Evolution des dépenses de défenseLe gouvernement lève le pied par rapport à son engagement auprès de l’OTAN

Michèle Sinner
adapté pour RTL Infos
La ministre de la Défense Yuriko Backes a présenté mercredi une nouvelle trajectoire pour l’évolution des dépenses de défense pour les trois prochaines années.
© JONATHAN RAA/NurPhoto via AFP

Yuriko Backes a promis à ses partenaires de l’OTAN d’augmenter les dépenses de défense "au sens strict" à 3,5 % du revenu national brut (RNB) d’ici 2035, plus 1,5 % du RNB de dépenses de défense "au sens large". En tout, les dépenses devraient passer de 2 % actuellement à 5 % du RNB. Mais la manière d’y parvenir n’avait pas été précisée en détail jusqu'ici.

En juillet aura lieu le sommet de l’OTAN en Turquie. Et à cette occasion, le Luxembourg devra présenter une "trajectoire crédible", selon le président de la commission parlementaire de la Défense, Marc Hansen. "Cette trajectoire crédible prévoit pour l’instant une hausse de 0,1 % en 2027 et encore une fois en 2028. Pareil en 2029. Ensuite, ce serait à voir avec l’OTAN qui a elle-même indiqué qu’elle procéderait à une évaluation en 2029, une 'midterm review'. Nous ferons alors également le point, et cette voie a été décidée par le gouvernement jusqu’en 2029."

Soit une augmentation de 0,1 % chaque année pendant trois ans. Ce seraient les "petits pas" dont le Premier ministre a parlé dans son discours sur l’état de la nation. Cela permettrait aussi de ne pas trop engager le prochain gouvernement, qui sera élu en 2028, selon Marc Hansen. Nancy Arendt, députée CSV, comprend cette approche, mais souligne :

"Il s’agit toutefois d’engagements fermes que nous avons pris. Cela ne signifie cependant pas que cette évolution, que nous nous sommes donnée, doit être linéaire à hauteur de 0,1 %. "

Après 2029, il serait en effet possible d’accélérer.

La députée verte Sam Tanson met en avant deux aspects dans cette annonce :

"Le premier est plutôt d'ordre politico-financier, avec des fonds désormais pris en compte qui, en fait, n’étaient pas prévus jusqu’à présent, et où l’on observe un net recul par rapport à l’engagement initial. C’est un constat qu’il faut faire. Ce gouvernement s’était engagé à atteindre 3,5 %. Or, si l’on prolonge la progression actuellement prévue, nous atteindrons ces 3,5 % en 2041 et non en 2035 comme [le prévoyait notre] engagement."

Cependant, les Verts ne considèrent pas cela comme problématique.

"Je dois toutefois dire que je trouve positif qu’on fasse maintenant en quelque sorte marche arrière et qu’on réduise un peu la voilure, qu’on soit plus dans l'expectative au lieu d’investir massivement dans une industrie de l’armement. C’est une évolution qui nous inquiétait vraiment, l’idée de dire globalement qu’il faut atteindre des montants massifs. C’est pourquoi nous trouvons cela plutôt positif."

Liz Braz, élue LSAP, estime qu’il aurait été difficile d’investir autant d’argent en si peu de temps : en 2029, les dépenses strictement liées à la défense s’élèveront à plus de 1,6 milliard d’euros par an.

"J’ai toutefois aussi le sentiment, à la lecture des explications, que l’on s’attend probablement à ce que, d’ici 2029 ou 2030, il y ait encore des changements géopolitiques, ainsi qu’éventuellementt en ce qui concerne le leadership de l’autre côté de l’Atlantique, qui pourraient nous affecter. Et qu’au sein de l’OTAN, probablement, et cela ne concernera pas seulement le Luxembourg mais aussi plusieurs autres pays, on spécule quelque peu sur le fait qu’avec un changement de président aux États-Unis dans les prochaines années, des évolutions interviendront également au sein de l’OTAN."

L’idée selon laquelle le gouvernement espère un changement à la Maison-Blanche est également partagée par le député ADR Tom Weidig. Mais l’OTAN étant une communauté, le Luxembourg doit veiller à ne pas s’isoler. Il souligne toutefois aussi que, pour une défense efficace, les armes seules ne suffisent pas.

"Mais ce qui est le plus important, c’est d’avoir une économie forte et flexible, d'avoir une politique énergétique rationnelle, d’être aujourd’hui autonome sur le plan énergétique, d’avoir des prix de l’énergie relativement bas et de disposer d’un fort sentiment national. Autrement dit, des éléments communs pour lesquels les gens estiment qu’il vaut la peine de se battre pour la liberté. Et ces trois aspects sont très, très importants. Et je constate que le gouvernement va là dans la mauvaise direction. "

Mais si les dépenses de défense augmentent moins rapidement que redouté, il restera peut‑être un peu plus de marge dans le portefeuille du ministre des Finances, Gilles Roth, pour d’autres projets du gouvernement.

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