Son sommet est le point culminant du Luxembourg. Planté sur le lieu-dit "Ginzebierg" (427 mètres), l'émetteur de Dudelange mesure 300 mètres de haut. Autant que la Tour Eiffel ! Mais elle pèse dix fois moins: 900 tonnes "seulement".
Le long de l'A31, c'est un "marqueur" dans le paysage. Visible de très loin. Et très nettement depuis le viaduc de Beauregard à Thionville, par exemple. Aux Luxembourgeois qui reviennent de vacances, comme aux près de 80.000 frontaliers qui empruntent quotidiennement cet axe autoroutier - qui compte parmi les plus saturés de France - l'antenne signifie qu'ils s'approchent de la frontière.

Depuis son sommet, on a une vue plongeante sur Dudelange évidemment, tout le sud du Luxembourg, et sur la centrale nucléaire de Cattenom. Par beau temps, on peut voir jusqu’à la cathédrale de Nancy en Meurthe-et-Moselle, et dans l’autre sens jusqu’à l’église de Bastogne, en Belgique. Toutes deux se situent à plus de 100 km du mât.
"Le but de ce pylône c'est de rayonner loin. Donc il faut de la hauteur et de la puissance d'émission", pose Vincent Demarque, ingénieur transmission chez Broadcasting Center Europe (BCE), filiale de RTL Group qui gère l'émetteur, toutes les infrastructures attenantes, mais aussi l'entretien du pylône.
Avant d'expliquer, au pied de l'immense mastodonte métallique à l'empattement de 40 mètres, que "c'est le principal site d'émission pour les médias luxembourgeois. Les trois principales radios FM du pays sont ici avec des émetteurs de 100 kilowatts chacun. On a aussi la télévision numérique terrestre (TNT) avec la chaîne de télévision luxembourgeoise RTL Télé Lëtzebuerg, les chaînes de télévisions néerlandaises, et depuis le 1er décembre 2026, on émet également la radio numérique en DAB+", explique Vincent Demarque. Une douzaine de stations radio (RTL Radio Lëtzebuerg, Eldoradio, LORFM, Crooner Radio, etc.) sont diffusées depuis les hauteurs de Dudelange.

En réalité le mât à trois pattes, rayé de bandes rouges et blanches et sur lequel clignotent des feux la nuit, n'est qu'un support. Les "antennes" sont fixées dessus. Avant d'être transférées jusqu'aux antennes à presque 300 mètres du sol et d'être émises à forte puissance à 150 kilomètres à la ronde, les ondes sont générées par des émetteurs. Ils se trouvent dans les locaux techniques dans le bâtiment "mythique" construit juste au pied de notre pylône.
C'est le premier site de télévision qui a été construit au Luxembourg et qui a hébergé les tous premiers studios de télévision du pays. C'est de là que les premières images de télévision ont été diffusées. La première émission de Télé-Luxembourg, pionnière historique des chaînes privées en Europe, a été diffusée à partir de Dudelange le 23 janvier 1955. Ce n'est qu'en 1957 que Télé-Luxembourg s'installera à la célèbre Villa Louvigny, tout près du centre-ville à Luxembourg.

Dans les années 1950, "il y avait beaucoup de demandes pour de la diffusion de télévisions, et de radios, avec une apogée dans les années 1970-1980. Maintenant les émetteurs prennent beaucoup moins de place et il y a moins de demandes. On a vu partir les chaînes de RTL Belgique ou RTL9 vers la France. Aujourd'hui les émetteurs sont beaucoup plus petits puisqu'ils sont beaucoup plus performants , miniaturisés, transistorisés. Avant ils étaient volumineux et énergivores, ils chauffaient et il fallait les refroidir", raconte Vincent Demarque dans ce qui était la salle principale des émetteurs à l'époque et dans laquelle les armoires modernes prennent infiniment moins de place.
Mais l'histoire de notre émetteur n'est pas aussi rectiligne que sa silhouette. Le pylône que vous voyez aujourd'hui depuis l'A31, a "mué" au fil du temps et n'est plus que la moitié de lui-même...
Le premier pylône installé sur le dos du Ginzebierg en 1954, tout au début de l'aventure, mesurait 213 mètres. Les socles de béton où étaient fixés les haubans pour maintenir ce premier mât, sont toujours bien visibles sur le site. Un nouveau pylône de 300 mètres de haut a été érigé en 1972 par la société française dénommée "Paris". Mais ce n'est pas exactement le pylône qui subsiste.

En effet, un événement tragique a marqué l’histoire du site d'émission de Dudelange et de RTL. Pour une raison restée indéterminée, un Mirage III, un avion militaire belge, s’est écrasé contre l’émetteur de Dudelange, en son milieu. C'était le 31 juillet 1981 peu avant 13h30. L’accident a fait trois morts: le pilote a été tué sur le coup. Tout comme un technicien de Télé-Luxembourg et son épouse qui étaient tous deux en train de déjeuner quand la partie supérieure du pylône (22 tonnes de ferraille) s'est écrasé sur leur maison. Des débris de son avion ont été éparpillés jusqu’à l’usine Arbed de Dudelange, à plus de 3 km. Il a fallu reconstruire toute la partie supérieure de l’émetteur. Un chantier qui s’est achevé en février 1982.
"Seule la partie supérieure a été reconstruite par la suite. La partie inférieure reste d'origine. C'est même très visible car la partie supérieure (124 mètres) n'est pas construite de la même façon", indique Vincent Demarque, en montrant la tour.
Contrairement à la Tour Eiffel, il est strictement interdit d'y monter. Pourtant depuis plusieurs années, les émetteurs du Luxembourg, celui de Dudelange compris, n'échappent pas au phénomène du base-jump, sport extrême qui constitue à sauter en parachute de grandes hauteurs comme des falaises, immeubles ou antennes. Courant un danger tout aussi extrême et donnant des sueurs froides à ceux qui gèrent l'infrastructure.

"Seules les personnes habilitées montent. Et d'ailleurs elles y montent avec certaines précautions. C'est un site d'émetteurs à haute puissance, tout comme le site de Hosingen dans le nord du pays. À partir du moment où on approche à une distance relativement faible, je dirais dans les 20 mètres, on est soumis à un champ électromagnétique extrêmement fort. Ce qui peut être dangereux pour la santé", prévient l'ingénieur transmission.
Pour se protéger, les techniciens montent avec des combinaisons spéciales qui éliminent les ondes. Depuis le sol, il est aussi possible de réduire la puissance des émetteurs, le temps d'une intervention technique.
La technologie a bien évolué, le site de Dudelange affiche plus de 70 ans d'activité, une histoire mouvementée, mais l'émetteur reste toujours le principal site d’émission pour tous les médias luxembourgeois.
*Nos remerciements particuliers vont à notre collègue Olivier Catani de RTL Télé Lëtzebuerg, pour ce reportage.