
Comme convenu lors de la quadripartite, des groupes de travail vont poursuivre jusqu’à l’automne l’élaboration de mesures visant à freiner la hausse des dépenses. Le directeur de la CNS, José Balanzategui, explique dans une interview à RTL deux choses en même temps : le système doit devenir plus efficace afin d’éviter une hausse des cotisations, sans que cela se fasse au détriment des patients.
Selon le président et directeur de la CNS, il y aurait entre 15 % et 20 % de gaspillage à l’étranger. José Balanzategui s’interroge : pourquoi en serait‑il autrement au Luxembourg ? A‑t‑il fallu que la CNS affiche des déficits pour que l’on cesse de jeter l’argent par les fenêtres ? "Nous n’avons pas attendu d'en arriver là", affirme-t‑il. En 2015‑2016, certains postes budgétaires avaient déjà "dérapé", et des contre‑mesures avaient été prises. Le directeur de la CNS cite notamment la kinésithérapie et les analyses de laboratoire. Il reconnaît toutefois que cela n’a "manifestement" pas suffi, tout en soulignant que les besoins augmentent avec le vieillissement de la population et que de nouvelles possibilités thérapeutiques et des médicaments performants sont sans arrêt proposés.
La "recherche des causes" se poursuit afin de pouvoir agir de manière "ciblée". Premier exemple : pourquoi le nombre d'arrêts maladie pris en charge par la CNS après 77 jours continue‑t‑il d’augmenter ? José Balanzategui a souligné qu’il ne disposait d’aucune "indication factuelle" selon laquelle des personnes seraient en arrêt maladie parce qu’elles préfèrent rester à la maison. Selon lui, "les cas qui génèrent le plus de coûts, si l’on peut dire, sont ceux de longue durée. Ce ne sont pas les arrêts maladie de courte durée". Tous les secteurs sont concernés, mais surtout le secteur de la santé et celui de la construction. Outre la prévention et des contrôles plus ciblés, même s’il ne dispose d’aucune indication selon laquelle des personnes bénéficieraient d’arrêts maladie de longue durée alors qu’elles pourraient travailler, il a évoqué la piste consistant à demander aux médecins des codifications plus précises des causes dans leurs certificats. Il en va de même pour un autre exemple : la kinésithérapie, où, malgré des contre‑mesures, les dépenses ont continué d’augmenter.
La liste des postes budgétaires qui seront examinés est longue et va de la durée des séjours à l’hôpital jusqu’à la prescription de médicaments génériques plutôt que de médicaments coûteux. Le poste le plus important reste toutefois la rémunération des médecins. À ce sujet, nous avons demandé pourquoi les sommes perçues par les radiologues ont explosé passant de 600.000 euros il y a cinq ans à près de 950.000 euros. Le directeur de la CNS a répondu qu’un processus de modernisation de la nomenclature était en cours. La CNS négocie les tarifs avec les spécialistes concernés, et ce sera bientôt le tour des radiologues.
"Ce n'est plus la radiologie d’il y a 30 ans, c’est devenu un autre travail, et je pense que, dans ce contexte, il faut effectivement revoir les coefficients de leurs actes", explique José Balanzategui. Cela offrirait l’occasion de voir "avec eux" où des "distorsions de prix" pourraient être corrigées dans la nomenclature.
Cela risque-t-il de susciter l’opposition des médecins ? Alors que l’AMMD est déjà en conflit avec le gouvernement et a dénoncé ses conventions avec la CNS ? Selon le directeur de la CNS, "dès qu’il est question d’argent" ou de moindres recettes, respectivement de moindres hausses, "ce n’est évidemment jamais une discussion agréable". Des conflits pourraient survenir, mais il dit avoir "bon espoir" quant à la possibilité de trouver des compromis, comme cela a été le cas avec d’autres spécialistes.
L’AMMD formule plusieurs revendications, dont le retrait de la "convenance personnelle" des conventions avec la CNS, étant donné que ce supplément tarifaire n’est pas remboursé. Le directeur de la CNS est convaincu que cela entraînerait de facto une médecine à deux vitesses, ce que le Premier ministre Luc Frieden a pourtant exclu dans son discours sur l’état de la nation. Il semble donc que l’on s’oriente vers un règlement grand-ducal qui remplacera les conventions.
L’AMMD souhaite notamment attirer davantage de médecins au Luxembourg afin de réduire les délais d’attente. Le directeur de la CNS souligne tout d’abord une augmentation de la " population médicale" au Luxembourg. Par ailleurs, la durée des délais d’attente est, selon lui, relative et dépend des spécialités : "chacun peut faire le test". Il estime qu’il n’existe pas de "problème d’accès" généralisé à la médecine au Luxembourg, à l’exception de la psychiatrie, où il existe, comme dans d’autres pays, une pénurie.
À la question provocatrice de savoir si la CNS respecte le serment d’Hippocrate ou fonctionne comme une banque, José Balanzategui répond calmement : "Nous ne sommes certainement pas une banque. " La CNS doit veiller à ce que l’assuré, lorsqu'il est malade, reçoive les soins appropriés au bon moment, mais aussi "au meilleur prix". Il a également approuvé la déclaration de la ministre de la Santé, Martine Deprez, selon laquelle le système de santé ne deviendra pas moins coûteux.