand il y en a, plutôt petites, de l’ordre de quelques centaines d’euros. Comme il s’agit de blanchiment d’argent, la peine encourue peut aller jusqu’à cinq ans de prison. Se présenter comme innocente ne sert à rien : après tout, elle a accepté tout cela ou transféré l’argent. La victime est également indemnisée via la mule financière. “Lorsque l’argent n’est plus sur le compte, ou seulement une partie, nous cherchons à identifier l’équivalent et à le saisir”, souligne Jeff Laroche. Des bijoux, des voitures ou de l’argent provenant d’autres comptes, peuvent alors être saisis.
Le phénomène du money muling augmente dans le cadre des attaques de phishing. Depuis l’automne 2023, le préjudice s’élève à 12,3 millions d’euros, dont seuls deux millions ont pu être récupérés.