
Si la grande majorité des ménages au Luxembourg profitent des différentes mesures d'aides au logement, notamment tous les propriétaires et les locataires les moins aisés, ce sont les propriétaires et les ménages les plus aisés qui en tirent un plus large profit.
Tel est le constat d'une nouvelle étude de l'Observatoire de l’Habitat, qui a été présentée mardi par le ministère du Logement en collaboration avec le Liser. La "Note 30" de l'Observatoire de l'Habitat porte sur l'impact des politiques sociales et fiscales en matière de logement sur la situation de revenu des locataires et propriétaires. L'étude se réfère aux "quintiles de niveau de vie", "qui répartissent les ménages dans cinq groupes égaux (chacun représentant 20% des ménages) en les classant des moins aisés au plus aisés."

Selon la "Note 30", les propriétaires des deux quintiles des ménages les plus aisés au Luxembourg bénéficient de 56% des profits provenant des mesures sociales et fiscales en matière de logement.
Dans le budget global de 22 milliards d'euros, ces mesures en faveur du logement représentent 777 millions d'euros. Les propriétaires du quintile supérieur, c'est-à-dire celui des ménages les plus aisés, peuvent gagner près de 800 euros par mois, principalement grâce à une déduction fiscale: l'exemption sur loyer imputé.
Les propriétaires du quintile inférieur gagnent avec toutes les mesures jusqu'à plus de 250 euros par mois. Les locataires, qui sont parmi les petits bénéficiaires, peuvent réaliser un gain de près de 150 euros par mois grâce aux mesures. Tout cela devrait être rééquilibré, selon le ministre du Logement, Henri Kox: "Je pense que tout ce qui rentre dans la location, dans le marché privé, là nous avons un déséquilibre, où nous devrions serrer la vis."

Serrer cette vis - ce qui relèverait de la compétence du ministère des Finances - irait à l'encontre des intérêts des propriétaires qui louent. Or plus de 70% des électeurs sont des propriétaires, et parmi eux ceux qui louent. Henri Kox croit qu'avec la nouvelle étude, on pourrait à nouveau "reconsidérer complètement" cette discussion pour pouvoir, "s'attaquer là une fois à une réforme". La "Note 30" pointe notamment l'impôt foncier, que les ménages doivent payer et qui est actuellement extrêmement bas et identique pour toutes les catégories de propriétaires. Là, les adaptations ont déjà été annoncées.
En parcourant le cadastre, on remarque de nombreuses entreprises propriétaires, qui n'ont pas été prises en compte pour cette analyse par l'Observatoire de l'Habitat. Antoine Paccoud, chercheur au Liser, a répondu à ce propos: "Généralement, ces genres de structures sont faites pour ne pas apparaître dans les enquêtes et dans les données administratives, donc c’est très difficile de les relier". Mais il s'agirait d'"une question très intéressante, qu'on pourrait tenter d'explorer".
