
Le nombre de jeunes admis pour pensées suicidaires ou tentatives de suicide, dans la structure d'urgence du Service national de psychiatrie juvénile au Kirchberg, a augmenté au cours des dernières années. Au moins une centaine d'adolescents sont passés par là en 2022, estime le docteur Salima Aarab, pédopsychiatre et psychiatre juvénile.
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Les cas sont généralement plus nombreux en automne, en hiver et au mois de mai. Des périodes qui correspondent à celles des examens scolaires. Le fait que le problème s'aggrave serait également lié à l'évolution démographique.
75% des jeunes de 10 à 19 ans qui se sont suicidés au Luxembourg depuis 1998, étaient des garçons. Or les patients qui sont pris en charge en psychiatrie juvénile pour tentative de suicide seraient majoritairement des filles, déclare le docteur Salima Aarab.
"C'est effectivement un phénomène connu, qu'en règle générale, les filles et les femmes font beaucoup plus souvent une tentative de suicide et se retrouvent à l'hôpital."
Cela pourrait être dû au fait que les femmes communiquent davantage, de sorte que le risque de suicide pourrait être reconnu plus tôt. Le problème devrait être pris d'autant plus au sérieux chez les jeunes hommes, qui auraient souvent recours à des méthodes plus dures.
Au Lycée des Arts et Métiers, des élèves ont reçu récemment une formation de secouriste en santé mentale. D'ici 2025, 10% du personnel dans les lycées recevra une telle formation et d'autres élèves seront formés. Outre le psychologue scolaire, il existe depuis 2017 dans les lycées le Service socio-éducatif, le SSE, où des éducateurs sont quotidiennement en contact avec des élèves de manière informelle.
"Cela signifie que le SSE peut s'attaquer à de petites problématiques, de sorte que peut-être le problème qui pourrait se développer à long terme chez l'adolescent, ne pourra pas se produire", explique le docteur Jean-Marc Wagner du CEPAS, le Centre psycho-social et d'accompagnement scolaire.
Une "équipe de postvention" a été mise en place dans chaque lycée, afin d'encadrer les élèves après un suicide et de minimiser le risque d'"effet d'imitation".
Un autre point important est de parler de la représentation du suicide dans les médias sociaux, affirme la psychiatre juvénile. Un tel coaching pourrait aussi être utile pour les parents.
Les causes de la suicidalité - c'est-à-dire la propension au suicide, selon le Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine française - sont multiples. La socialisation avec les autres jeunes du même âge, trouver sa place dans le groupe, est une démarche liée au risque de rejet. Mais aussi des problèmes dans la famille, à l'école, la pression des performances et le harcèlement peuvent jouer un rôle, tout comme la dépression ou d'autres troubles.
Si des jeunes changent soudain de comportement, commencent à s'isoler, se perdent dans leurs téléphones portables, par exemple sur des sites internet au contenu sombre, alors il faut réagir, recommande le docteur Salima Aarab, pédopsychiatre et psychiatre juvénile.
Tenter d'engager un dialogue respectueux avec le jeune. Ne pas se laisser envoyer balader trop vite, mais s'y tenir. Des déclarations sans équivoque sur le désir de mourir ou des recherches sur internet sur le sujet doivent être prises au sérieux comme un signal d'avertissement et il faut contacter le médecin.
Si vous avez besoin d'aide: www.prevention-suicide.lu
Le reportage de RTL en langue luxembourgeoise: