
Parmi toutes les taxes et impôts prélevés par l'État luxembourgeois, la source d'impôt qui rapporte le plus d'argent dans les caisses et "qui croît le plus fortement", reste la retenue sur les salaires. Et si l'imposition des personnes privées rapporte toujours plus à l'État, c'est "parce que la main-d'œuvre progresse tellement dans notre pays", a expliqué ce mercredi Jean-Jacques Rommes, vice-président du Conseil économique et social (CES), au micro de RTL.
Le Luxembourg comptait 450.000 salariés à la fin du 3e trimestres 2021 (derniers chiffres officiels du Statec), contre 392.000 cinq ans auparavant!
"Une très grande partie" du budget de l'État dépend de la Place et "sans la place financière nous ne pouvons pas continuer à vivre comme nous vivons actuellement", a-t-il posé. Le rapport du CES publié la semaine passée montre dans quelle proportion.
Ce rapport montre que "nous sommes très dépendants de la place financière d'un point de vue fiscal", résume Jean-Jacques Rommes. Le meilleur exemple est que "grosso modo 75% de l'impôt sur le revenu des collectivités provient de la place financière". Il cite aussi le poids que représente les impôts prélevés sur les salaires élevés du secteur: "Ce sont ceux qui rapportent le plus, et de loin", relève Jean-Jacques pour qui "une diversification de l'économie est toujours une bonne idée".
En l'espace d'un mois, près de 750 milliards d'euros de dividendes transitent par le Luxembourg. Le fait que ces sommes colossales versées par les entreprises à leurs actionnaires, ne soient pas imposées au Luxembourg est "tout à fait normal au vu de la norme internationale", répond Jean-Jacques Rommes, actif dans le secteur financier durant 30 ans. Le montant élevé s'explique tout simplement par le fait que le Luxembourg dispose d'une place financière.
Avec la forte inflation en cours, la Chambre des députés discute déjà d'une éventuelle adaptation du barème des impôts à l'inflation. Pour Jean-Jacques Rommes, pas de doute "on ne peut pas ignorer une inflation sur le plan fiscal, c'est évident". Aux yeux du vice-président du CES, l'adaptation du barème "devra avoir lieu". La question est évidemment de savoir comment l'adapter ? Les avis divergent su ce point en ce moment.
Car à travers l'inflation, "le revenu nominal devient plus important et il y a le risque de glisser vers une catégorie d'impôt plus élevée. C'est ce qu'on appelle la "progression froide". Le salariat aimerait qu'elle soit automatiquement adaptée, ce serait une sorte d'indexation du barème. Tandis que le patronat et le gouvernement pensent qu'il faut toujours le faire dans le cadre d'une vision plus globale car cela soulage davantage les plus gros revenus", explique Jean-Jacques Rommes.

Bilan des courses: ça rapporterait moins à l'État. Mais une solution ne serait-elle alors pas de modifier le barème de l'impôt en rajouter un niveau d'imposition plus élevé? Réponse de l'intéressé: L'adaptation du barème "doit toujours se faire en veillant à un équilibre d'ensemble" et un "rééquilibrage régulier fait partie de la politique fiscale".
La réforme des impôts de 2017 a effectivement eu un impact dans la mesure où "les plus petits revenus paient moins d'impôts et les plus gros paient plus d'impôts et c'est ainsi dans toutes les catégories d'impôts. Mais les monoparentaux ont été davantage soulagés que les couples classiques avec enfants de la classe 2".
Les opinions divergent sur le fait que ce soit suffisant ou pas mais "le gouvernement a entrepris quelque chose", sans parler des prestations sociales, estime le vice-président du CES.
Le tourisme à la pompe "n'a rien à voir avec le Climat de manière générale. Que les camions fassent le plein ici ou ailleurs, importe peu. La question est de savoir dans quelle caisse vont les taxes ? Et où commencent les objectifs climatiques que se fixe l'État ? En soi, c'est un arbitrage entre les recettes fiscales et des objectifs climatiques", résume Jean-Jacques Rommes.
Le vice-président du CES lance un appel au gouvernement est demande "de dire une fois très clairement où nous mène ce voyage?" Concrètement, une augmentation du prix du diesel par rapport à nos voisins permettrait "d'atteindre les objectifs climatiques, mais d'avoir moins d'impôt dans les caisses". Il est temps de clarifier les choses et de "savoir ce que nous voulons".