Désinformation"Les réseaux sociaux doivent être soumis aux mêmes règles que les autres médias"

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
Lundi matin, RTL recevait Sascha Helsper, responsable du MediaCentre de l’Université du Luxembourg. Il a notamment été question du rôle du journalisme.
Sascha Helsper, Cresponsable du MEDIACentre de l'Université du Luxembourg
Sascha Helsper, Cresponsable du MEDIACentre de l'Université du Luxembourg
© Annick Goerens

À partir de mardi, une exposition destinée au grand public et aux classes scolaires ouvre ses portes à RTL City, au Kirchberg. Elle est consacrée à l’information, au journalisme et aux médias. L’exposition "À la recherche de la vérité : le journalisme et nous" vise à aider les visiteurs à porter un regard plus conscient et critique sur les informations et leurs sources, explique Sascha Helsper, responsable du MediaCentre de l’Université du Luxembourg, qui a participé à son élaboration.

L’objectif n’est pas seulement de montrer comment fonctionne le journalisme, mais aussi d’inciter les visiteurs à se poser les questions suivantes : "D’où vient une information ? Et comment puis-je déterminer si elle est crédible ?"

Informations sur les réseaux socaux : Cui bono ?

"Aujourd’hui, nous sommes certes confrontés à un pluralisme de l’information et un pluralisme des médias, mais celui-ci présente un biais extrême en faveur des réseaux sociaux. Cela signifie que je ne reçois plus que des contenus qui viennent d'un algorithme", explique l’expert en médias et en journalisme.

Il convient donc de se demander si une information est également confirmée par d’autres sources et qui pourrait éventuellement avoir intérêt à ce qu’elle soit diffusée. À cet égard, la question "Cui bono ?" est particulièrement importante, autrement dit : "À qui cela profite-t-il ?"

"Théorie de l'inoculation": un vaccin contre les fake news ?

Dans le domaine de l’éducation aux médias, on utilise ce que l’on appelle la théorie de l’inoculation, un concept issu à l’origine de la médecine. L’idée consiste à confronter les personnes, de manière préventive, à des formes faibles ou simplifiées de désinformation afin qu’elles soient ensuite mieux à même de les reconnaître lorsqu’elles sont confrontées à des fake news ou à des deepfakes.

Il s’agit donc d’une sorte de "vaccination contre les fake news", explique Sascha Helsper. Il existe toutefois aussi un risque : une personne que l’on rend trop sceptique pourrait finir par ne plus croire aucune information.

Le journalisme professionnel à l’ère de l’IA

Avec l’intelligence artificielle, il devient encore plus facile de produire des images, des vidéos et d’autres contenus trafiqués. Parallèlement, de grandes quantités d’activités manipulées peuvent être générées sur les réseaux sociaux, explique Sascha Helsper. Il a récemment participé à un projet consacré à l’étude des "fausses activités", par exemple la possibilité d’acheter des "likes" et des commentaires. Dans ce cadre, quelque 1.700 shops permettant d’acheter des "likes" et des commentaires ont été identifiés en Europe. "Cela signifie que je peux avoir 5.000 likes, avoir 300 commentaires sur une publication, et plus cela paraît naturel, plus c’est cher."

L’ONG ResetTech aurait découvert que des publications en faveur de l’AfD, parti populiste de droite en Allemagne, avaient été diffusées depuis le Nigeria. Au total, 1.200 comptes étaient impliqués, dont 236 basés au Nigeria. Ceux-ci auraient contribué à ce que 57 % de l’ensemble des publications évoquant le chef de l'AfD proviennent du Nigeria. Ce cas montre à quel point il est facile de se créer en ligne une fausse image de popularité ou de soutien.

Le principal danger : les réseaux sociaux

Sascha Helsper siège également au conseil d’EDMO, l’Observatoire européen des médias numériques. Il s’agit d’un réseau à l’échelle européenne qui se consacre à la lutte contre la désinformation ainsi qu’à la vérification des faits (fact-checking). Selon lui, le principal danger se situe actuellement au niveau des réseaux sociaux. "Ceux-ci doivent eux aussi être soumis aux mêmes règles que, par exemple, les groupes de médias comme RTL, le Wort ou le Journal. [...] Or, ce n’est actuellement pas le cas. Et cela nous met dans une situation difficile, car il y a tout simplement un manque d’équilibre." Dans ce contexte, le journalisme professionnel acquiert une fonction encore plus importante. Traditionnellement, les médias ont toujours joué ce que l’on appelle un rôle de “gatekeeper”, consistant à vérifier les informations et à évaluer les sources. Les contenus sensibles n’étaient pas non plus publiés sans contrôle.

Aujourd’hui, par l’intermédiaire des réseaux sociaux, chacun pourrait publier n’importe quoi sans conséquences. Sascha Helsper y voit un défi, car les mécanismes de contrôle et le niveau de responsabilité ne sont pas les mêmes. Dans le même temps, il souligne que le travail journalistique demande du temps pour effectuer des recherches, évaluer les sources et replacer les informations dans leur contexte.

3 règles pour mieux gérer l’information

Sascha Helsper donne au public trois recommandations concrètes :

1. Quel effet cette information a-t-elle sur moi ?
Lorsqu’un contenu suscite de fortes émotions, comme la colère ou l’indignation, il convient d’être particulièrement prudent et de ne pas réagir immédiatement.

2. Puis-je faire confiance à la source ?
Il faut vérifier qui diffuse une information et se demander si celle-ci peut être confirmée par d’autres sources indépendantes.

3. Dans quel contexte cette information s’inscrit-elle ?
Une information ne doit pas être considérée de manière isolée. En particulier lorsqu’il s’agit de sujets politiques ou d’élections, il convient d’être attentif à d’éventuels intérêts ou objectifs politiques ou économiques.

Ne pas tout croire, mais ne pas non plus tout remettre en doute, résume l’expert Sascha Helsper.

L’exposition à RTL City est ouverte au public du 21 septembre au 30 octobre. L’entrée est gratuite, mais une inscription préalable est nécessaire.

Back to Top
CIM LOGO