
Avec ce changement, ce ne seraient donc plus exclusivement des médecins spécialisés en anesthésie‑réanimation qui seraient autorisés à accompagner le SAMU, le Service d'Aide Médicale Urgente. Les anesthésistes s’opposent clairement à cette réforme, avançant l’argument que la qualité du service en pâtirait. Le cadre légal ne permettrait d’ailleurs pas une telle modification. En coulisses, on entend cependant aussi que c’est surtout la rémunération lucrative qui dissuaderait les anesthésistes d’accepter de partager le gâteau.
Un vote sur le nouveau référentiel est prévu jeudi au sein du conseil d’administration. En raison des réserves juridiques, il n’est toutefois pas encore certain que ce vote puisse effectivement avoir lieu jeudi.
Cette revendication des urgentistes avait déjà été abordée par RTL il y a quelques mois : jusqu’à présent, seuls des médecins et des infirmiers spécialisés en anesthésie‑réanimation sont autorisés à accompagner le SAMU. Selon les anesthésistes, ce serait précisément l’expérience et la routine des médecins et infirmiers ayant cette spécialisation qui garantiraient la meilleure prise en charge possible des patients sur le terrain, expliquait il y a quelques mois le Docteur Philippe Welter, président du Cercle des anesthésistes‑réanimateurs, dans une interview à RTL. Il ne faut pas toucher à ce binôme, car cela nuirait à la qualité du service. Il n’y a par ailleurs aucune pénurie d’anesthésistes. Il n’y a donc aucune nécessité à ouvrir le SAMU à d’autres médecins.
Les urgentistes voient les choses différemment : pour eux, le SAMU fait partie intégrante du métier qu’ils ont choisi, explique l’urgentiste Anne‑Sophie Ries. La spécialisation en médecine d’urgence s’est développée ces dernières années et les urgentistes disposent des qualifications nécessaires pour intervenir au sein du SAMU. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils sont autorisés à le faire à l’étranger. En raison des restrictions imposées aux urgentistes, beaucoup d’entre eux ne souhaitent pas travailler au Luxembourg.
Dans une lettre adressée au conseil d’administration du CGDIS, les urgentistes demandent à pouvoir travailler pour le SAMU avec leur spécialisation. La médecine a continué d’évoluer au cours des dernières années : la médecine d’urgence est une spécialisation qui requiert une formation de quatre à six ans. Il s’agit d’une spécialisation relativement récente, mais qui est désormais reconnue au niveau international. Lors de stages et de formations spécifiques, les médecins y apprennent les gestes et les traitements appropriés, qui doivent également être appliqués en dehors de l’hôpital. C’est pour cette raison qu'à l’étranger, les urgentistes sont autorisés à accompagner le SAMU. En France et en Belgique, en revanche, les anesthésistes-réanimateurs ne recevraient plus les formations nécessaires en médecine de catastrophe. Or celles‑ci sont particulièrement importantes, car en dehors de l’hôpital, des traitements complexes ou des gestes vitaux doivent être pratiqués dans des conditions difficiles. Maintenir l’exclusivité du SAMU pour les anesthésistes‑réanimateurs n’est donc plus adapté aux réalités actuelles, selon les urgentistes.
Les anesthésistes disent s’y opposer avant tout pour préserver la haute qualité du SAMU. Les mesures de maintien en vie font partie de leurs tâches quotidiennes. Comme l’expliquait il y a quelques mois le président du Cercle des anesthésistes, le Docteur Philippe Welter, dans un entretien avec RTL, c’est le binôme formé par l’anesthésiste et l’infirmier anesthésiste qui “fonctionne mieux qu’un mariage”.
Outre l’argument de la qualité, les anesthésistes ont surtout des réserves d’ordre juridique quant à l’ouverture du SAMU aux urgentistes. Dans un avis juridique, dont RTL a eu connaissance et qui a été transmis au conseil d’administration du CGDIS à la demande du Cercle des anesthésistes, il figure notamment que les actes réalisés par un infirmier anesthésiste ne peuvent être effectués que sous l’autorité et en présence d’un médecin ayant cette spécialisation. En l’absence d’un médecin anesthésiste, ces actes seraient donc illégaux. Un médecin pourrait même faire l’objet de poursuites pénales si, au sein de son équipe SAMU, un infirmier sans la spécialisation d’anesthésiste‑réanimateur accomplissait certains actes. Il est même question ici d’homicide involontaire.
L’avis juridique va toutefois encore plus loin et souligne que les membres du conseil d’administration pourraient eux aussi être considérés pénalement comme complices, s’ils adoptaient le référentiel dans cette forme.
En coulisses, certains soulignent que la rémunération lucrative des anesthésistes‑réanimateurs au sein du SAMU constituerait également un argument qui les dissuaderait de vouloir partager le gâteau. Le Docteur Welter dit comprendre cet argument, mais il avait aussi souligné, lors d’un entretien il y a quelques mois, la “structure tarifaire confortable” dont bénéficient les urgentistes. Il ne s’agirait donc pas ici de retirer quoi que ce soit à l’un au profit de l’autre.
Des recherches menées par RTL il y a quelques mois avaient effectivement montré que les gardes au SAMU sont extrêmement lucratives : la rémunération par garde dépend de sa durée, du nombre d’interventions effectuées, ainsi que de l’horaire et des jours concernés. À titre d’exemple, une garde de 12 heures rapporte 1.454,88 euros uniquement pour la disponibilité. Selon nos informations, un médecin effectue en moyenne entre trois et cinq interventions pendant une telle garde. En partant donc de quatre interventions, cela représenterait environ 800 euros supplémentaires. Un médecin gagnerait ainsi environ 2. 250 euros pour une garde de 12 heures avec quatre interventions. Les actes médicaux supplémentaires, les suppléments ou les transports de patients ne sont pas inclus dans ce calcul.
Pour les heures prestées de nuit, le dimanche et les jours fériés, les actes sont facturés au double. Sur ces gardes‑là, il n’est pas rare d’atteindre des rémunérations dépassant les 5. 000 euros.
Interrogée à ce sujet, la Caisse nationale de Santé a indiqué à RTL que le fonctionnement du SAMU avait coûté à la CNS environ 3 millions d’euros en 2024.
Retrouvez ici les recherches citées plus haut :