Échecs et bières Les tournois débarquent dans les bars luxembourgeois

Raphaël Ferber
Jouer aux échecs autour d’un verre ? C’est l’idée de ces nouveaux tournois organisés dans les bars. Un concept venu de France qui commence à séduire au Luxembourg.

Les échecs quittent les clubs… pour s’inviter dans les bars. Au Luxembourg, le phénomène commence timidement à émerger, porté notamment par une application venue de France. Mais déjà, les premières soirées attirent des passionnés, entre convivialité, compétition légère et rencontres autour d’un échiquier.

Un concept venu de France

Au Croque Bedaine, à Luxembourg-ville, les pièces s’installent chaque mardi soir. Ici, entre huit et seize joueurs se retrouvent pour des parties rapides, organisées via l’application ChessBar.

Le concept est simple : les participants s’inscrivent sur leur téléphone, l’application désigne les adversaires et gère le classement en temps réel. Les parties durent vingt minutes maximum, permettant d’enchaîner plusieurs rondes dans la soirée.

Pour Lionel, le gérant du bar, l’idée s’est imposée naturellement. “J’ai été contacté via l’application ChessBar et je me suis dit “pourquoi pas ?”, vu que j’ai la chance d’avoir une salle d’événement. Les lundis, mardis, c’est toujours un peu plus calme, donc pourquoi pas mettre ça en place.”

L’investissement reste limité : huit jeux d’échecs, pour environ 200 euros. Mais l’objectif dépasse la simple animation. “Pour moi, étant gérant du bar, c’est plutôt la convivialité. Maintenant, je pense que certains viennent pour la compétition. Certains sont contents de gagner.”

Le concept permet aussi d’attirer une clientèle différente. “Pour les bars, ce n’est pas un budget excessif. Donc oui, c’est toujours intéressant d’avoir un autre type de clientèle.”

La tendance du jeu d'échecs dans les bars gagne peu à peu du terrain au Luxembourg. Comme ici, au Croque Bedaine, au Limpertsberg.
La tendance du jeu d’échecs dans les bars gagne peu à peu du terrain au Luxembourg. Comme ici, au Croque Bedaine, au Limpertsberg.
© Raphaël Ferber / RTL Infos

Autour des tables, l’atmosphère tranche avec celle des clubs traditionnels. Ici, les joueurs viennent autant pour discuter que pour jouer. “Ici, il n’y a pas de contraintes, chacun vient quand il veut, c’est informel. On joue, on boit un verre, on mange un bout et c’est parfait !”, explique l’un des participants.

Pour d’autres, ces soirées permettent surtout de sortir du jeu en ligne. “Je joue tous les jours online. Comme je joue beaucoup, j’ai aussi envie de jouer avec d’autres personnes en réel. À mon avis, il n’y avait pas beaucoup de possibilités en dehors des clubs ici au Luxembourg.”

Et l’ambiance reste détendue, parfois même… un peu trop. “À partir de deux verres, ça commence à changer la stratégie !”, plaisante un joueur.

200 bars partenaires dans 12 pays

Cette nouvelle formule s’inscrit dans un contexte plus large : celui du retour en grâce des échecs, notamment auprès des jeunes. “Je pense que la série Netflix a vraiment énormément fait de la pub pour ce jeu”, estime un participant, en référence à la série « Le Jeu de la dame ».

Le gérant du bar observe lui aussi cet engouement grandissant. “Mon fils adore, donc souvent les dimanches, on joue ensemble… et souvent je perds. Donc ça revient à la mode, oui.”

Selon les responsables de ChessBar, le phénomène prend de l’ampleur. L’application revendique aujourd’hui plus de 200 bars partenaires dans 12 pays et plus de 7000 joueurs chaque semaine. La France reste le pays le plus actif, notamment dans des villes comme Paris, Montpellier ou Rouen.

“Nous observons surtout un vrai retour au jeu en présentiel. Beaucoup de joueurs cherchent à sortir des interactions uniquement en ligne pour rencontrer d’autres passionnés autour d’un échiquier”, expliquent les fondateurs. “Dans un contexte de fermetures des bistrots, des établissements ont même indiqué que ces événements ont joué un rôle important pour eux. Dans quelques cas, les communautés de joueurs ont dynamisé l’activité et permis d’éviter la cessation d’activité.”

Boire en jouant oui, mais avec modération si l'on ne veut pas perdre le fil de la partie !
Boire en jouant oui, mais avec modération si l’on ne veut pas perdre le fil de la partie !
© Raphaël Ferber / RTL Infos

D’autres initiatives émergent

À Bertrange, dans le food hall de la Belle Étoile, une autre initiative a vu le jour. Au bar Specto, les tournois ne passent pas par une application, mais par l’enthousiasme d’un groupe de passionnés. “Ça fait plus d’un an qu’on joue aux échecs avec des collègues, des clients, des amis. On a réussi à réunir plusieurs personnes autour de ce jeu”, explique le barman Xavier Dellenbach, coorganisateur avec Paul Kieffer.

Là aussi, l’objectif reste la convivialité. “On voyait que les gens étaient intéressés par le fait de vivre un moment de compétition dans un endroit convivial, où l’on peut bien manger, bien boire. On ne se prend pas pour des professionnels, on veut juste partager un bon moment.”

Pour lui, les échecs se prêtent parfaitement à ce type d’événement. “Les meilleures parties que j’ai pu jouer, c’était avec des amis autour d’une bouteille de vin, avec deux-trois trucs à grignoter… c’est un plaisir sans nom.”

Pour l’instant, le Croque Bedaine reste le seul bar affilié à ChessBar au Luxembourg. Mais face à l’engouement, d’autres établissements pourraient rapidement suivre.

Back to Top
CIM LOGO