Péage, travaux, enquête publique...Ce qu'il faut savoir sur la prochaine étape de l'A31bis

Thomas Toussaint
L'enquête publique organisée pour le projet d'A31bis a été lancée le 11 mai. Elle durera jusqu'au 27 juin avec un objectif : présenter une dernière fois le projet et permettre à tous de s'exprimer, avant que le dossier ne soit renvoyé au gouvernement, qui devra déclarer son "utilité publique". Six questions pour comprendre où en est la future autoroute entre Thionville et le Luxembourg.
© Thomas Toussaint / RTL

Pourquoi mener une enquête publique ?

Jeudi 21 mai, une des deux réunions publiques d'information sur le processus d'enquête publique de l'A31bis était organisée à Thionville.

L'enquête est conduite par une commission d'enquête qui sera chargée non pas de prendre position pour la défense du projet, mais qui résumera au gouvernement français la situation. C'est ce dernier qui prendra la décision finale sur l'avenir de l'A31. C'est donc le moment pour les habitants, les entrepreneurs et les élus de s'exprimer sur le projet d'élargissement de l'autoroute.

L'enquête est accessible en ligne et permet de témoigner jusqu'au 27 juin.

Selon l'avancée de la déclaration d'utilité publique, attendue en 2027, un concessionnaire sera désigné avant la fin de la décennie. Tandis que les travaux ne devraient pas démarrer avant l'horizon 2030-2031.

À quoi va ressembler l'A31bis ?

Le projet est le même que celui validé en 2024 : un élargissement de toute la partie nord, avec passage de 2x2 voies à 2x3 voies entre Thionville et la frontière luxembourgeoise, et la création d'un contournement de Thionville au sud. Il prendra la forme d'un tunnel passant sous Florange et rejoignant l'A30. Le but étant d'alléger la saturation actuelle de l'autoroute et de créer de nouvelles liaisons avec la vallée de la Fensch et la RD652 à Rombas.

Carte de la future A31bis, du tunnel sous Florange et de l'ex-A31 (en gris).
Carte de la future A31bis, du tunnel sous Florange et de l'ex-A31 (en gris).
© Dreal
L'A31bis serait constituée, au nord de Thionville, de trois voies de circulation, dont une pour le covoiturage, et une bande d'arrêt d'urgence permettant le passage des transports en commun.
L'A31bis serait constituée, au nord de Thionville, de trois voies de circulation, dont une pour le covoiturage, et une bande d'arrêt d'urgence permettant le passage des transports en commun.
© Dreal

Pourquoi le projet fait polémique

Discuté depuis plusieurs années, l'A31bis cumule les caractéristiques typiques d'un projet polémique : projet autoroutier donc par essence mauvais pour l'environnement, destruction d'espaces naturels pour élargir l'autoroute, nuisances pour les riverains (notamment à Fameck, Florange et Terville), expropriations, ajout d'un péage...

Les riverains de l'autoroute se sont rassemblés dans plusieurs collectifs d'opposants et dénoncent son "inutilité publique". C'est le cas de plusieurs habitants et organisations. Dont les propriétaires du domaine de Bétange, inscrit aux monuments historiques.

Parmi leurs craintes, on note évidemment une augmentation de la pollution, des nuisances sévères pour les habitants et un surcoût énorme pour les automobilistes.

Si le passage à 2x3 voies après Thionville récolte jusqu'ici peu d'avis négatifs, la partie la plus sensible du projet concerne surtout la création du tunnel. C'est ce tronçon qui concentre les critiques. Lors de la réunion publique du 21 mai, de nombreuses personnes ont tout de même reconnu que la traversée de Thionville représentait un problème du fait de sa configuration actuelle à 2x2 voies et des nombreux échangeurs présents sur un faible périmètre. La Dreal a toutefois écarté la transformation de la traversée de Thionville en autoroute à 2x3 voies, sans construction d'un tunnel. Une alternative jugée mauvaise en termes de saturation et de nuisances.

Combien coûtera le péage ?

