Le long de l'A31Thionville: découvrez la "cathédrale" de l'autoroute

Maurice Fick
Sa silhouette est familière aux frontaliers qui la "frôlent" le matin en filant vers le Luxembourg. Dans ce premier reportage qui ouvre notre série "Le long de l'A31" découvrez l'église de Beauregard et sa fascinante histoire. Une découverte exceptionnelle puisqu'elle est fermée au grand public depuis des années.
Thionville: découvrez la "cathédrale" de l'autoroute
Dans ce premier reportage qui ouvre notre série “Le long de l’A31", découvrez l’église Saint-Joseph de Beauregard et sa fascinante histoire.

Impossible de la manquer quand on passe sur le viaduc de Beauregard. Sa majestueuse silhouette marque l’entrée de Thionville pour tous les automobilistes de l’A31 circulant de Metz vers Luxembourg. L’église Saint-Joseph de Beauregard est pour ainsi dire plantée “sur” l’autoroute. Empruntée par plus de 80.000 usagers chaque jour, l’A31 passe à quelques mètres à peine de l’édifice et la sortie 39 -vers le centre de Thionville- passe juste à l’arrière de sa nef. Mais peu nombreux sont ceux qui connaissent l’histoire de la “cathédrale” de l’autoroute.

C’est l’histoire d’une chapelle... aux 400 places assises.
© Maurice Fick / RTL

Si on considère que la cathédrale Saint-Etienne de Metz a été érigée à compter du début du 13e siècle, l’église de Beauregard est toute jeune en réalité. Elle a été construite à partir de 1867. Son histoire et liée aux Frères des écoles chrétiennes venus de Metz et qui ont construit là un petit séminaire.

Juste une immense chapelle

L’édifice au bord de l’A31, n’est autre que “la chapelle du petit séminaire des Frères des écoles chrétiennes”, pose l’abbé Stéphane Kamm. “À l’annexion allemande (1871), on chasse les frères des écoles chrétiennes qui ne reviendront jamais plus dans leur bâtiment. Et il y a une riche propriétaire qui achète l’église, qui en fait don au diocèse pour en faire une paroisse”, résume l’archiprêtre de Thionville. Il parle de Marie-Louise Laydecker qui achète l’édifice en 1897 et y entreprend des travaux de rénovation. C’est à cette époque que la tour est rajoutée. La paroisse de Beauregard est officiellement créée le 1er juin et l’église consacrée le 17 septembre 1899, par l’évêque de Trèves. N’oublions pas... la Moselle est alors allemande.

Dans un joli livre à la couverture de cuire conservé aux Archives municipales de Thionville et que RTL Infos a pu consulter, les “nouveaux paroissiens” de Beauregard expriment leur “plus vive reconnaissance” à la veuve de l’ancien directeur des Eaux et Forêts. Le bâtiment du petit séminaire est devenu plus tard l’hôpital, puis l’hôpital psychiatrique, et c’est désormais l’Office public de l’Habitat de Thionville.

Un quartier coupé en deux

Il faut imaginer que l’église Saint Joseph de Beauregard (sa statue surplombe toujours l’entrée de l’église qui est au pied de la tour) était au cœur d’un quartier prospère avec de beaux jardins, des horticulteurs et une vie commerçante fournie. Mais dans les années 1960 quand débute la construction de l’autoroute à Metz qui va finir par traverser Thionville (le viaduc est inauguré le 17 décembre 1974), l’A31 va littéralement défigurer le quartier et le couper en deux.

Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire “l’A31 a été accueillie à l’époque assez favorablement par le conseil de fabrique, parce que là où il y a l ‘autoroute, il y avait le presbytère qui était dans un état catastrophique, et ils étaient très contents que les Domaines leur achètent un terrain, leur construise un nouveau presbytère avec une grande salle d’oeuvre qui a a fait la joie de la paroisse pendant quelques années quand même”, rappelle l’abbé Stéphane Kamm. L’autoroute a scindé le quartier, mais “elle lui a aussi apporté un regain de vie. Et peut-être que la paroisse est restée en vie un peu plus longtemps que ce que c’était prévu finalement”, analyse-t-il.

