Au Luxembourg"L'interdiction des réseaux sociaux pour les jeunes ne va pas tarder", annonce Claude Meisch

Caroline Mart
Luc Marteling
adapté pour RTL Infos
L'école luxembourgeoise d'aujourd'hui prépare-t-elle correctement les élèves aux défis de demain ? L'émission Kloertext sur RTL est revenue sur les différents changements qui attendent les jeunes au Grand-Duché.
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La réponse du ministre de l’Éducation Claude Meisch était pour le moins contrastée: “oui et non”, ce à quoi les invités de jeudi soir ont réagi notamment en critiquant l’approche scolaire “traditionnelle” encore trop présente au Luxembourg: “apprendre par cœur ne prépare pas vraiment les jeunes à la vraie vie, après l’examen, ils ne se souviennent parfois même plus de la matière qu’ils ont apprise”, a lancé Luca Nicolas Roettgers, président de la Conférence Nationale des élèves du Luxembourg (CNEL) et élève de 1ère au Lycée Edward Steichen à Clervaux.

Claude Meisch a rétorqué: “l’apprentissage par cœur n’est pas mauvais en soi, mais il ne faut pas s’arrêter là, se contenter d’apprendre par cœur et de reproduire, ne peut être le seul objectif. Ce qu’un jeune découvre par lui-même est quelque chose qui reste gravé dans sa mémoire”. Le ministre s’est prononcé en faveur de méthodes d’enseignement diversifiées et a ajouté qu’il faudrait peut-être aussi considérer l’enseignant comme un coach qui accompagne le jeune.

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Violence en hausse, santé mentale en danger

Francine Closener, députée LSAP, a nuancé la critique du système traditionnel ou actuel: “il faut toutefois préciser que ce n’est pas la faute de l’école. C’est aussi la société qui ne cesse d’accroître les exigences imposées à l’école et aux enseignants. Aujourd’hui, un enseignant n’est plus seulement un transmetteur de connaissances, il doit être également psychologue, éducateur, médecin, infirmier et même parfois policier”.

Le ministre l’a ensuite clairement exprimé, décrivant l’école comme le reflet de la société: “lorsque la propension à recourir à la violence augmente dans la société, chez les adultes, c’est également le cas chez les jeunes”.

Suite aux incidents récents dans des écoles, comme dans un établissement de l’est du pays ou mercredi au lycée Michel Lucius, où une élève a blessé une autre avec un couteau, le ministre de l’Éducation pointe du doigt un besoin croissant de psychiatrie juvénile.

Réseaux sociaux: interdiction, réglementation ou éducation aux médias ?

Autre sujet brûlant: les réseaux sociaux. La conférence nationale des étudiants CNEL se montre sceptique quant à une interdiction générale: “nous pensons qu’une interdiction ne résout pas le problème”. L’élève de 1ère Luca Roettgers a toutefois admis que le facteur addictif des réseaux sociaux est particulièrement élevé chez les jeunes. Néanmoins, selon lui, les réseaux sociaux ne devraient pas être simplement interdits aux moins de 16 ans.

“Les réseaux sociaux sont conçus pour rendre les jeunes dépendants, pour leur voler leur temps”

Le ministre est en total désaccord, comparant une interdiction aux mesures de protection des jeunes contre la drogue: “je suis d’accord avec une grande partie de ce que Luca Roettgers a dit aujourd’hui et à d’autres occasions, mais je ne comprends pas cette position. Les réseaux sociaux sont conçus pour rendre les jeunes dépendants, pour leur voler leur temps, parce que c’est de cela qu’il s’agit: les réseaux gagnent de l’argent grâce au temps de ces jeunes et de tous les autres, et on en devient dépendant. Et quand on dit qu’il ne faut pas les interdire, c’est un peu comme dire ‘donnons libre accès au tabac et à l’alcool aux moins de 16 ans, car ainsi ils apprendront à mieux les gérer’”.

Claude Meisch en est convaincu: “je pense qu’en tant que génération adulte, nous avons tout simplement une responsabilité à cet égard. Car ce qu’on y apprend, ce qu’on y voit [sur les réseaux sociaux], ce sont vraiment des contenus dont le monde n’a pas besoin et dont les jeunes n’ont certainement pas besoin. C’est une préoccupation très importante pour moi. Et je la partage avec de nombreux parents et enseignants. C’est pourquoi je serais très heureux si nous pouvions en rediscuter”.

Le ministre a ensuite clairement déclaré: “nous ne pouvons pas attendre trop longtemps. Et si l’Europe n’apporte pas de solution, alors ce gouvernement prendra ses responsabilités. Nous n’avons pas encore pris de décision définitive à ce sujet, au cours du débat à la Chambre, l’âge de 16 ans a été mentionné, mais dans la perspective d’une éventuelle réglementation européenne, il convient de rester flexible et de ne pas s’engager trop tôt. Bien sûr, en tant que petit pays, on préférerait une solution européenne, mais nous n’attendrons pas trop longtemps”.

Francine Closener a plaidé en faveur d’une solution progressive, avec l’interdiction à un jeune âge, suivie d’une plus grande responsabilité parentale et a insisté sur le fait que l’éducation aux médias dans les écoles ne doit pas être une “question secondaire”.

Enfin, tous les invités étaient d’accord sur l’importance d’une adaptation permanente de l’école aux différentes évolutions de la société afin de pouvoir correctement préparer les élèves à l’avenir qui les attend. Cela passe évidemment par l’IA et les nouvelles technologies, qui devront être utilisées avec précaution tout en soulignant qu’il s’agit d’outils qui peuvent aider les élèves dans leur apprentissage.

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