Pour ne pas débourser un centime d'argent public, l'État a choisi placer l'autoroute sous concession d'un opérateur privé. Celui-ci financera les travaux de création de la nouvelle voie et du tunnel (pour un montant global approchant les 900 millions d'euros). En compensation, il installera un péage. L'autoroute sera donc remboursée... par ses usagers.

Même avec l'installation d'un péage sans barrière, dont le prix ne sera pas définitivement connu avant la désignation du concessionnaire, le coût estimé du passage va en freiner plus d'un :

  • 1,97€ pour un aller simple Thionville-Luxembourg en voiture (donc un peu moins de 4€ par jour pour un travailleur frontalier lambda)
  • 3,88€ pour un aller simple Richemont-Luxembourg en voiture (avec passage par le tunnel, soit un peu moins de 8€ par jour pour un travailleur lambda)

Le coût attendu pour les poids lourds est encore plus élevé :

  • 5,91€ pour un aller simple Thionville-Luxembourg
  • 11,64€ pour un aller simple Fameck-Luxembourg en voiture (avec passage par le tunnel)

Que va devenir l'A31 entre Richemont et Thionville ?

Si un tunnel est créé pour contourner Thionville, c'est bien pour modifier profondément le tracé de l'A31 tel qu'on le connaît. Le nouveau parcours de l'A31 sera donc celui passant par Fameck, avant de basculer en tunnel sous Florange et de ressortir à l'ouest de Terville.

L'A31 telle qu'elle existe aujourd'hui entre Richemont et Thionville sera déclassée. Traduction : ce ne sera plus une autoroute. Comprenez que le concessionnaire pourra adapter les échangeurs vers la nouvelle A31 avec tunnel, de sorte que l'ancienne A31, bien que toujours existante et gratuite jusque Thionville, ne sera plus matérialisée comme l'axe principal pour rejoindre le Luxembourg. Il faudra donc "quitter" l'autoroute pour passer par l'A31 que l'on emprunte aujourd'hui. Idem à Thionville, où il faudra "monter" sur l'autoroute à 2x3 voies après avoir traversé le viaduc de Beauregard. S'ajouteront très certainement plusieurs modifications encore à l'étude, dont une limitation de vitesse jusqu'à Thionville et une interdiction de transit pour les poids lourds.

Illustration d'un possible aménagement de l'échangeur de Richemont, communément appelé "Triangle de la Fensch" aujourd'hui, avec le projet d'A31bis.
Illustration d'un possible aménagement de l'échangeur de Richemont, communément appelé "Triangle de la Fensch" aujourd'hui, avec le projet d'A31bis.
© Dreal

Pourquoi on ne se concentre pas sur les transports en commun ?

Une des principales demandes des opposants au projet d'A31bis est un investissement massif dans les transports en commun (bus et trains) ainsi qu'un développement du télétravail. Des mesures certes prévues mais comme l'a rappelé la Dreal, la voiture représente aujourd'hui les 3/4 des déplacements transfrontaliers dans le nord-mosellan. On compte plus de 65.000 véhicules par jour à la frontière, alors que le train ne proposera, à terme, que 22.000 places par jour. "On ne va pas bouleverser les équilibres existants. Il faut des réponses pour le train, pour le covoiturage, pour les bus et évidemment, pour la voiture" expliquait Marc Hoeltzel, directeur régional à la Dreal, en préambule de la réunion publique du 21 mai à Thionville.

En dépit des investissements en cours sur la ligne ferroviaire (création de parking-relais, allongement des quais, arrivée de nouveaux trains pouvant transporter plus de voyageurs), le trafic sur l'A31 est amené à se développer.

La possibilité de miser davantage sur les transports en commun, voire de faire circuler des bus sur la bande d'arrêt d'urgence, comme c'est le cas côté luxembourgeois, a été étudiée. Elle nécessite d'importants travaux pour élargir cette bande d'arrêt d'urgence ainsi que la transformation des ouvrages d'art (ponts, échangeurs) le long de l'A31 afin d'adapter les conditions de circulation. Surtout, elle a été écartée car jugée par la Dreal comme inadaptée au projet sans création d'une 3e voie et sans contournement de Thionville.

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