
Les temps sont durs. Bien qu'économiquement solide, le pays subit, comme d'autres, les conséquences de la crise économique. Entre l'instabilité induite par la guerre en Ukraine, la sortie de crise du coronavirus et la hausse des prix, les voyants clignotent à l'orange. Surtout pour les résidents.
Ces facteurs d'incertitude se traduisent dans les résultats de ce premier volet du nouveau sondage Politmonitor, réalisé par TNS Ilres pour RTL et le Luxemburger Wort, concernant les inquiétudes des Luxembourgeois et leur avis sur l'état de la société.
Comme chaque année, le Politmonitor est l'occasion de demander aux Luxembourgeois et aux Luxembourgeoises quelles sont leurs préoccupations premières.
Au fil des ans, leur priorité n°1 n'a pas changé: c'est l'accès à un logement abordable qui occupe leur esprit. Le manque d'offres et la hausse des prix de l'immobilier - et plus récemment des taux d'intérêt - compliquent la vie de nombreux résidents. L'endettement des propriétaires inquiète jusqu'au sommet de l'Europe, tandis que ceux ayant de bas revenus voient leur loyer dévorer une grande part de leur budget mensuel.
Globalement, trois résidents sur quatre se disent concernés par ces problèmes de logement. Soit un peu moins que lors du sondage précédent, en novembre 2021.
L'évolution politique et économique des derniers mois a amplifié le phénomène: les Luxembourgeois ont de nouveaux problèmes en tête. À commencer par l'inflation et l'envolée des prix de l'énergie. Le prix du gaz, du carburant et du fioul a bondi. Plus de huit résidents sur dix s'inquiètent de l'évolution des tarifs.
Les prix des produits énergétiques ne sont d'ailleurs pas les seuls à être remontés en flèche: alimentation, matières premières, frais bancaires... L'inflation touche de nombreux secteurs. De fait, de nombreuses résidents subissent cette forte hausse des prix: 52% des électeurs du pays craignent pour leur budget. Notamment ceux âgés de 35 à 44 ans (67%). Et 82% s'inquiètent de la hausse générale des prix.
Si la moitié du pays estime que sa situation financière n'a pas changé au cours de l'année écoulée, trois personnes sur dix estiment qu'elle s'est dégradée. Contre seulement 14% qui ont perçu une amélioration.
Malgré leur inquiétude grandissante, il n'en reste pas moins que les Luxembourgeois ne s'estiment pas encore en danger: plus de 81% des adultes du pays se disent toujours dans une bonne situation financière.
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Avec ces inquiétudes en toile de fond, la population luxembourgeoise apparaît divisée face aux mesures de protection du pouvoir d'achat adoptées par le gouvernement et les partenaires sociaux lors de la tripartie. Notamment le report du prochain index à l'année 2023.
Une majorité des personnes sondées l'accepte (53%), mais trois résidents sur dix rejettent cette décision (36%) et un électeur sur dix ne sait pas quoi en penser.
Des divergences d'opinions qui sont à l'image des négociations de la tripartite: tandis que l'OGBL dénonce cette manipulation de l'index, la Fondation Idea estime que les mesures gouvernementales devraient protéger le pays d'une perte de pouvoir d'achat.
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Malgré ces problèmes du quotidien, des inquiétudes plus globales demeurent. Notamment les conséquences du changement climatique. Les inondations de l'été 2021, la tornade qui a dévasté Pétange ou plus récemment l'épisode de chaleur du mois de mai ont certainement servi de rappel.
L'avenir de la planète n'est pas le seul que les Luxembourgeois ont en tête. Plus d'un sur deux s'inquiète également de celui des générations futures. Une manière de rappeler que les problèmes les plus urgents sont aussi ceux qui auront des effets sur le long terme.
Enfin, bien qu'elle ait été mise de côté durant deux ans et soit (temporairement) devenue un sujet annexe, la question du trafic n'est pas oubliée. Compte tenu de la levée des restrictions sanitaires, de la reprise économique et de la croissance du marché luxembourgeois, la mobilité n'est pas prête de s'améliorer.
Retenons que, pour l'heure, les Luxembourgeois identifient trois thèmes dont les problèmes sont à régler d'urgence: le logement, le changement climatique et l'avenir des enfants. Compte tenu de l'année 2023, qui sera marquée par les élections communales et législatives, la sphère politique a tout intérêt à ne pas négliger ces thématiques.
Les résultats de l'enquête indiquent que les Luxembourgeois sont de plus en plus nombreux à trouver la société "injuste": c'est le cas d'une personne sur deux au Grand-Duché. À l'inverse, ils sont donc moins nombreux à la trouver "juste".
Mais c'est en se penchant sur l'âge et le sexe des sondés que des écarts apparaissent. Ainsi, les femmes sont globalement plus nombreuses à trouver la société "injuste" que les hommes.
Une fracture que l'on retrouve également... entre les retraités et ceux en âge de travailler. D'après TNS Ilres, les personnes âgées d'au moins 65 ans sont une majorité à trouver la société juste. Mais elles sont bien les seules: tous les Luxembourgeois en âge de travailler, soit entre 18 et 65 ans, la trouvent injuste.
En fonction de la sensibilité politique, le regard sur la société luxembourgeoise est plus nuancé. Les électeurs des trois partis du gouvernement sont plus positifs que ceux du CSV par exemple. Mais même au sein de la coalition il existe un écart: les électeurs DP déclarent à 57% trouver la société "juste" contre 51% pour ceux du LSAP. Avec 46%, ceux de déi Gréng sont moins satisfaits. Une esquisse de certaines dissensions dans ce gouvernement à trois têtes avant la défense de son bilan l'année prochaine?
La deuxième partie du sondage Politmonitor paraîtra sur notre site mercredi soir à 18h00.
Méthodologie du sondage:
Le Politmonitor est une étude réalisée par TNS Ilres pour RTL et le Luxemburger Wort. Au total, 1.048 résidents âgés de 18 ans et plus, représentatif de la population luxembourgeoise, ont été interrogés par téléphone et sur internet entre le 17 et le 25 mai 2022.