Le presbytère se trouvait quasiment là où passe l’autoroute. Ainsi que la sacristie. La porte qui donnait sur la sacristie depuis l’église existe est toujours au fond à droite, près de l’autel. La sacristie a été reconstruite de l’autre côté du bâtiment.

La “cathédrale de la Fensch”

On l’appelle la cathédrale de la Fensch, parce que son architecture néo-gothique est une réplique de la cathédrale de Metz. Elle a un peu la même forme, en tout cas à l’extérieur. À l’intérieur, c’est vraiment différent, quoique on a quelques traits de la cathédrale qui ressortent quand même. un des traits qui la rapprochent de la cathédrale de Metz, c ‘est que la cathédrale Saint-Etienne, on l’appelle la lanterne du bon Dieu, tellement qu’elle est très éclairée à l’intérieur, c’est un peu le cas ici, avec ces vitraux et ces couleurs, ce jaune, ce bleu qui dominent”, raconte l’abbé Kamm en nous guidant à travers l’église.

Longue de 15 km, la localement célèbre rivière de la Fensch se jette dans la Moselle non loin de la “cathédrale”.

L’intérieur de cette église néogothique est impressionnant. D’abord à cause de ses 20 mètres de haut. Mais surtout par la luminosité de ses vitraux. 400 fidèles pouvaient prendre place sous les croisées d’ogives. En y pénétrant on est frappé par le maître-autel en pierre blanche qui s’élève sur quatre étages. En face l’orgue de la Maison Cavaillé-Coll-Mutin entouré de plusieurs rosaces qu’on ne peut pas apercevoir depuis l’autoroute. Dans les transepts, on découvre les belles fresques de Jean Engel, peintre mosellan originaire de Rustroff. Sur les côtés de la nef, l’œuvre la plus monumentale: les 14 stations du chemin de croix du célèbre peintre allemand, Johann Friedrich Overbeck.

L’Église se débarassera-t-elle du bâtiment ?

Mais depuis le printemps 2021, la “cathédrale de la Fensch” est complètement fermée au grand public. Elle reste une église à part entière, puisqu’elle n’est pas désacralisée. Une décision qui revient à l’évêque.

N’'importe quelle église, on peut l’ouvrir, la fermer quand on veut. Le plus important pour l’Église catholique, ce n est pas forcément que les pierres, c’est ce qui se vit à l’intérieur, c’est les cœurs qui se rassemblent. Et quand on a pu tellement beaucoup de cœurs qui se rassemblent pour vivre et célébrer le Seigneur, qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on continue à chauffer ? Est-ce qu’on continue à éclairer ? Est-ce qu’on continue à donner de l’énergie pour un lieu où plus personne ne vient habituellement ?”, interroge l’archiprêtre.

L’abbé Stéphane Kamm: “Le plus important pour l’Église catholique, ce n’est pas forcément les pierres, c’est ce qui se vit à l’intérieur de l’église”.
© Maurice Fick / RTL

Son prédécesseur avait promis qu’il célébrerait Noël, Pâques et la Toussaint dans l’église. Trois messes dans l’année qui remplissaient en effet l’église était pleine, “mais entre ces trois temps -là, il n’y avait personne qui venait. Personne, pour s ‘assurer que la sacristie était prête, que les choses étaient mises en place, que quelqu’un allait chanter, etc., donc à un moment donné, est -ce qu’on entretient quelque chose de manière fictive, parce que c’est beau, ou alors on prend le courage à deux mains et on dit, ben, maintenant on arrête. C’est la décision que j’ai prise, elle a fait plaisir à certains, elle a fait du mal à d’autres, je m’en excuse, mais à un moment donné, il faut être courageux dans la vie”, pose l’abbé Kamm.

Interrogé par RTL Infos sur d’éventuels projets futurs, il répond que pour l’heure “aucune décision n’est prise”.

Et il rajoute: “Fermer une église, ce n ‘est pas de gaieté de cœur. Il y a le courage à prendre. On le prendra, on assumera la responsabilité qui est la nôtre. Mais si demain, j’ai des gens qui me disent: “Monsieur le curé, on y va avec vous”, je pars avec. Et il ne sera pas question de se débarrasser du bâtiment”.

À Beauregard, les cloches sont devenues muettes. Mais le vacarme des poids lourd et voitures qui passent est incessant.

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