
Le 24 novembre 2019, le petit Emran était tué par la chute d'une sculpture de glace au Marché de Noël de la capitale. Le procès visant à déterminer les responsabilités dans ce tragique accident s'est poursuivi mardi au tribunal d'arrondissement de Luxembourg, avec l'audition des sculpteurs.
Le sculpteur en chef, engagé par le Luxembourg City Tourist Office (LCTO), a une nouvelle fois insisté mardi sur le fait qu’il avait averti ses interlocuteurs sur le danger que représentait la possibilité pour quiconque de passer derrière la sculpture.
Lorsque les sculpteurs sont arrivés sur place avec leur camion en novembre 2019, un premier emplacement leur aurait été proposé, plus central, entre le passage reliant la place d’Armes et le Knuedler d’une part, et la patinoire d’autre part. Le sculpteur principal aurait alors immédiatement indiqué que ce n’était pas possible, résume son avocat, Maître Philippe Stroesser :
"Et à ce moment-là, ils ont poussé la statue, la sculpture direction patinoire pour la rapprocher le plus possible. À un moment donné, on lui a dit qu'il devra laisser un espace d'environ 70 cm entre la balustrade de la patinoire et donc la sculpture. Et cet emplacement, effectivement, n'était toujours pas satisfaisant. Meilleur que le premier, bien sûr. Mais mon client a également émis des réserves concernant ce deuxième emplacement. Et c'est là qu'on lui a donc dit non, il n'y a pas de discussion possible, ça sera à cet endroit-là, il n'y a pas de possibilité de négocier cela."
Ses deux collaborateurs n’ont pas un souvenir suffisamment précis de cette discussion pour avoir pu affirmer avec certitude mardi qu’elle portait effectivement sur des aspects liés à la sécurité, ou, comme l’a soutenu la défense des autres parties poursuivies lors des audiences de lundi et mardi, qu’il ne s’agissait que d’aspects visuels et esthétiques.
Les interlocuteurs de l’époque du sculpteur, à savoir les collaborateurs du LCTO, eux aussi poursuivis, n’ont pas encore été entendus. Mais leur avocat, Maître Pol Urbany, conteste cette version. Selon lui, le sculpteur n’aurait pas tenu de tels propos lors des auditions précédentes :
"C’est un élément nouveau qui apparaît maintenant à l’audience. Il s’agit d’une ‘allégation de défense de l’accusé principal lors du procès au fond’, c’est une déclaration faite aujourd’hui pour se défendre et se dégager de l’affaire, que je ne considère personnellement pas crédible."
C’est pourquoi un autre témoin, qui était présent lors de la discussion, doit encore être entendu jeudi. Toutefois, Maître Pol Urbany met en avant un autre élément : “La question de l’emplacement est en réalité une thématique qui n’est finalement pas pertinente, car nous savons, grâce aux expertises, que cette sculpture est tombée parce qu’elle n’était ni droite ni solidement installée. Et cela relevait du travail des sculpteurs.”
Selon les expertises, l’accident résulterait d’une série de causes convergentes. Parmi celles‑ci figurent la pente de 2 % sur le Knuedler, qui aurait dû être compensée, le positionnement de la sculpture sur les palettes, sur lesquelles elle n’était pas parfaitement alignée dans le sens de la longueur vers la patinoire et où le poids n’était pas correctement réparti, ainsi que le mauvais état de la palette, qui aurait déjà été instable même sans charge.
Lundi déjà, le représentant du parquet avait demandé au sculpteur s’il disposait d’un niveau à bulle ainsi que de cales pour stabiliser les palettes sur une surface en pente. “Non”, avait‑il répondu. Ni lui ni ses collaborateurs n’avaient remarqué de pente significative. Depuis l’accident, il a toujours un niveau à bulle avec lui, a expliqué le sculpteur en chef, pour autant que ses clients lui disent qu’il y a une pente. Il a présenté ses excuses aux parents d’Emran, le petit garçon qui se trouvait entre la sculpture et la patinoire lorsque la sculpture s’est effondrée et qui n’a pas survécu à l’accident.
Le procès se poursuivra mercredi.