
Le Luxembourg reste-t-il attractif aux yeux des investisseurs ? C’était la grande question en suspens jeudi soir lors de la soirée organisée par EY au Cercle Cité. Le cabinet présentait son traditionnel sondage portant sur l’attractivité du pays ("Attractiveness Survey 2026"). Une présentation qui a eu lieu en présence de plusieurs invités de marque, dont le Premier ministre, Luc Frieden et l’ambassadrice des Etats-Unis, Stacey Feinberg.
Cette dernière s’est montrée très enthousiaste quant aux perspectives de développement de l’économie luxembourgeoise. Invitée à participer à un panel de discussion, elle a expliqué avoir longtemps considéré le Luxembourg comme "une opportunité manquée", une relation qui "n’avait pas été maximisée". Une situation à laquelle l’ambassadrice veut remédier, notamment en aidant les entreprises américaines à s’installer au Grand-Duché.
Selon elle, le Luxembourg est "le choix intelligent" pour quiconque voudrait entrer sur le marché européen. Un pays "aux réglementations saines" qui a osé investir dans des secteurs méconnus, comme l’Espace, "avant que cela ne devienne populaire". Elle a mentionné l’exemple de Blue Origin "qui aurait pu aller n’importe où" mais qui a décidé de s’installer au Grand-Duché. "Construisez-le, et ils viendront", a-t-elle commenté.

Et elle ne croyait pas si bien dire. Si le sondage EY confirme un décrochage européen en termes de projets d’investissement (-7% sur un an), la tendance est restée à la hausse ces cinq dernières années au Luxembourg (+40%). Le nombre de projets est passé de 25 en 2021 à 35 en 2025.
Au cœur de ces projets, on retrouve évidemment la finance qui représente un peu plus de la moitié des investissements recensés l'année dernière (51%). Mais il y a du changement dans l'air. L'année passée, six des 35 projets d'investissements recensés avaient un lien direct avec l'IA. Un secteur en plein essor au Luxembourg.
Mais tous les voyants ne sont pas au vert pour autant. Le sondage EY révèle qu'en 2025, seul 54% des investisseurs interrogés envisageaient d'investir ou de développer leurs activités au Grand-Duché, contre 72% il y a seulement deux ans. Sans surprise, 61% des sondés ont également identifié le logement comme une problématique majeure.
La dépendance énergétique du pays inquiéterait également les investisseurs, notamment ceux qui s'intéressent aux secteurs d'activités particulièrement énergivores (IA, Défense). Des inquiétudes évoquées avec le Premier ministre qui n'a pas su trouver les mots justes pour rassurer.

"Même si nous faisons des progrès sur les énergies renouvelables, le Luxembourg est et restera un importateur d'énergie", a-t-il lâché. Le politicien estime que la réponse dans ce domaine ne peut être qu'européenne. "Nos réseaux sont assez mal connectés", a-t-il souligné avant d'ajouter " de plus, certains pays nous empêchent d'établir des connexions stratégiques".
Le logement, a-t-il admis, reste "un grand défi". Un défi qui ne pourra être surmonté qu'en travaillant avec le secteur privé et les banques, d'après lui. Un refrain que l'on entend souvent depuis fin 2022. Enfin, en ce qui concerne l'attraction des talents, Luc Frieden a rappelé l'importance d'une économie saine.
"Pour attirer des talents, il faut une économie qui fonctionne. Sans cela, on ne peut pas financer notre politique sociale", a souligné celui qui gérait les finances du pays sous le gouvernement Juncker-Asselborn. Une politique sociale qui sera ardemment débattue au début du mois de juin, lors des premières réunions tripartites.